Pétrole : les États-Unis peuvent-ils fortement augmenter leur production avec la flambée des prix ?

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En 2025, les exportations américaines de pétrole brut ont baissé de 3 % par rapport à 2024 (et de 7 % pour les exportations vers l'Europe), une première baisse annuelle depuis 2021, selon 'EIA américaine (Energy Information Administration).

Une baisse des exportations américaines en 2025

Les États-Unis ont exporté l'an dernier près de 4 millions de barils par jour (Mb/j) de pétrole brut. C'est environ « 85 fois plus qu'en 2011 », rappelle l'EIA, les États-Unis ayant massivement augmenté leur production pétrolière depuis le début des années 2010 avec la révolution des hydrocarbures de schiste (et la levée en 2015 de restrictions sur les exportations), « mais légèrement moins qu'en 2023 et 2024 ».

La production américaine de pétrole brut a encore augmenté l'an dernier - de près de 3 % - pour atteindre un record de 13,6 Mb/j mais ces volumes supplémentaires ont été destinés aux raffineries américaines et aux réserves stratégiques américaines. 

Dans le même temps, l'EIA souligne que les importations de pétrole brut des États-Unis ont elles aussi baissé, et plus fortement que ses exportations. Elles se sont élevées à 2,2 Mb/j en 2025 (contre 2,5 Mb/j en 2024).

Les pays membres de l'AIE ont décidé ce 11 mars de mettre 400 millions de barils de pétrole « à la disposition du marché pour compenser la perte d'approvisionnement due à la fermeture effective du détroit d'Ormuz». Les capacités de production du Moyen-Orient sont bloquées par le conflit actuel mais les États-Unis, premier producteur mondial, peuvent-ils fortement augmenter leur offre ?

Une hausse de production limitée à court terme

Compte tenu de la flambée des cours du pétrole brut, de nombreux gisements pétroliers de schiste deviennent rentables à exploiter outre-Atlantique. Toutefois, « même dans un contexte de prix élevés autour de 100 $/baril, il est peu probable d’assister à une nouvelle phase de forage intensif comparable à celle de 2017-2018, l’industrie continuant de privilégier une discipline stricte en matière d’investissement », selon Jérôme Sabathier, chef du département Économie et évaluation environnementale chez IFP Énergies nouvelles.

À l’heure actuelle, on dénombre en particulier sur le bassin Permien américain « moins de 1 000 puits de pétrole inachevés (DUC) qui sont définis comme des puits n’ayant fait l’objet d’aucune activité de forage sur le même site depuis plus de trois mois », précise-t-il. Un niveau très inférieur au pic d’environ 2 500 puits observé pendant la pandémie de COVID-19, correspondant au « niveau de stocks le plus bas depuis 2022 ».

Cette situation résulte des stratégies adoptées par les producteurs au cours de l’année écoulée : « Afin de maintenir leur production tout en réduisant le nombre d’appareils de forage, les opérateurs ont puisé dans leurs stocks de puits forés mais non complétés. Cette gestion prudente, rationnelle dans un contexte d’incertitude sur les prix, a cependant réduit leur marge de manœuvre pour augmenter rapidement la production. Une perturbation de l’ampleur actuelle n’avait pas été anticipée », détaille Jérôme Sabathier.

Les appareils de forage constituent ainsi la principale contrainte pour toute augmentation rapide de l’activité : « au mieux, la production pourrait croître d’environ 150 kb/j au deuxième trimestre 2026, tandis que des hausses plus significatives ne sont pas attendues avant le second semestre 2026 », prévoit Jérôme Sabathier. 

Consulter l'Annual Energy Outlook - Retrospective 2025 de l'EIA américaine (mars 2026)