Il faut abandonner le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire…

Jean-Pierre Hauet

Président du Comité scientifique, économique, environnemental et sociétal d’Équilibre des Énergies

Le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire de 2,58, utilisé dans la réglementation relative aux bâtiments, a eu pour effet de porter la part du gaz dans le chauffage des logements collectifs neufs à 75% (en 2017) et d’inciter à convertir au gaz les logements existants. Que faut-il en penser à l’aube de l’adoption de la nouvelle réglementation « RE2020 »(1) ?

Une notion ancienne devenue obsolète

Il faut tout d’abord rappeler que le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire résulte d’une convention statistique adoptée en 1972 pour permettre de dresser des bilans énergétiques au niveau national, en agrégeant l’électricité d’origine hydraulique avec l’électricité produite par les moyens thermiques de l’époque (charbon et fioul). Le rendement moyen de ces centrales thermiques était alors de 38,7 % et on considérait que 1 kWh hydroélectrique (dont le rendement était fixé par convention à 1) permettait ainsi d’économiser 2,58 kWh thermiques d’énergie primaire d’origine fossile. Les énergies fossiles étaient largement substituables entre elles et une thermie(2) de pétrole était considérée comme équivalente à une thermie de charbon ou de gaz sans qu’il soit nécessaire d’introduire un coefficient de conversion pour passer de l’une à l’autre.

Avec les crises énergétiques, ce coefficient de 2,58 a été conservé pour mesurer les économies d’énergie ; puis il est passé dans la réglementation au point que la RT2012, à la différence de la RT2005, n’a retenu que ce seul critère d’appréciation de la performance énergétique des bâtiments.

Or, la notion d’énergie primaire n’a pas de signification intrinsèque, en dehors du cas des combustibles fossiles pour laquelle elle est représentative d’un prélèvement effectué sur la nature. Elle a cependant été introduite en 2009 dans la loi du Grenelle I de l’Environnement (bien que ce ne soit pas une grandeur physique reconnue) mais sans y avoir été définie. Sur le plan électrique, elle n’a plus de signification : l’électricité n’est pratiquement plus fabriquée en France à partir d’énergies fossiles : elle l’est à partir du nucléaire, de l’hydroélectricité et des autres énergies renouvelables, qui n’ont ainsi rien à voir avec le coefficient de 2,58.

Le coefficient de conversion de 2,58 est devenu une arme de ceux qui luttent contre le développement de l’électricité...

La notion d’énergie primaire est trompeuse : passer de l’électricité au gaz améliore le bilan en énergie primaire mais n’allège pas la facture énergétique des particuliers (au contraire) et augmente les émissions de CO2. Ainsi, remplacer un kWh électrique utilisé à des fins de chauffage par du gaz fait passer, selon les chiffres de la base Carbone gérée par l’Ademe(3), les émissions de CO2 associées de 147 g/kWh à 244 g/kWh (chiffres pour 2018).

On observera par ailleurs que le coefficient d’énergie primaire n’est utilisé que dans le secteur du bâtiment et est complètement ignoré du monde automobile qui raisonne uniquement en grammes de CO2 émis par km et en consommations d’énergie finale (en litres de carburant aux 100 km et à présent en kWh électriques aux 100 kilomètres). Il vise spécifiquement l’électricité et aucun facteur de conversion n’est retenu pour les installations thermiques productrices de chaleur (avec combustible fossile) quelles qu’elles soient.

En fait, le coefficient de conversion de 2,58 est devenu une « arme par destination » de ceux qui luttent contre le développement de l’électricité soit par conviction antinucléaire, soit parce qu’ils ont intérêt à préserver d’autres modes de chauffage. Ce faisant, ils ne se rendent pas toujours compte qu’ils pénalisent les énergies renouvelables auxquelles ils sont généralement attachés.

Alors que faire ?

