
©Stellantis
Dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, le think tank Ember souligne ce 18 mars que « remplacer le pétrole importé utilisé dans le transport routier par des véhicules électriques permettrait de réduire la facture des importateurs de plus d'un tiers, soit environ 600 milliards de dollars par an ».
Déjà une économie de 1,7 Mb/j dans le monde...
Selon les dernières estimations d'Ember, le parc mondial de véhicules électriques a permis d'éviter la consommation de « 1,7 million de barils de pétrole par jour dans le monde en 2025 – contre 1,3 million de barils par jour en 2024 – un chiffre qui n’atteint pas encore les 20 millions de barils par jour de la demande totale de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, mais qui est presque aussi élevé que les 2,4 millions de barils par jour d’exportations iraniennes ».

Le déploiement rapide des véhicules électriques partout dans le monde ralentit ainsi déjà la croissance de la demande de pétrole, souligne le think tank « Sans cette vague d'électrification, la demande d'essence serait aujourd'hui nettement plus élevée, notamment dans les économies asiatiques à forte croissance où la demande de mobilité ne cesse de croître. »
Selon Ember, 39 pays affichent désormais une part de marché des véhicules électriques supérieure à 10 % (contre 4 en 2019), et cela ne concerne pas seulement des économies dites « avancées », comme en témoigne la dynamique au Vietnam (38 %) ou en Uruguay (27 %), deux pays qui dépassent la part de marché moyenne des véhicules électriques dans l'UE en 2025 (26 %). Pour rappel, la Chine a franchi la barre des 50 % de part de marché des véhicules électriques pour la première fois en 2025, alors qu'elle se limite à 10 % aux États-Unis.
Compte tenu de ce développement, « avec un baril de pétrole à 80 dollars, la Chine économise à elle seule plus de 28 milliards de dollars par an en importations de pétrole évitées grâce à son parc actuel de véhicules électriques ; l'Europe, environ 8 milliards de dollars par an ».
« Deux temporalités »
Sans surprise, le contexte de forte hausse et de volatilité des cours du pétrole est censé rendre « les véhicules électriques plus attractifs pour les consommateurs, car ils offrent une protection contre ces fluctuations », souligne George Husni, Head of Business Development Europe du cabinet LCP Delta.
Mais il faut bien distinguer « deux temporalités », souligne Clément Molizon, délégué général de l'Avere-France (association nationale pour le développement de la mobilité électrique) : la réaction à court terme face à la forte hausse des prix des carburants et les mesures de plus long terme à mettre en œuvre.
En ce qui concerne la réaction « à chaud », certains appels politiques à baisser la fiscalité sur les prix des carburants casseraient le signal prix actuel qui reflète de fait la dépendance actuelle aux énergies fossiles. Et la nécessité de réduire cette dernière, en particulier dans le secteur des transports. À cet égard, le recul des ambitions au niveau européen à l'horizon 2035 constitue un mauvais signal.
Baisser la TVA sur l’énergie à 5,5% représenterait un manque à gagner pour l’Etat de 17 milliards d’euros
Avec ça , nous pourrions plutôt :
- Financer à 50% un million et demi de véhicules électriques neufs chaque année,
- Faire la même chose avec plus de 2 millions de PàC— Nicolas Goldberg (@GoldbergNic) March 8, 2026
Du côté des concessionnaires automobiles, l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur l'intérêt pour les modèles électriques a globalement été très sensible lors des « journées portes ouvertes » de printemps le week-end dernier : « Le premier levier des ventes de voitures électriques, c'est le prix à la pompe », souligne notamment un porte-parole de Stellantis (Peugeot, Citroën, Opel, Fiat...), évoquant auprès de l'AFP une hausse de 45 % des commandes de voitures électriques par rapport aux JPO de janvier et de 65 % par rapport aux JPO de mars 2025.
Un plan d'électrification des usages très attendu
Parmi les signaux encourageants figure la préparation du plan d'électrification des usages en France, une première réunion du groupe de travail Transports ayant eu lieu le 4 mars dernier. Le « passage sémantique de décarbonation à électrification » est d'ailleurs souligné par Clément Molizon : il symbolise la volonté de concilier de nombreux enjeux, de décarbonation toujours (avec un mix électrique à plus de 95 % bas carbone) mais aussi de réindustrialisation, de justice sociale ou encore de souveraineté énergétique comme le rappelle la crise actuelle.
L'Avere-France a déjà rappelé, lors de la réunion inaugurale, de nombreuses mesures, notamment pour le développement des véhicules électriques légers : stabilité des aides à l'acquisition, traitement spécifique du marché de l'occasion en intégrant les véhicules au dispositif de levier social ou en réintroduisant la prime à la conversion pour ce marché, actions dédiées à la recharge en copropriété ou en itinérance, etc. La guerre au Moyen-Orient souligne à nouveau, s'il était encore besoin, l'importance de ce plan d'électrification dont la présentation est désormais attendue mi-avril.
Quant aux perturbations éventuelles du conflit sur l'industrie des véhicules électriques, elles ne sont pas mises en évidence à l'heure actuelle : « À ce stade, nous ne prévoyons pas d’impact spécifique sur la chaîne d’approvisionnement des VE par rapport au reste du secteur automobile », indique Gerge Husni
23 % de véhicules électrifiés en 2025
En 2025, près de 23 % des nouvelles voitures immatriculées en France étaient électrifiées (100 % électriques dites « BEV » ou hybrides rechargeables dites « PHEV »), rappelle le cabinet LCP Delta dans un état des lieux présenté la semaine dernière. Cela place la France légèrement en dessous de la moyenne des pays européens, loin des marchés les plus avancés comme les pays nordiques (part de marché de 97 % en Norvège, avec quasiment exclusivement des BEV), mais devant les pays « retardataires » en matière d'électromobilité (seulement 13 % en Italie).
Si la France ne figure pas dans les pays en tête, Clément Molizon souligne « de belles parts de marché, d'autant plus que les immatriculations avaient reculé en 2024 ». Fin 2025, la part de marché des voitures électrifiées est d'ailleurs montée à 31 %, souligne-t-il. Et pour la première fois, les immatriculations de véhicules électriques et hybrides rechargeables ont dépassé celles des modèles essence au mois de septembre 2025.

Selon LCP Delta, la maturité des différents pays en matière d'électromobilité varie notamment selon les pays en fonction des politiques de soutien, des différences de fiscalité, des prix de l'électricité ou encore du niveau de déploiement des infrastructures de recharge. Sur ce dernier point, LCP Delta note que la grande majorité des bornes de recharge actuelles sont installées dans des maisons individuelles (le nombre de bornes indiqué ci-après dans le graphe de LCP Delta n'inclut pas les prises renforcées). À mesure que le marché se démocratise, un des enjeux sera de toucher des particuliers qui n'ont pas la possibilité de recharger leur véhicule à leur domicile(1). Là encore, le plan d'électrification des usages sera scruté de près.

LCP Delta estime que le nombre de véhicules électriques en circulation en France, qui avoisine actuellement les 2,5 millions de voitures, pourrait augmenter à 6 millions à l'horizon 2030 et 11,9 millions en 2035.



