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En Amazonie équatorienne, un peuple indigène porte plainte contre une compagnie pétrolière

  • AFP
  • parue le

Des représentants du peuple indigène Waorani, en Amazonie équatorienne, ont déposé plainte contre la compagnie pétrolière chinoise PetroOriental qu'ils accusent de contaminer leurs terres ancestrales en brûlant le gaz naturel issu des puits de pétrole.

Les représentants du village Waorani de Miwaguno se sont rendus au tribunal de Francisco de Orellana, la principale ville de la province d'Orellana, à l'est de Quito, pour se présenter "en tant que victimes". "Nous avons vu notre mode de vie modifié à jamais", affirment-ils dans la plainte. "Notre survie même est menacée en raison du changement climatique".

Ils s'opposent à la pratique du torchage, l'opération consistant à brûler le gaz excédentaire associé au pétrole, et qui se dégage dans l'atmosphère.

"La pluie a un goût de charbon", a déclaré Menare Omene, une femme de 52 ans, représentante de la communauté qui compte environ 150 Waorani.  PetroOriental extrait à Orellana environ 10 000 barils de pétrole par jour.

Le pétrole brut est la principale source de devises étrangères de l'Équateur qui produit 469 000 barils par jour, en exporte 76% pour 3,35 milliards de dollars entre janvier et septembre 2020. Le ministère équatorien de l'énergie a estimé en 2018 que, pour chaque baril de pétrole produit, environ 5 m3 de gaz naturel sont brûlés.

Ce gaz pourrait être utilisé pour produire de l'électricité, ce qui nécessiterait toutefois de lourds investissements face à l'option moins coûteuse de le brûler, selon l'ONG environnementale Accion Ecologica, qui soutient les Waorani dans leur démarche. "Nous voulons qu'ils éteignent les brûleurs en raison des dégâts environnementaux causés à nos terres. C'est une contamination totale", a déclaré le chef du village, Juan Pablo Enomenga.

Il se plaint de la "forte" chaleur, de l'augmentation des précipitations et d'autres problèmes environnementaux que les Waorani associent aux torchères. Il estime que depuis 15 ans, la production locale de manioc et de bananes, la base de l'alimentation de sa communauté, a progressivement diminué.

Accion Ecologica a indiqué avoir comptabilisé 447 torchères en activité en Amazonie équatorienne, dont 159 à Orellana.

« À cause de la pollution »

En 2019, les Waorani de la province de Pastaza (sud), à la frontière avec le Pérou, ont remporté une éclatante victoire : la justice équatorienne a interdit l'exploitation pétrolière dans une zone de forêt vierge de leur territoire. Les juges ont déterminé qu'un tel projet attentait au droit constitutionnel des peuples à l'autodétermination et à être consultés sur l'extraction de ressources non renouvelables dans leur habitat.

Ce combat à valu à la présidente du Conseil de coordination du peuple waorani d'Equateur-Pastaza (Conconawep), Nemonte Nenquimo, d'être reconnue par le magazine américain Time parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde en 2020.

Vivant de la chasse, de la pêche et de l'agriculture, les habitants de Miwaguno disent souffrir des ravages du changement climatique. Il y a un an, le niveau de la rivière bordant le village a été multiplié par cinq, anéantissant les récoltes et privant les habitants de nourriture pendant sept mois, selon Andrés Enomenga, 26 ans.

"À cause du climat, à cause de la pollution", Andrés dit devoir aller au plus profond de la jungle chasser "les animaux de brousse" dans des zones considérées comme "dangereuses" en raison de la présence de clans nomades. "Avant il n'y avait pas cette odeur (de pétrole). Avant, la forêt, les arbres, la faune, tout ça avait un arôme riche. Maintenant, avec les compagnies (pétrolières), les brûleurs, c'est différent" avec "tous ces produits chimiques, avec le pétrole", se lamente Menare Omene, qui s'exprime en Wao Terere, sa langue ancestrale.

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