Le coefficient de 2,58 est une construction intellectuelle, technocratique pourrait-on dire, qu’il faut abandonner le plus rapidement possible pour revenir aux valeurs qui font sens pour l’usager et qui sont celles retenues comme critères premiers par la loi relative à la transition énergétique et à la croissance verte du 17 août 2015 :

  • la consommation d’énergie finale, celle qu’on livre à l’usager et qu’il paie au travers de ses factures, exprimée en unités physiques ou en euros ;
  • les émissions de gaz à effet de serre.

De telles dispositions pourraient parfaitement être adoptées dans le cadre de la RE2020 qui doit, dans sa première version, être adoptée en 2020. L’énergie primaire n’étant pas une grandeur physique, elle n’intervient pas dans les modèles de calcul et n’est déterminée qu’à la fin, par application à l’énergie finale (préalablement calculée) du coefficient de conversion retenu.

Le recours à l’énergie finale aurait le gros avantage de caractériser un bâtiment par une grandeur qui lui est propre et qui ne se trouve pas affectée par un système externe. C’est un indicateur que chacun peut alors faire progresser en améliorant la qualité du bâti ainsi que l’efficacité énergétique de son système thermique. C’est l’indicateur idéal pour le diagnostic de performance énergétique (DPE)

Certains préconisent de conserver l’énergie primaire mais d’utiliser un coefficient de conversion de 1. Mais alors l’énergie primaire s’identifie à l’énergie finale et autant appeler les choses par leur nom.

Le consortium d’études, conduit par le Fraunhofer Institute, chargé en 2016 par la Commission européenne de faire des propositions à ce sujet, avait suggéré en solution de base, de se limiter, dans le calcul de l’énergie primaire, à la prise en compte des énergies fossiles. Cette proposition avait du sens mais cette solution ferait double emploi avec l’indicateur CO2 qui est tout à fait approprié pour évaluer la dépendance aux énergies fossiles.

Que penser de la proposition de l’Union européenne d’utiliser le coefficient de 2,1 ?

Par la directive du 11 décembre 2018 modifiant la directive 2012/27 relative à l’efficacité énergétique(4), l’Union européenne a donné aux États membres la possibilité d’adopter comme coefficient de conversion la valeur de 2,1 sans justification particulière. On aurait préféré que la Commission européenne incite à renoncer à ce critère mais il faut comprendre qu’en Europe, la production d’électricité est globalement beaucoup plus carbonée qu’en France et que la notion de prélèvement sur la nature a encore un sens dans ce domaine en Allemagne, en Pologne, en Italie, en Espagne, etc.

Une ambiguïté subsiste sur la question de savoir si ce coefficient par défaut est également applicable aux bâtiments qui font l’objet d’une autre directive. La réponse est probablement oui, car le coefficient de 2,1 est d’ores et déjà retenu dans les textes sur l’éco-design et l’éco-labelling en cours de révision.

Le coefficient de 2,1 nous semble [...] la moins mauvaise solution que l’on puisse adopter à titre transitoire.

Les États souhaitant continuer, pendant un certain temps au moins, à utiliser la notion d’énergie primaire ont tout intérêt à s’aligner sur cette disposition car on imagine mal qu’un équipement, une pompe à chaleur par exemple, puisse voir sa performance déterminée avec un coefficient de 2,1 dans un texte et un coefficient différent dans un autre.

Le coefficient de 2,1 nous semble, dans une optique de traitement provisoire du problème posé, la moins mauvaise solution que l’on puisse adopter à titre transitoire. Toute autre solution (on a entendu parler en France d’un coefficient de 2,2 ou de 2,3) ne serait qu’un compromis boiteux cherchant à ne pas trop indisposer certains lobbies mais ne correspondant à aucune logique.

En Europe, les usages divergent mais la plupart des pays ne portent pas au coefficient l’importance qu’il a prise en France. En Suède, qui a un profil électrique proche du nôtre, le coefficient a été ramené, avant la publication de la directive européenne, à 1,6.

Un passage à 2,1 pourrait-il déséquilibrer le marché dans l’autre sens et relancer l’usage des convecteurs avec des effets sur la pointe électrique ?

