- Connaissance des Énergies avec AFP
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La guerre au Moyen-Orient a fait temporairement bondir les prix du pétrole audelà de 100 dollars lundi, avant qu'ils reviennent mardi aux environs de 90 dollars, soit toujours près de 25% de hausse en une dizaine de jours, depuis les premières frappes américaines et israéliennes contre l'Iran.
Mais la situation reste très différente, pour l'instant, et par bien des aspects, du premier choc pétrolier d'octobre 1973, qui avait vu les cours quadrupler en trois mois. Explications.
- Blocage vs. embargo -
Si le baril s'est emballé, la mécanique de crise actuelle diffère radicalement de celle de 1973.
À l'époque, le choc était politique: un embargo délibéré des pays arabes de l'Opep contre les nations occidentales pro-israéliennes durant la guerre du Kippour.
En 2026, le choc est logistique: c'est une paralysie du détroit d'Ormuz par l'Iran, verrou par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale.
Dans la configuration actuelle, la ressource n'est pas refusée par les producteurs, elle est physiquement bloquée.
L'Arabie saoudite, l'Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït auraient en théorie la capacité d'ouvrir les vannes pour stabiliser le marché, mais ils se heurtent au fait qu'"ils sont tous dépendants d'Ormuz", explique Francis Perrin, chercheur à l'Iris.
Conséquence directe de cet étranglement: sans routes alternatives suffisantes pour compenser les flux perdus, ces géants pétroliers du Golfe ont déjà commencé à réduire leur production faute de capacités de stockage locales, précise Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
Mais cette différence de nature --un verrou physique plutôt qu'une volonté de rupture diplomatique-- rend une explosion des prix similaire à celle de 1973, quasiment impossible.
- La pression des élections américaines -
En promettant mardi que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre", l'Iran espère maintenir les prix de l'énergie élevés pour faire pression sur les Etats-Unis.
Car à l'approche des élections de mi-mandat en novembre aux Etats-Unis, Donald Trump voudra à tout prix éviter une flambée prolongée de l'or noir, qui deviendrait son talon d'Achille.
L'Américain est parvenu lundi à contenir la hausse des prix en assurant que la guerre allait "se terminer bientôt" et en annonçant la levée de "certaines sanctions" sur le pétrole, après un appel avec son homologue russe Vladimir Poutine.
La semaine passée Washington avait déjà accordé une dérogation à l'Inde en l'autorisant à importer du pétrole russe pendant un mois.
- Un "airbag" à court terme: les stocks stratégiques -
Contrairement au premier choc pétrolier, en 1973, où les pays occidentaux avaient été pris de court, les membres de l'OCDE peuvent aujourd'hui s'appuyer sur des stocks stratégiques colossaux, équivalents à trois mois d'importations.
Ce filet de sécurité est piloté par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), une institution créée précisément au lendemain de cette crise historique pour parer à ce genre d'urgence.
Pour compenser le blocage iranien, l'AIE pourrait prochainement injecter une partie de ces réserves sur le marché afin de casser la spéculation et combler le déficit d'offre.
Une soupape indispensable qui reste toutefois "efficace à condition que le conflit ne dure pas trop longtemps", tempère Francis Perrin.
- La peur de la "transition accélérée" -
Le rapport de force a lui aussi radicalement changé: si l'Opep avait profité du chaos de 1973 pour imposer des tarifs records, les pays exportateurs redoutent aujourd'hui qu'un baril trop cher ne devienne le meilleur argument pour une transition vers les énergies vertes et le nucléaire.
Le défi est d'autant plus complexe que le monde reste "accro" à l'or noir. "On a encore beaucoup de mal à remplacer le roi pétrole", souligne Francis Perrin, rappelant son rôle indispensable dans les transports et la pétrochimie.
Si la part du brut a diminué dans le mix énergétique mondial, la consommation globale, elle, atteint des records.
Si le conflit s'enlise "encore quelques semaines, les prix pourraient grimper facilement jusqu'à 140 dollars", juge M. Leon. Au risque de fragiliser durablement l'économie mondiale.