Electricité: quand les alternatifs ne sont plus une alternative

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Des fournisseurs d'électricité qui se retirent du marché, Iberdrola qui invite des clients à aller voir ailleurs... Que se passe-t-il en France avec les fournisseurs alternatifs, incapables de faire face à la flambée des prix du courant? Et quel(s) choix pour les consommateurs?

Une concurrence particulière

Le marché de l'électricité a été ouvert à la concurrence en 2007 pour les particuliers, une ouverture entamée dès 1999 pour les entreprises très consommatrices d'énergie.

TotalEnergies, Engie, Eni... sont ainsi entrés sur le marché, proposant des offres à des prix fixés librement, bien que souvent indexés au tarif réglementé d'EDF.

A fin mars 2022, 12,1 millions de sites résidentiels (soit 35,8% du total) avaient quitté le tarif réglementé d'EDF pour passer aux offres de marché. Et à la fin de l'an dernier, la France comptait une cinquantaine de fournisseurs alternatifs à l'opérateur historique, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE).

Nombre de fournisseurs ne produisant pas eux-mêmes le courant nécessaire, un mécanisme (l'"Arenh") a été instauré leur permettant d'acheter un volume d'électricité nucléaire bon marché à EDF -- qui avec son parc bénéficiait d'un avantage compétitif. Et pour le reste ils s'approvisionnent sur les marchés de gros.

Comme par exemple Iberdrola, groupe espagnol qui ne produit pas d'électricité en France -- même si ce sera le cas bientôt puisqu'il construit un parc éolien au large de Saint-Brieuc.

Le choc de la flambée des prix

Le système fonctionnait plus ou moins jusqu'à ce que les prix sur les marchés de gros explosent, nourris par le rebond post-Covid et les cours du gaz.

Fin 2021, Hydroption, qui comptait parmi ses clients la Ville de Paris, est placé en liquidation judiciaire, du jamais vu. Oui Energy, Bulb ou Leclerc Energies se retirent du marché, CDiscount Energie n'accepte plus de nouveaux clients, et selon la nouvelle présidente de la CRE Emmanuelle Wargon interrogée sur RMC, "Ohm Energie est en train de lâcher".

Quant à Iberdrola, il conseille désormais à ses 2% de clients en fin de contrat (soit 10.000 particuliers) de chercher un autre opérateur, assurant ne pouvoir empêcher une flambée du tarif.

Après cette annonce, Mme Wargon a rencontré mardi la direction, au nom de "la protection des consommateurs", notamment pour s'assurer que l'entreprise ne profite pas indûment de son accès au nucléaire bon marché.

Jeudi, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a prévu un "point de situation sur la fourniture d'électricité", avec les énergéticiens et fédérations professionnelles.

"L'essentiel est que le consommateur ait bien conscience de la nature de son contrat, ce sur quoi il est indexé", souligne Gwenaëlle Le Jeune, juriste à l'UFC-Que choisir. "Et qu'il surveille sa correspondance et ses mails, qui peuvent annoncer des modifications".

Retour chez EDF ?

Désormais, les clients en souffrance sont invités à se tourner vers le comparateur d'offres mis en place sur internet par le Médiateur de l'énergie.

EDF a aussi obligation de reprendre les clients qui souhaiteraient revenir à son tarif réglementé (TRV, fixé une fois par an par la CRE et approuvé par le gouvernement).

Le groupe national profite d'ailleurs de cette flambée. Alors que le gouvernement a décidé de limiter la hausse du TRV de l'électricité à 4% pour 2022, la hausse des prix ralentit depuis fin 2021 la percée des offres à tarifs libres.

Au premier trimestre 2022, celles-ci n'ont gagné "que" 163.000 clients, soit -137% par rapport à 3e trimestre 2021, selon le dernier bilan de la CRE. Et nombre de particuliers font le choix de rester chez EDF (idem pour le gaz, en faveur d'Engie).

L'association de consommateurs CLCV a de son côté recommandé "de rester ou revenir au TRV, qui démontre sa relative stabilité et sa fiabilité contractuelle".

Mais demain?

Bruno Le Maire l'a assuré: la limitation du TRV en 2022 ne donnera lieu à "aucun rattrapage sur les factures d'électricité" en 2023. Elisabeth Borne a évoqué pour la suite des aides ciblées pour les plus modestes.

Des experts ne croient en tout cas pas qu'un "bouclier tarifaire" de même ampleur soit tenable: le plafond de l'Arenh a déjà été relevé, les taxes réduites, note Nicolas Goldberg, de Colombus Consulting, qui n'exclut pas "une hausse de 12% du TRV en février".

"Pendant trois à quatre ans, cela va être compliqué car l'approvisionnement électrique est en tension", note-t-il, entre renouvelables en retard, production nucléaire en difficulté, hydraulique "au taquet", et "déficit d'investissement dans l'appareil productif".

Le système actuel a selon lui "voulu mixer trop d'objectifs": concurrence et régulation, coûts de production et prix de marché... L'analyste plaide pour une refonte qui donne aux acteurs une visibilité sur le long terme.

cho/mla/eb

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