À nouveau, ce risque est mis en avant par les opposants à l’électricité. Mais il faut bien comprendre que le coefficient de 2,58 pénalise toutes les utilisations de l’électricité, y compris les pompes à chaleur dont un développement massif est par ailleurs nécessaire pour atteindre la neutralité carbone.

Lorsque les pompes à chaleur ne peuvent pas être installées pour des raisons techniques, en logements collectifs notamment, une solution associant des radiateurs à haute performance combinés à un chauffe-eau thermodynamique est une solution satisfaisante.

Les radiateurs modernes (et non pas les anciens convecteurs !) offrent des fonctionnalités de régulation fine (au demi-degré près) et de pilotage ainsi que de détection de présence et de fenêtre ouverte. Compte tenu du niveau d’isolation des logements, leur appel à la pointe est faible, même par grand froid ; nous l’estimons à 500 W maximum par logement en collectif, ce qui est inférieur de six fois à la puissance appelée par les logements construits dans les années 1980/90.

Imaginons que 100 000 logements neufs aient recours chaque année à l’électricité, l’incidence sur la puissance appelée à la pointe serait d’environ 50 MW supplémentaires par an, ce qui est très faible, surtout si on la compare à la réduction des appels de puissance à la pointe (de plusieurs GW) qu’il serait possible de réaliser par le remplacement des quelque 20 millions de vieux convecteurs datant des années 1980/90 (mal régulés et non pilotables) qui équipent encore 4 à 5 millions de logements.

Sources / Notes

Commentaire

Hervé

Bonjour,
Merci de soulever ce point.
Utiliser un coefficient fixe , au surplus à l’échelle de l'europe n'est pas la bonne solution car la réalité est trés éloignée du coefficient fixe:
L’électricité se consomme "localement" (à l'échelle de la région, pays et un peu pays voisins). La valeur réeele de ce coefficient varie de 0 à beaucoup (disons 5) selon la région et la charge du réseau (donc la température, la localisation...).

On est en 2019, maintenant on a des ordinateurs, on peut simuler des modèles qui peuvent tienir compte des VRAIES valeurs pour donner de VRAIS Résultats afin d'obtenir de VRAIES réductions d’émission de gaz a effet de serre.
A bon entendeur, salut...

dmg

Le coefficient 2.58 résulte d'un lobbying intense, pas forcément concerté mais ça revient au même, des écolos et leur détestation dogmatique du nucléaire et des gazo-pétroliers et leur détestation économique du même nucléaire. Tant que ces deux-là seront infiltrés dans tous les organes décisionnels, on n'en sortira pas...

BIDOU

Au delà du fait d'amalgamer à toute berzingue entre les gens qui sont préoccupés par le futur de leur planète comme des générations qui s'en suivront (AKA les écolos) et ceux qui s'acharnent contre le nucléaire, quel étrange discours que de les mêlés aux politiques qui sont menées aujourd'hui ! Peut être que si ces écolos, si risibles à vos yeux, avaient un peu plus d'impact dans la sphère décisionnelle, on pourrait justement espérer s'en sortir :)

gérard student

Ce coefficient 2.58 a été en effet introduit par les gaziers et les antinucléaires dans la RT2012, les électriciens étant des enfants de chœur en matière de lobbying. Et les écolos antinucléaires préférant le gaz et ses émissions de CO2 au nucléaire, c'est dire leur souci de l'environnement !
Si ce coefficient absurde était supprimé, les PAC dont le rendement est 3 fois meilleur que les radiateurs électriques (même avec accumulation !) seraient imbattables.
Il y a pire : les diagnostics énergétiques (DPE) requis pour les logements anciens en cas de location ou de vente, tiennent compte de ce même coefficient. J'ai vendu récemment une maison avec chaudière électrique simple et le diagnostic précédent la classait en F (passoire thermique). Mais je n'avais pas enlevé l'ancienne chaudière à fuel ; il m'a suffi de la reconnecter et mon DPE a gagné deux cases (D). Et pourtant, les fuites thermiques de ma maison sont restées les mêmes...
Ce système RT2012 ou DPE est ubuesque, mais il a la bénédiction de l'ADEME qui est un nid d'écolos antinucléaires.

