EDF : les syndicats repartent à l'assaut du projet Hercule

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Terrasser Hercule : c'est l'ambition des syndicats d'EDF, qui repartent mardi au combat avec une quatrième journée de mobilisation en deux mois contre le très contesté projet de scission de l'électricien, perçu comme un "démantèlement" du géant de l'énergie.

Un mois sans action n'a pas entamé le front commun de l'interfédérale CGT, CFE-CGC, CFDT, FO. Ils espèrent ainsi réitérer le succès des trois premiers appels, qui avaient fortement mobilisé : 31,56% de grévistes sur l'ensemble des salariés du groupe le 26 novembre, 32,4% le 10 décembre et 28,61% le 17. Ce sera également une bonne répétition générale avant la journée du 26, où le secteur de l'énergie dans son ensemble est appelé à faire grève, comme ce fut le cas en novembre et décembre.

Mardi dernier, les patrons des confédérations CFDT, CGT, FO et CFE-CGC ont pris la plume pour presser le président Emmanuel Macron "d'entendre et de mesurer cette très forte mobilisation sociale en renonçant au projet Hercule", qualifié de "désintégration" de l'énergéticien. Si la mobilisation s'est intensifiée ces derniers mois, cela fait un an et demi, depuis juin 2019 et sa présentation par le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy, que les syndicats affichent leur franche opposition.

Un "démantèlement", dénoncent-ils au sujet de ce projet qui pourrait se traduire par une scission de l'électricien en trois entités: une entreprise publique (EDF bleu) pour les centrales nucléaires, une autre (EDF vert) cotée en Bourse pour la distribution d'électricité et les énergies renouvelables, et une troisième (EDF azur) qui coifferait les barrages hydroélectriques.

"Mener une action de service public en ayant 35% de capitaux privés, je ne crois pas que ce soit possible", estime Sébastien Menesplier, secrétaire fédéral de la CGT Mines Energies, au sujet d'EDF vert. "L'énergie, c'est un bien commun, un bien de première nécessité. Ca nécessite de la sortir de la concurrence", ajoute-t-il, se disant "inquiet des conséquences que ça aura sur les factures des usagers".

« EDF va dans le mur »

Pas de quoi infléchir, cependant, la position du gouvernement, qui avait commandé ce projet à Jean-Bernard Lévy. "Aujourd'hui, EDF va dans le mur si nous ne sommes pas capables de lui donner les moyens d'investir", a déclaré Bruno Le Maire mardi lors de ses vœux à la presse. "Ma responsabilité de ministre de l'Économie et des Finances, c'est de donner à EDF (...) les moyens de se développer et de rester l'une des plus grandes entreprises énergéticiennes de la planète. C'est ça, l'objectif", a-t-il insisté, démentant toute volonté de "démantèlement".

Mais le projet, qui devait initialement être présenté fin 2019, a pris du retard car il est conditionné à l'avancée de discussions entre la France et Bruxelles, notamment sur le nucléaire. "Nous n'y sommes pas encore", a reconnu Bruno Le Maire, qui s'est engagé à rendre compte aux organisations syndicales de la situation "dès lors que nous aurons une vision plus claire de la position définitive de la Commission européenne".

Pour l'heure, les représentants du personnel se sentent exclus des discussions. "Tout se fait dans la plus grande opacité, c'est dramatique", regrettait en décembre Sébastien Michel, secrétaire fédéral de la FNME-CFDT. Pour le gouvernement, le temps presse car cette éventuelle réforme devrait passer par une loi cette année. Les syndicats craignent aujourd'hui le recours à des ordonnances.

En cas de débat parlementaire, les fédérations syndicales ont préparé le terrain ces derniers mois en envoyant de nombreux courriers aux élus locaux. Des débats ont eu lieu à la demande des groupes communistes à l'Assemblée et au Sénat et, vendredi, l'interfédérale avait rendez-vous en visioconférence, à l'initiative de l'élu PCF Sébastien Jumel, avec des députés des principaux groupes d'opposition.

Les Français seront-ils amenés à s'exprimer directement ? La cheffe des députés PS, Valérie Rabault, a annoncé son intention de déposer une proposition de référendum d'initiative partagée (RIP) contre le projet Hercule. Qui, pour voir le jour, devra surmonter autant d'obstacles que le demi-dieu auquel il doit son nom.

Commentaires

Régis de Nimes

Celui qui fut déporté à Buchenwald,, ouvrier puis ministre de la production industrielle en 1945, le père de la nationalisation du gaz, de l'électricité et du statut du personnel des industries électriques et gazières, s'il savait...

Zamur

Peut être une autre proposition de référendum d'initiative partagée (RIP): Pour ou contre l'existence de la cgt.

Christian Méda…

Et moi je vais déposer un projet de RIP "pour le projet Hercule" qui me semble une très bonne chose, même si il arrive tard.
Quant à le retarder encore plus, je n'en attendais pas moins de la part des protégés du secteur électricité.

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