Une majorité de Français pensent encore que le nucléaire émet du CO2

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Centrale nucléaire de Cattenom

Centrale nucléaire de Cattenom (©Brandstrom Sophie;PWP) 

Le deuxième Sommet mondial sur l'énergie nucléaire civile a lieu ce 10 mars à Paris(1). À cette occasion, Orano présente la quatrième édition de son baromètre « Les Français et le nucléaire », actualisé tous les deux ans depuis 2019.

Une enquête sur la compréhension des Français

Orano rappelle que cette enquête réalisée par l'institut Ipsos-BVA(2) ne constitue pas un sondage « pour ou contre » le nucléaire mais un état des lieux sur les connaissances des Français sur cette source d'énergie. Des connaissances qui étaient jugées extrêmement faibles lors de la première édition de cette enquête en 2019.

Sept ans plus tard, Orano dresse un bilan plus favorable, avec des points encourageants et toujours quelques inquiétudes. Parmi les motifs de satisfaction pour la filière, le groupe spécialisé dans les combustibles nucléaires souligne entre autres que le nucléaire est désormais perçu comme un « atout pour la France » par 61 % des personnes interrogées(1) (et même 78 % chez les cadres et 77 % chez les hommes), contre 47 % en 2019. Inversement, seuls 6 % des répondants considèrent désormais le nucléaire comme « un handicap », contre 34 % en 2019.

Nucléaire atout ou handicap

Parmi les arguments en faveur de la filière, celui « relatif à l’indépendance énergétique du pays demeure le plus cité, devant le fait que le nucléaire soit pilotable et bon marché ». 

À l'inverse, les arguments « les plus convaincants contre le nucléaire » pour les personnes interrogées sont la production de déchets non recyclables, le risque d'accident et le vieillissement des installations nucléaires françaises.

Le bémol : la perception quant au réchauffement climatique

Orano déplore qu'une courte majorité de répondants « pensent toujours que le nucléaire émet du CO2 et contribue au dérèglement climatique » (à 52 %, et surtout 69 % chez les jeunes de 18 à 24 ans). « Une perception qui alerte sur la compréhension des faits scientifiques », commente Orano. L'enquête note certes une baisse de cette proportion ces dernières années (qui atteignait 69 % en 2019), tout en s'interrogeant : a-t-on atteint « une forme de plafond de verre » ?

Nucléaire et production de GES

 

Le caractère décarboné de la production nucléaire est pourtant martelé par la filière comme un de ses atouts majeurs. La production électrique bas carbone de la France repose toujours très majoritairement sur le parc nucléaire, dont la production a atteint 373 TWh en 2025 (68,1 % du mix électrique français), selon le dernier Bilan électrique de RTE. En y incluant les sources renouvelables, le mix électrique métropolitain est dit décarboné à 95,2 % et l’intensité en émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité française est « restée l’une des plus faibles au monde » l'an dernier, atteignant 19,6 g CO2eq /kWh en 2025, contre 178 g CO2eq /kWh en moyenne en Europe.

L'enquête d'Orano montre que 7 % des personnes interrogées considèrent même que le charbon, pourtant réputé pour les très fortes émissions liées à sa combustion, contribue moins à la production de gaz à effet de serre que le nucléaire.

Maxence Cordiez, membre du comité scientifique de Connaissance des Énergies, explique cette désinformation par « plusieurs paramètres dont une faiblesse de l'enseignement scientifique général en France, ainsi que des manuels scolaires parfois incorrects et biaisés sur ces sujets ». Il souligne également « une confusion quant au rôle des aéroréfrigérants, qui rejettent de la vapeur d'eau mais dont beaucoup de monde imagine qu'ils rejettent de la fumée », ainsi que « la forte polarisation du débat énergétique, avec notamment des ONG antinucléaires qui ont prétendu (à tort) que l'énergie nucléaire n'était pas bas carbone pour servir un discours hostile à cette énergie ».

Dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique, ce constat reste un obstacle important alors que la filière cherche à recruter massivement dans le cadre de la relance du nucléaire en France. Près de 72 % des jeunes interrogés reconnaissent d'ailleurs bien que le nucléaire crée des emplois. Et 55 % des Français prévoient un « recours accru au nucléaire à l’avenir » (mais seulement 48 % des 18-24 ans, malgré la publication récente de la PPE 3 actant la relance).

« Les Français et le nucléaire » - Enquête nationale d'Orano (mars 2026)

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