Bodi

La valeur du coefficient dépends de si on prend en compte la chaleur perdue dans les centrales nucléaires (les 2/3 de l'énergie dégagée...). A quand des réseaux de chaleur alimentés par une bonne fission?
Dubitatif sur l'efficacité globale du système avec des PACs: rendement qui devient mauvais quand il fait froid (là où il y a besoin de chaleur!) générant des appels en pointe avec des centrales fortement émettrice (le nucléaire ne fournit absolument pas le suivi de charge de la demande en chauffage), gaz réfregirant au pouvoir de réchauffement XXL (2000x le CO2), qui statistiquement finira dans l’atmosphère par fuite et énergie grise du système importante (bcp de cuivre, etc). L'isolation devrait être prioritaire à la PAC dans la rénovation
Le modèle de la Suède est sensiblement différent du notre avec des réseaux de chaleur nombreux qui produisent en "déchet" de l'électricité, d'où installations de chauffage électrique pour les habitations reculées permettant d'optimiser l’équilibre de cette production.

Emmanuel Combes

L'auteur de l'article écrit : "Or, la notion d’énergie primaire n’a pas de signification intrinsèque, en dehors du cas des combustibles fossiles pour laquelle elle est représentative d’un prélèvement effectué sur la nature"

Ah tiens, les combustibles fissiles ne sont pas prélevés dans la nature, ils se génèrent spontanément ex-nihilo !

Compte tenu de la spécificité de la production électrique française, qui provient à près de 75% de centrales nucléaires, on voit bien l’inadéquation de cette méthode des années 70 qui n’intègre pas le rendement des centrales nucléaires dans le calcul du coefficient. Or, si le nucléaire émet relativement peu de CO2, son rendement est notablement inférieur aux moyens thermiques classiques.

L’AIE établit conventionnellement à 33% le rendement de la production d’électricité d’une centrale nucléaire. Ce rendement est moins bon que celui des centrales thermiques à flamme car, pour des raisons de sécurité : les températures sont moins élevées dans le circuit primaire des centrales nucléaires (aux alentours de 320°C) que dans des centrales thermiques à flamme, dans lesquelles la vapeur surchauffée peut atteindre 550°C.

Si l’on appliquait au mix électrique actuel de la France la méthode de calcul retenue par la Commission européenne plutôt que celle de l’AIE, la valeur du coefficient évoluerait à la hausse pour atteindre une valeur proche de 3 (2,93 exactement sur la base des données historiques 2015 pour la France) !

AINSI, CONTRAIREMENT A CETTE PRISE DE POSITION, LE NIVEAU DE 2,58 EST A L'AVANTAGE DE L’ELECTRICITE.

Ce coefficient devrait d'ailleurs être régulièrement réévalué pour correspondre au mieux à la production en vigueur.

Hervé

Bonjour,
Si vous estimez qu'il est préférable de placer des "chaudières nucléaires" dans la cave des maisons ou immeubles voire même quartier, votre raisonnement est valable.
Si au contraire on considérè que les risques inhérents à cette forme d’énergie la rends peu adaptée à une exploitation diffuse, les projets de cogénération nucléaire étant tout de même limités, les 70% de pertes du nucléaire sont à classer avec les 80% de pertes de l'éolien ou du solaire: Hors sujet.

D'autre part, il faut quand même rappeler que ce coefficient est généralement utilisé pour estimer les performances vis a vis des émissions de GES. Le nucléaire en émettant très peu, le coefficient vis a vis des émissions de GES est trés faible. L’énergie nucléaire n'est certainement pas la panacée, mais on ne peut lui enlever cela...

Enfin, l'attribution d'un coefficient de 1.00 au fioul, gaz... signifie qu'il n'y aurait aucune émission de GES liée a l'exploitation de ces énergies?! , ça me laisse perplexe.

