Dans le Golfe, la marine marchande ronge son frein

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Un porte-conteneur a été touché mercredi par deux missiles pendant qu'il tentait de traverser le détroit d'Ormuz, à la sortie du Golfe, artère stratégique du commerce pétrolier mondial, où de nombreux navires sont immobilisés en raison de la guerre au Moyen-Orient.

Dès le jour de la première frappe américaine sur l'Iran, des navires iraniens utilisant des radios VHF -le moyen de communication le plus largement utilisé par tous les marins du monde- "avaient clairement dit qu'ils ne nous laisseraient pas passer" le détroit, a déclaré mercredi à l'AFP un capitaine de la marine marchande qui requiert l'anonymat.

Puis mardi, le général iranien Ebrahim Jabbari a promis de "brûler tout navire" cherchant à franchir le détroit.

Menace apparemment mise à exécution mercredi, même si l'origine des projectiles qui ont atteint le porte-conteneurs Safeen Prestige pendant sa tentative de traverser le détroit, était "inconnue", a précisé l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO.

La marine omanaise a porté secours au large de ses côtes aux 24 membres d'équipage du navire de 175 mètres, selon l'agence de presse officielle omanaise.

Les Gardiens de la Révolution, force chargée des opérations extérieures iraniennes, ont alors revendiqué le contrôle "total" de ce passage stratégique par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfiés mondiaux.

"Cela cristallise les positions" dans le Golfe, a jugé le capitaine joint par l'AFP, qui participe à des opérations de coordination avec les capitaines des navires immobilisés.

Au nord-ouest du détroit, les porte-conteneurs bloqués "sont revenus à des espaces jugés plus sécurisés, ils ont coupé leurs transpondeurs, et sont beaucoup moins identifiables" explique-t-il.

"Il n'y a pas de blocage ni de barrière physique du détroit" précise cette source, "mais si on force le passage, il peut y avoir des conséquences". "Il faut attendre que la situation évolue pour pouvoir bouger" dit-il.

De son côté, Donald Trump avait déclaré mardi que la marine américaine pourrait escorter des pétroliers "si nécessaire" à travers le détroit d'Ormuz.

Le même jour, le président français Emmanuel Macron avait dit chercher à bâtir une coalition afin de réunir des moyens, "y compris militaires", dans le but de sécuriser les "voies maritimes essentielles à l'économie mondiale".

"Contrairement aux autres types de navires, dont les mouvements ont largement cessé, certains pétroliers traversent encore le détroit d'est en ouest", pour aller se ravitailler en pétrole, "pour partie avec leur transpondeur éteint" a précisé Matt Wright, analyste chez Kpler.

Selon cette société d'analyse, le trafic de pétroliers traversant le détroit d'Ormuz a chuté de 90% en une semaine.

D'une manière générale, les équipages des navires immobilisés subissent un brouillage de leur GPS, avec du "jamming" des ondes qui détériore les positions sur les écrans ou du "spoofing" qui les décale légèrement sur la carte maritime.

"Les équipages en sont réduits à ne plus utiliser les outils électroniques et à retourner aux outils du XXe siècle, comme le radar" dit le capitaine interrogé par l'AFP. Selon lui, même si le détroit se libérait, il faudrait "du temps pour libérer la zone".

Devant cette paralysie, les grands armateurs mondiaux ont stoppé mercredi leurs navires à destination du Golfe et déroutent leurs cargaisons.

L'italo-suisse MSC, premier armateur mondial a ainsi indiqué que "toutes les cargaisons actuellement en route seront déroutées vers le prochain port sûr pour déchargement" et "mises à disposition des clients pour une livraison et un enlèvement locaux".

Le danois Maersk, numéro deux mondial, a aussi suspendu "jusqu'à nouvel ordre" la très grande majorité de ses réservations vers et depuis le Golfe en raison de la guerre.

CMA CGM, le troisième mondial, a fait de même en annonçant la suspension de toutes les réservations pour les ports de Bahrein, Koweit, Qatar, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite et Irak, ainsi que l'allemand Hapag Lloyd.

Le chinois Cosco a aussi suspendu ses services à destination et en provenance des pays du Golfe, dont les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Arabie Saoudite, l'Irak et le Koweit.

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