PPE 3 : ce que contient la feuille de route tant attendue

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Éoliennes et réacteurs nucléaires de la centrale de Cruas-Meysse

Éoliennes et réacteurs nucléaires de la centrale de Cruas-Meysse en Ardèche. (©Agence Rea; Popy Xavier)

Le gouvernement a enfin présenté ce 12 février la 3e programmation pluriannuelle de l'énergie (« PPE 3 »), dont une première version avait été mise en consultation... fin 2024. Ce qu'il faut en retenir.

Le « cap clair » d'une électrification bas carbone

La PPE « fixe un cap clair », indique le gouvernement : à commencer par la hausse de « la production énergétique décarbonée, notamment électrique (entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 544 TWh) ». Autrement dit, 19,5 % à 27,4 % de croissance en une décennie.

La « relance du nucléaire » est une évolution centrale de la PPE 3 par rapport à la précédente PPE (qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires) : la nouvelle feuille de route confirme « la construction de 6 EPR 2 » et fixe pour objectif de décider en 2026 du lancement possible de la construction de 8 réacteurs supplémentaires. Compte tenu du temps de construction des futures tranches nucléaires, le gouvernement attend également une « optimisation du parc existant » de 57 réacteurs pour atteindre une production annuelle de l'ordre de 380 à 420 TWh aux horizons 2030 et 2035.

La rapide progression des capacités renouvelables - ayant fait l'objet d'échanges houleux ces dernières semaines - est censée se poursuivre, avec un traitement différencié selon les filières :

- une « accélération » de l'éolien en mer, avec une cible de 15 GW de puissance cumulée installée en 2035 ;

- une « évolution raisonnée » du photovoltaïque, avec une cible de 48 GW de capacités installées en 2030 et entre 55 et 80 GW en 2035 (contre près de 30 GW en 2025)

- une restriction de l'éolien terrestre, en privilégiant le « renouvellement de parcs existants » dont les puissances pourraient être augmentées (repowering) tout en réduisant l'impact paysager. La puissance du parc éolien terrestre français visée en 2030 est de 31 GW (contre 24 GW en 2025) et de 35-40 GW à l'horizon 2035.

Objectifs de la PPE 3

Les défis de l'hydroélectricité, 2e source d'électricité en France, portent notamment sur la pérennité du parc de barrages actuel, après le compromis trouvé avec Bruxelles sur la gestion des concessions qui a fait l'objet d'une proposition de loi. La PPE 3 mentionne un objectif de hausse de 2,8 GW des capacités des barrages français (dont 1,7 GW de STEP).

Une clause de revoyure en 2027

Mais la PPE 3 ne se limite pas à esquisser le paysage électrique de la France dans la décennie à venir. Et pour cause : un objectif central de la feuille de route est de faire passer la part des énergies fossiles dans la consommation finale d'énergie de la France à 40% en 2030, contre 58% en 2023, ce qui exige de favoriser également les filières bas carbone non électriques.

La PPE 3 fixe pour ces filières bas carbone non électriques des objectifs de croissance plus ou moins marqués : 

- pour la production de chaleur renouvelable et de récupération : de 172 TWh en 2023 à 328-341 TWh en 2035 ;

- pour le biométhane : de 9 TWh à 47-82 TWh en 2035 ;

- pour les biocarburants : de 38 TWh à 70-90 TWh.

Sur l'hydrogène, la nouvelle feuille de route prévoit de « lisser sur un temps long » les objectifs de déploiement des capacités d'électrolyse en France (jusqu'à 4,5 GW en 2030, avec un nouvel objectif de 8 GW installés en 2035).

Face aux incertitudes de l'évolution de l'offre et surtout de la demande (d'électricité), une clause de revoyure est prévue, pour la première fois pour une PPE, dès 2027. Celle-ci doit permettre de préciser le scénario se réalisant et « d'ajuster la trajectoire selon les besoins effectifs en énergie ».

Des besoins de flexibilité, une électrification des usages nécessaire

Face à la progression de la part des énergies renouvelables dans le système électrique, davantage de flexibilité est nécessaire. Le gouvernement indique que « l'État réformera en 2026 le pilotage des énergies renouvelables électriques, notamment pour limiter les variations de puissance en période de prix négatifs ». Une réforme du mécanisme de capacité doit également être mise en œuvre cette année.

Au-delà des objectifs de développement des filières, c'est du côté de la demande que se tournent tous les regards, afin que l'électricité décarbonée trouve preneur. Le gouvernement a ainsi précisé les contours de son plan d'électrification des usages. Des groupes de travail sont organisés dès ce mois de février, en vue d'aboutir « au printemps » à des propositions dans les différents secteurs.

Lors de la présentation de la PPE ce 12 février, la ministre de la Transition écologique Monique Brabut a évoqué « deux chantiers de souveraineté » (industrie et numérique) et « deux chantiers de pouvoir d'achat » (le bâtiment, notamment avec les pompes à chaleur) et le transport, avec l'objectif qu' « une voiture sur trois achetée en 2026 soit électrique », a indiqué la ministre).

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