- Connaissance des Énergies avec AFP
- parue le
Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a accusé vendredi Donald Trump de vouloir "asphyxier" l'économie de l'île communiste où les coupures électriques quotidiennes s'accentuent et les files d'attente devant les stations-services ne cessent de s'allonger.
Le président américain a signé jeudi un décret stipulant que les Etats-Unis pourraient frapper de droits de douane, d'un montant non précisé, les pays vendant du pétrole à La Havane, en invoquant une "menace exceptionnelle" que ferait peser Cuba sur la sécurité nationale américaine.
"Sous un prétexte mensonger et dénué d'arguments (...) le président Trump entend asphyxier l'économie cubaine", a dénoncé sur X le président cubain.
"Cette nouvelle mesure met en évidence la nature fasciste, criminelle et génocidaire d'une cour qui a confisqué les intérêts du peuple américain à des fins purement personnelles", a ajouté le chef de l'Etat, dans une claire allusion au secrétaire d'Etat, Marco Rubio, un Cubano-Américain qui n'a pas caché sa volonté de voir un changement de régime à La Havane.
Ce décret accentue la pression sur l'île de 9,6 millions d'habitants, plongée dans une sévère crise économique et qui peine à couvrir ses besoins en carburant et en électricité.
- "Crise humanitaire" -
La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, dont le pays livre encore du pétrole à Cuba, a affirmé que de tels droits de douane supplémentaires pourraient déclencher une vaste "crise humanitaire" sur l'île.
La mesure pourrait affecter "directement les hôpitaux, l'alimentation et d'autres services essentiels au peuple cubain", a mis en garde Mme Sheinbaum en conférence de presse.
Elle a toutefois souligné qu'elle ne négligerait pas les implications que le décret de Washington pourrait avoir pour le Mexique. "Nous ne voulons pas non plus mettre notre pays en danger en termes de droits de douane", a-t-elle expliqué.
La Chine, un allié de Cuba, a également protesté contre les menaces américaines. "La Chine s'oppose fermement aux mesures qui privent le peuple cubain de ses droits à la subsistance et au développement", a déclaré en conférence de presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun.
Ces derniers jours, les files d'attente devant les stations d'essence à La Havane n'ont cessé de s'allonger et les délestages électriques peuvent désormais atteindre une dizaine d'heures dans la capitale.
Jorge Martinez, qui se rend à son travail, ne cache pas son inquiétude. "Cela va impacter directement la vie des Cubains. Tôt ou tard, cela va avoir des conséquences (sur l'économie), c'est le but", estime auprès de l'AFP cet ingénieur informatique de 60 ans.
"Il faut s'asseoir et négocier" avec Donald Trump, a-t-il ajouté.
- "Dur, très dur" -
Jorge Grosso, un étudiant de 23 ans, redoute une situation dramatique pour la population. "Je pense que ce qui arrive va être dur, très dur", dit-il à l'AFP.
Jeudi soir, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, Cuba avait déjà dénoncé un "acte brutal d'agression" contre les Cubains.
L'île, dirigée par le Parti communiste cubain (PCC, unique), est soumise à un embargo des Etats-Unis depuis 1962, que Donald Trump a considérablement renforcé dès son premier mandat (2017-2021).
Selon le décret américain, la décision de Washington s'appuie sur la déclaration d'un "état d'urgence" en lien avec la "menace exceptionnelle" que ferait peser Cuba sur la sécurité nationale américaine.
Washington reproche aux autorités cubaines de "s'aligner et de soutenir nombre de pays, organisations terroristes internationales et acteurs hostiles aux Etats-Unis" dont la Russie, la Chine, l'Iran, le Hamas ou le Hezbollah.
Cuba est aussi accusée de "déstabiliser la région via l'immigration et la violence", tout en "propageant ses idées, programmes et pratiques communistes".
Plus tôt en janvier, le président américain avait déjà menacé le gouvernement cubain de couper les flux de pétrole et d'argent, le sommant d'accepter un "accord, avant qu'il ne soit trop tard", sans préciser la nature de cet accord.
Miguel Diaz-Canel avait démenti toute discussion en cours entre son pays et les Etats-Unis.
Après la capture de M. Maduro, Donald Trump a placé sous contrôle américain le secteur pétrolier du Venezuela, qui depuis les années 2000 a été le principal fournisseur de pétrole à Cuba, son allié.
bur-jb/esp/cpy