Croissance accélérée et arbitrages des usagers
Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février, BlaBlaCar fait état d'une hausse de 40 % du nombre de passagers en Inde et de 600 000 nouveaux conducteurs enregistrés à l'échelle du groupe par rapport à 2025. La société précise que l'effet est particulièrement marqué dans les pays confrontés à une flambée soudaine des prix des carburants et à des soutiens publics limités, comme en France, où la plateforme est également active dans 21 pays. Dans ce contexte, le recours au covoiturage progresse comme alternative de coût et de flexibilité.
En 2025, l'Inde a totalisé 20 millions de passagers, devant le Brésil (19 millions) et la France (7 millions), selon Benjamin Retourné, directeur produit de la plateforme. Connue localement sous le nom de « Blabla », l'application demeure identique d'un pays à l'autre. Fixé en début d'année, l'objectif interne d'atteindre 30 millions de passagers d'ici à 2026 pourrait être dépassé si les tensions sur l'approvisionnement en carburants se prolongent.
Déterminants énergétiques et exposition au détroit d'Ormuz
L'Inde dépend fortement des flux pétroliers en provenance du Golfe. Près de la moitié de ses importations de brut transitent par le détroit d'Ormuz, à hauteur d'environ 46 % en 2025 selon Moneycontrol, ce qui renforce la sensibilité des coûts de transport routier aux perturbations régionales. Cette exposition élevée éclaire l'ampleur de l'arbitrage modal observé en faveur du partage de trajets.
Au plan politique, le Premier ministre Narendra Modi a exhorté début mai ses concitoyens à réduire la consommation d'essence en privilégiant davantage le covoiturage et les transports collectifs. Fin mai, il a réitéré ce message en appelant ses ministres à pratiquer eux-mêmes le covoiturage, selon la presse indienne. L'entreprise observe que la dynamique est plus rapide dans les pays où les aides sur les carburants sont limitées et où les hausses tarifaires ont été brutales.
Produit, monétisation et déploiement régional
Les débuts indiens ont été lents. « Au bout de deux ou trois ans, la mayonnaise ne prenait pas », se souvient Benjamin Retourné. Après avoir cessé d'investir localement et opéré l'application depuis Paris, la plateforme a vu ses indicateurs repartir à la hausse après la pandémie, portée par l'augmentation du parc de voitures particulières et l'urbanisation rapide. « Les gens sont très connectés » et « aujourd'hui partout où vous allez il y a de la 5G », souligne-t-il.
BlaBlaCar ne monétise pas encore le covoiturage en Inde mais compte le faire à terme. La société vise en parallèle la construction d'une offre agrégée, combinant bus, trains et voiture, pour élargir les options de déplacement. Selon M. Retourné, la première motivation d'usage n'est « pas le prix » mais « le confort » par rapport aux bus et aux trains. Fort de cette traction, le groupe entend étendre ses activités en Amérique latine et accélérer en Asie du Sud-Est, avec des cibles comme la Thaïlande, les Philippines ou le Vietnam. En début d'année, BlaBlaCar s'était donné pour objectif d'atteindre 30 millions de passagers d'ici à 2026.