
Source: BW Group.
Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de l'UE proviennent de plus en plus des États-Unis D'ici 2028, les États membres pourraient dépendre à 80 % de leur fournisseur américain, selon les dernières données de l'IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) présentées ce 13 mai.
« Le GNL est devenu le talon d'Achille »
En 2026, les deux tiers des importations de GNL de l'UE pourraient provenir des États-Unis, selon les dernières prévisions de l'IEEFA. Entre 2021 et 2025, les importations européennes de GNL américain ont triplé (+ 59 % en 2025), alors que l'UE s'efforçait de réduire sa dépendance au gaz russe. Quitte à se créer une nouvelle dépendance, soulignent de nombreux observateurs.
« Le passage du gazoduc au GNL en Europe était censé garantir la sécurité d'approvisionnement et diversifier les sources d'énergie. Or, les perturbations causées par la guerre au Moyen-Orient et une dépendance excessive au GNL américain démontrent que le plan européen a échoué sur les deux plans », estime ainsi Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste à l'IEEFA.
Entre 2022 et 2025, l'UE a dépensé 281 milliards d'euros pour ses importations de GNL, dont 131,5 milliards d'euros pour celles en provenance des États-Unis. En prenant en compte l'ensemble des importations gazières (gaz liquéfié transporté par des navires méthaniers ou gaz acheminé par gazoduc), les États-Unis devraient devenir en 2026 le premier fournisseur de gaz de l'UE, dépassant la Norvège.
« Le GNL est devenu le talon d'Achille de la stratégie européenne de sécurité énergétique, exposant le continent à des prix du gaz élevés et à de nouvelles formes de rupture d'approvisionnement », selon Ana Maria Jaller-Makarewicz.
Un record d'importation de GNL russe
Malgré ces alertes d'une dépendance accrue au GNL américain, les pays européens continuent de construire des terminaux méthaniers qui risquent d'être sous-utilisés dans le futur (le taux d'utilisation moyen des terminaux installés était de 51% en 2025), souligne l'IEEFA. En effet, la consommation gazière de l'Europe devrait baisser encore cette année et pourrait au total chuter de 14 % d'ici à 2030 (par rapport à 2025), voire de 23 % sur la même période en ce qui concerne le GNL, selon l'institut.
In fine, la capacité d'importation de GNL de l'UE pourrait, en 2030, être « trois fois plus importante que sa demande » réelle de gaz naturel liquéfié, avertit l'IEEFA.
Autre alerte et non des moindres de l'IEEFA : derrière les États-Unis, le second fournisseur européen de GNL n'est autre que la Russie. Alors même que l'UE souhaite se détourner du gaz russe, les importations européennes de GNL russe - arrivant via les terminaux en France, en Belgique et en Espagne - ont atteint un niveau record au cours du 1er trimestre 2026 : elles ont coûté 6,7 milliards d'euros aux États membres au cours des trois premiers mois de l'année (5,9 milliards d'euros ont par ailleurs été dépensés par l'UE pour importer du gaz russe via gazoduc).
En définitive, « la crise énergétique de 2026 montre que tant que les pays européens choisiront de dépendre du gaz, ils devront accepter les risques géopolitiques qui en découlent », constate Jaller-Makarewicz.



