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Climat: rester sous 1,5°C, « improbable » mais encore faisable selon un projet de rapport du GIEC

  • AFP
  • parue le

Le monde devra engager des transformations drastiques et immédiates s'il veut avoir quelques chances de rester sous le seuil critique de 1,5°C de réchauffement, souligne un projet de rapport du groupe des experts du climat de l'ONU (GIEC).

"Il existe un fort risque que, au vu des trajectoires d'émissions (de gaz à effet de serre) et des engagements nationaux actuels, la Terre se réchauffe de plus de 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels", limite la plus ambitieuse fixée par l'accord de Paris, relève le texte consulté par l'AFP. En rester à ces engagements rend "extrêmement improbable" la tenue de cet objectif. "Aux taux de réchauffement présents, la température globale moyenne atteindrait 1,5°C d'ici les années 2040", selon ce document.

Vu la persistance des gaz dans l'atmosphère, le monde n'a plus devant lui que 12 à 16 ans d'émissions au rythme actuel, s'il veut garder 50% de chances de s'arrêter à ce niveau de température. Le rapport sur l'objectif 1,5°C a été commandé au Giec après l'adoption de l'accord de Paris fin 2015 sous l'égide de l'ONU. Cette somme d'un millier de pages, synthèse des recherches scientifiques mondiales, doit être publiée à l'automne 2018, et accompagnée d'un "résumé pour les décideurs politiques" adopté par consensus par les gouvernements. Interrogé par l'AFP, le Giec répond que le texte peut encore évoluer.

Il est "l'oeuvre de scientifiques", explique à l'AFP Jonathan Lynn, porte-parole de l'institution. "Le Giec a été créé pour fournir des outils aux gouvernements. Son rôle est de permettre de baser les décisions politiques sur la science". Avec l'accord climat, entré en vigueur fin 2016, les Etats se sont engagés à agir pour limiter le réchauffement "bien en-deçà de 2°C", et à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C" -- une demande très forte des îles et des pays vulnérables.

A ce jour, le monde a déjà gagné 1°C. Le Giec rappelle que +1,5° ou +2°C, cela fait une différence (intensité des cyclones, des sécheresses, ressource en eau...). Pour autant, à +1,5°C, le seuil pourrait déjà être franchi pour la fonte des calottes du Groenland et de l'Ouest Antarctique, promesse d'élévation majeure du niveau des océans.

« Pas une surprise »

Le "seul" moyen de rester à +1,5°C est d'"accélérer la mise en oeuvre d'actions rapides, profondes, multi-sectorielles", dit le projet de texte: réduire "fortement" la demande d'énergie par habitant, développer les énergies renouvelables (qui doivent devenir source dominante d'énergie primaire à partir de 2050), décarboner le secteur électrique d'ici la moitié du siècle, en finir "rapidement" avec le charbon. Soit un alignement de transformations drastiques, requérant coordination et innovation.

Si le rapport final conclut bien "qu'il y a un fort risque de franchir la limite d'1,5°C en milieu de siècle, ce ne sera pas une surprise", a réagi vendredi le chercheur Philip Williamson, de l'Université d'East Anglia, auprès du Science Media Center de Londres. D'après les modèles climatiques, le monde a déjà perdu 66% de chances de s'arrêter à +1,5°C, ajoute le projet de rapport. Il serait envisageable de franchir ce seuil pendant quelques années, avant de parvenir à faire rechuter la températures. Mais avec un risque d'impact sur certains écosystèmes (pertes d'espèces).

Pour rester sous 1,5°C, il faudrait aussi extraire du CO2 de l'atmosphère, en particulier via les forêts. Mais la démarche n'est pas sans "risques" (pression sur les sols, concurrence avec l'agriculture). Il faudra en outre s'attaquer aux gaz autres que le CO2, notamment le méthane.

Interrogé par l'AFP, le climatologue Michael Mann (Pennsylvania State University), qui n'a pas rédigé le rapport mais a travaillé sur le sujet, est plus direct: "de mon point de vue, une stabilisation à 1,5°C est extrêmement difficile sinon impossible à ce stade. Alors qu'une stabilisation à 2°C est un défi ardu mais relevable". Pour lui, "tout scénario visant une stabilisation à 1,5°C implique probablement une dépendance suspecte à l'égard des technologies dites d'+émissions négatives+".

Le projet de rapport du Giec met d'ailleurs en garde contre certaines de ces solutions de géo-ingénierie, qui voudraient notamment manipuler le rayonnement solaire, invoquant "des questions d'éthique" comme d'efficacité.


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