Emmanuel Combes

Bonjour,
En lisant mieux mon commentaire vous remarquerez que je n'estime nullement ce que vous prétendez.
Vos propos peu cohérents et confus laissent penser que des lacunes affectent votre connaissance du secteur énergétique.
Excusez-moi mais je préfère ne pas consacrer trop de temps à vous répondre, je vous inviterais simplement à ne pas confondre le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire avec les émissions de CO2 en grammes/kWh.

Hervé

Bonjour,
Vous essayez de noyer le poisson:
Quel est le problème avec l’énergie primaire: Aucun. Par contre on a un problème avec les émissions de CO2.
Donc on doit donc chercher a diminuer les émissions de CO2, pas réduire la conso d'energie primaire.
Pour baisser les émissions de CO2, il faut virer le pétrole et le gaz et charbon de notre conso énergétique.
C'est plus clair comme ça?

Arnaud

Pour revenir sur les 1ers commentaires parlant de lobbies, l'association Équilibre des Énergies a bien pour objet principal de faire du lobby pro-électrique !

Et quand ce site Connaissance des Énergies leur offre de manière récurrente une tribune d'actualité sur n'augure rien de bon sur impartialité de ce média.

L'impact et le rendement de la production électrique dépendent des usages et des saisons et du mode de calcul moyen ou marginal.

En faisant une recherche "contenu en CO2 de l'électricité", vous trouverez sur le site decrypterlenergie un article intéressant qui conclut ceci :

Malgré la faible utilisation des énergies fossiles dans la production électrique française, la saisonnalité et la répartition horaire des usages entrainent des contenus en CO2 par kWh variant dans un rapport de 1 à 4,5. L’application de la méthode marginale, basée sur le fonctionnement effectif du parc de production électrique, donne un contenu marginal entre 500 et 600 g de CO2/kWh pour le chauffage électrique, soit trois plus élevé que par la méthode d’allocation, et quatorze fois plus que le contenu moyen annuel de 40 g CO2/kWh.

Ce coefficient de 2,58 résulte donc d'une moyenne et est effectivement plutôt sous-évalué.

Hervé

Bonjour,
Ce raisonnement, bien que très partiellement vrai, n'est pas exact, car tel qu'est organisé le système, une bonne part du chauffage électrique est produit par les sources décarbonées (50% de nucléaire et 25% d'hydrau en ordre de grandeur). D'autre part le chauffage elec est beaucoup plus efficient (il chauffe environ 1/3 du parc avec 60TWH, les environ 2/3 restant sont chauffés aux fossiles avec 360TWH) . Ce qui fait que au final, il reste bien moins émetteur pour la France que les systèmes à énergie fossiles.

En revanche il est certain qu'il faut faire attention car cette organisation à des limites en potentiel, et que augmenter le chauffage électrique ne fera pas bénéficier d'une baisse proportionnelle des émissions de CO2.

Les pompes a chaleur permettraient d’améliorer nettement ces chiffres déjà bons, mais il faudrait éviter les appoints résistifs et gérer les pic de froid par d'autres méthodes (bois...) pour en maximiser l'efficacité et en réduire les inconvénients.

Bodi

Bonjour,

Ce que vous écrivez est aussi partiellement vrai... En épluchant les données dispos sur le site de RTE, vous verrez que l'on voit régulièrement des appels de charge de plus de 20 GW (jusqu'à 40 GW!) sur les épisodes froids, qui dure en général de qqs jours à plus d'une dizaine (on parle souvent de la pointe de 19h mais ce qui émet beaucoup est cette pointe longue qui dure plusieurs jours). Le parc nucléaire et hydro étant sollicité de manière constante, on démarre alors des centrales aux gaz et charbon (par le jeu des imports export aussi). Quand on fait le bilan, on s’aperçoit alors qu'on a besoin d'autant de combustibles (60 TWh) pour faire le suivi de charge (très inefficace) que si on l'avait fournit direct le gaz dans les logements... Ce qui est cohérent avec les chiffres d'émissions retenus par l'ademe et le gouvernement pour le chauffage élec (~200 g/KWh CO2, quasi idem chauffage gaz)

