En Inde comme ailleurs, la crise énergétique dope l'essor de BlaBlaCar

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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L'Inde est le premier marché mondial de BlaBlaCar, avec 20 millions d'usagers en 2025, et comme dans de nombreux pays, la crise énergétique a incité davantage d'habitants à opter pour l'application française de covoiturage.

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le numéro 1 mondial du secteur a enregistré 600.000 nouveaux conducteurs sur sa plateforme, soit 20% de plus qu'en 2025, a indiqué Blablacar.

Cette tendance est plus marquée dans les pays où la hausse des prix du carburant s'est avérée soudaine, importante et combinée à des aides publiques limitées comme en France, souligne l'entreprise présente dans 21 pays.

En Inde, où l'application est connue sous le nom de "Blabla", le nombre de passagers a augmenté de 40% depuis le début des frappes américano?israéliennes contre l'Iran le 28 février, sur fond de hausse des prix de l'énergie.

L'an dernier, l'entreprise avait enregistré des chiffres records dans le pays le plus peuplé de la planète - près d'un milliard et demi d'habitants - avec 20 millions de passagers, devant le Brésil (19 millions) et la France (7 millions), souligne Benjamin Retourné, directeur produit de la plateforme.

En début d'année, BlaBlaCar s'était fixé pour objectif d'atteindre 30 millions de passagers d'ici à 2026.

Ces prévisions pourraient être largement dépassées compte tenu des difficultés d'approvisionnement en carburants rencontrées par l'Inde, qui importe environ la moitié de son brut via le détroit d'Ormuz.

- Modi appelle au covoiturage -

Pour réduire la consommation d'essence, le Premier ministre indien Narendra Modi a notamment exhorté début mai ses concitoyens à recourir davantage au covoiturage et aux transports en commun.

Les débuts indiens de Blablacar ont pourtant été poussifs. Lancée il y a dix ans avec l'aide d'une équipe marketing basée en Inde, faisant presque six fois la superficie de la France, la plate-forme n'a pas décollé.

"Au bout de deux ou trois ans, la mayonnaise ne prenait pas", se souvient M. Retourné, arrivé dans l'entreprise française il y a douze ans.

La société, née en France en 2006, a donc cessé d'y investir et laissé tourner son application - identique dans tous les pays - depuis son siège parisien, à l'inverse de nombreux groupes étrangers qui ont externalisé leurs services en Inde.

Après la pandémie de Covid, les chiffres ont enfin commencé à frémir, portés par la croissance économique et numérique du pays et le bouche-à-oreille.

Pour le chef de produit de 38 ans, ce succès s'explique par l'explosion du nombre de voitures individuelles et l'essor de la population urbaine, qui a augmenté de 200 millions d'habitants en dix ans.

"Les gens sont très connectés" et "aujourd'hui partout où vous allez il y a de la 5G", souligne M. Retourné.

- Recette gagnante -

Ces "trois dimensions" sont "la recette gagnante pour que le covoiturage décolle", insiste-t-il.

Selon lui, les perspectives de ce marché restent immenses avec "une nouvelle part de la population" qui souhaite "voyager pour le plaisir" et "notre produit qui est capable de répondre à ces besoins".

Une chose a cependant de quoi surprendre: "la raison numéro 1 pour laquelle les gens choisissent le covoiturage ce n'est pas le prix" mais "le confort" par rapport aux bus et aux trains.

Pratyush Anuraj, 24 ans, assistant de direction dans une banque privée à Bombay, a ainsi opté en novembre pour BlaBlaCar pour se rendre chaque week-end auprès de sa famille à Pune, à une centaine de kilomètres de là.

"C'est moins cher que le train, le bus ou un taxi privé. Cela fait aussi gagner du temps, car il y a peu d'arrêts et le véhicule n'attend pas au-delà de l'heure fixée pour le rendez-vous", poursuit-il.

Le client pointe cependant des inconvénients: le trajet est souvent annulé à la dernière minute, ou les conducteurs ne répondent pas aux appels.

Jusqu'à présent, la plateforme ne monétise pas le covoiturage en Inde mais elle entend le faire à l'avenir, explique M. Retourné.

Un autre objectif sera de "construire une plateforme qui agrège plusieurs modes de transport" bus, trains et voiture.

Fort de ses succès, BlaBlaCar ambitionne d'étendre ses activités en Amérique latine et de partir à la conquête de l'Asie du Sud-Est (Thaïlande, Philippines ou Vietnam).