Le bilan de la pompe à chaleur (surtout la air-air) est loin d'être évident: son rendement s'effondre (2 voir moins) quand il fait froid (<5 C), l'électricité fournie à ces moment est alors fortement carbonée (démarrage des centrales gaz, charbon et fioul) et son cycle de vie est plutôt mauvais (faible durée de vie comparé aux autres moyens de chauffage, gaz frigo très polluant, etc)

Pour conclure, on aurait sans doute un meilleur bilan carbone si on avait mis au gaz le 1/3 du parc aujourd'hui à l'élec (l'élec nucléaire rendu disponible pouvant alors supplanter d'autres centrales thermiques en Europe). La priorité pour les 2/3 du parc non chauffées à l'élec devraient être l'isolation et non une PAC.

Hervé

Bonjour, Si vous regardez bien les données RTE, vous constaterez
- Que le suivi de charge thermique n'est pas exclusivement hivernal (oui il est plus important en hiver, mais existe toute l'année, même quand on ne chauffe pas)
- Que l’hydraulique est tout de même plus sollicitée en hiver
- Que le nucléaire est lui aussi plus sollicité en hiver
- Que les imports (qui sont parfois des surplus ENR de nos voisins) ne sont pas forcément bourrés de carbone (nos exports non plus par ailleurs)

Je ne crois pas avoir écrit que le chauffage électrique est complétement décarboné, donc je ne vois pas ce qui serait "partiellement vrai" dans mon propos, mes chiffres datent de qq années mais je ne pense pas que ça ait bcp bougé depuis.

Concernant les PAC, Si on regarde des machines air air inverter de bonne manufacture actuelle (pas celles fabriquées il y a 40ans ), le SCOP (moyenne sur la saison du cop) pour un climat moyen est proche de 4. Si vous le le croyez pas, vous pouvez toujours vérifier, on mets maintenant des compteurs d’énergie partout. Comparez la conso gaz et PAC de pavillons de taille et conception identiques sur un même quartier, pas besoin d'être ingénieur pour voir la différence...

Pour finir, comme précisé dans mon post précédant, une forte réduction des GES s’obtient en couplant les PAC avec une autre source décarbonée justement pour éviter les pointes engendrées par les pics froid car la PAC a tendance à aggraver ce problème si l'appoint est de type effet joule.

Hervé

PS, je suis d'accord avec vous concernant votre dernier paragraphe sur l'isolation. Il est d’ailleurs inutile de mettre du gaz car dans une maison correctement isolée avec les techniques à notre disposition pour un surcout acceptable, un simple convecteur qui tournera exceptionnellement suffit (c'est pas théorique, c'est constaté sur vrai chantier, et à 600m d'altitude).

Mais isoler efficacement à un cout raisonnable ne concerne que le neuf car isoler efficacement l'existant est encore compliqué (trop loin d'une forme de rentabilité).

Jean-Jacques M…

Merci pour cet excellent papier ; si la notion d’énergie primaire a pu avoir du sens pour mieux comptabiliser les prélèvements sur les ressources fossiles à une époque où l'on craignait d'en manquer , aujourd’hui on sait qu'en fait on a trop de réserves fossiles et qu'il nous faut en laisser de l'ordre des deux tiers sous terre pour limiter les émissions de CO2
Le paramètre dimensionnant dans l'équation c'est le CO2 qu'il faut réduire et la consommation d’énergie finale qu'il faut maîtriser
Par ailleurs à chaque KWh de gaz brûlé et au delà du CO2 , c'est la balance commerciale et la dépendance énergétique qui sont impactées négativement
Alors oui , abandonnons cette notion d'énergie primaire qui n'a plus lieu d'être

Arthur Pagot

Merci Emmanuel Combes pour cette réponse argumentée et merci Arnaud de rappeler qu'il existe des lobbies pour chaque idée et que celui de l'électricité n'est pas un "enfant de cœur" contrairement à ce qui a été dit plus haut. Pour exemple les dernières rencontres ministérielles sur les énergies renouvelables où seul 1 représentant de la filière solaire était présent contre une dizaine de représentant de la filière PAC. Mais aussi le démarchage auprès des particuliers pour vendre de la PAC à tous prix.

L'énergie électrique est une énergie difficile à produire et à stocker. Considérée comme noble, elle permet de faire fonctionner des process qu'aucune autre énergie est capable de faire fonctionner (l'électronique) et permet des avancées technologiques énormes.
La chaleur c'est l'état le plus dégradé de l'énergie, c'est la plus simple à produire. Utiliser l'électricité pour se chauffer est une aberration.
La PAC est (presque) le seul moyen technologique qui existe pour faire du froid. Elle utilise des gaz réfrigérant à très haut facteur de réchauffement. Développer ce système pour faire du chaud est une seconde aberration (à moins que l'on ai besoin de faire du froid à côté Piscine/Patinoire).

Hervé

Non, pour rappel, les normes imposent aux pacs actuelles des coefficients moyens supérieur à 3.5, ce qui signifie que même alimentées par une centrale a gaz, elles restent moins énergivores que les chaudières thermiques classiques. Si en plus l’électricité est produite par des moyens à faibles GES, c'est plié pour les anciennes énergies. Je suis désolé si vous travaillez pour eux, mais va falloir envisager d’évoluer plutôt que de s’accrocher à défendre un système archaïque et polluant .

L'argument du frigorigène polluant est encore partiellement vrai, mais plus pour longtemps. Sans parler des nouveaux gaz frigo nettement meilleurs (R32, R1234), certains fabricant ont basculé sur l'usage du butane/propane/CO2 qui éliminent complétement ce problème.

Goldorak

@Bodi : Comme il est précisé au début de l'article, le coefficient a été créé en 1972, le nucléaire était inexistant à l'époque (Pour se donner une idée, Fessenheim a ouvert en 78).

Quand à l'utilisation de la chaleur restantes des centrales nucléaire, je crois que les souci sont :
- Qu'Il faut d'abords créer le réseau de chaleur supportant une telle quantité d'eau
- que l'eau en sortie du nucléaire est plus basse que l'eau utilisé en général (l'utilisation est possible mais il faut adapter l'existant).
- que cette place est en partie déjà occupée par des centrales à Gaz
Je suis totalement pour une telle utilisation.

herté07

Le problème fondamental de la RT2012; c'est la prise en compte de l'énergie produite sur le bâtiment ce qui revient à favoriser une moindre isolation sous prétexte qu'il y a production d’énergie et donc favoriser au global la consommation d’énergie des bâtiments. Pourtant l'action la plus importante pour pouvoir réussir la transition énergétique, c'est l'économie d'énergie

Hervé

ET s'il n'y avais que ce problème... J'ai espoir que la RT2050 mettra en pratique ce qu'on serait capable de faire aujourd’hui, à savoir des maisons quasi passives sans compensations bidon...

Legile philippe

Merci pour cet article, lequel aurait mieux valu s’intituler: « focalisons nous sur notre consommation vertueuse » (sous entendu comprenons bien ce qui se trame derrière notre energie finale) et stoppons toute diversion qui n’ont de but qu’a noyer le poisson ou à défendre le nucléaire...
De la même manière préoccupons nous à faire établir des diagnostics énergies fiables et vérifiables comme par exemple avoir recours au remboursement par le diagnostiqueur en proportion de l’erreur commise, au delà d’une marge acceptable d’incompetence ( je suggère 20%)
Enfin investissons autant d’argent dans le renouvelable que ce qui a été dilapidé et le sera encore pour l’atome et les fossiles.

Legile philippe

Car nous ne dirons pas à nos enfants que nous n’étions pas conscients des effets/conséquences de l’atome et des fossiles sur l’homme et la nature qui nous fait vivre et nous supporte malgré les outrages

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