- Connaissance des Énergies avec AFP
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Voitures et camions électriques, interdiction des chaudières à gaz dans le neuf... Le gouvernement a dévoilé vendredi de premières mesures de son plan d'électrification pour soulager particuliers et entreprises.
Pourquoi accélerer l'électrification?
La guerre dans le Golfe a mis en lumière la vulnérabilité de la France aux importations d'hydrocarbures dont les prix se sont envolés après la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20% du commerce mondial de pétrole et de gaz.
L'électrification des usages, c'est-à-dire la bascule vers l'électricité de secteurs consommateurs d'énergies fossiles comme le bâtiment, les transports ou l'industrie, permettrait de réduire cette dépendance en profitant de la production abondante d'électricité décarbonée grâce au nucléaire et aux renouvelables produits en France.
Objectif: passer de 60% d'énergies fossiles dans la consommation totale française aujourd'hui à 40% d'ici 2030 et 29% en 2035.
Alors que la France accuse un retard dans son électrification, le Premier ministre veut doubler le soutien à cette transition d'ici 2030, qui passera de 5,5 milliards d'euros à 10 milliards par an.
Le gouvernement devra aussi s'appuyer sur d'autres leviers de financement: réduction des dépenses énergétiques, y compris de l'Etat, réorientation des aides publiques existantes et recours à la contribution des entreprises via le mécanisme des certificats d'économies d'énergie (CEE).
Ce dispositif de financement privé de la transition énergétique et des économies d'énergie repose sur les contributions versées par les fournisseurs comme TotalEnergies, Engie, les vendeurs de carburants... au nom du principe du "pollueur-payeur". Mais il est en partie répercuté sur les consommateurs, à la pompe, et sur leurs factures.
Sortir le gaz des logements
Dès la fin de cette année, il ne sera plus possible d'installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu veut faire du "chauffage électrique la norme" dans les logements, secteur qui représente "une part essentielle de notre dépendance" du fait des chauffages au gaz et au pétrole.
Dans le parc social, il fixe comme objectif que "deux millions de logements sociaux sortiront du gaz d'ici à 2050", alors que 55% de ces logements étaient chauffés avec ce combustible fossile en 2023.
"L'électrification sera spécifiquement accélérée" dans le logement social et "toutes les aides publiques pour les particuliers accompagneront l'installation de pompes à chaleur", a indiqué le Premier ministre.
"Ces pompes à chaleur permettent de diminuer par deux le coût du chauffage" et "sont fabriquées en France", a-t-il défendu, proposant "l'équivalent d'un 'leasing'".
Concrètement, l'augmentation des aides pourrait aller jusqu'à 2.000 euros pour garantir l'amortissement en trois ans de la pompe à chaleur, pour un coût estimé à 200 millions d'euros supplémentaires à horizon 2030", a précisé Maud Brégeon, ministre déléguée à l'Energie au Parisien vendredi soir.
Selon l'Insee, en 2022, 36% des résidences principales étaient chauffés à l'électricité, 35% au gaz, et 8,5% au fioul.
Plus de voitures et de camions électriques
Après le succès d'une offre à l'automne de 50.000 véhicules électriques à loyer modéré pour les plus modestes (leasing social), "au moins 50.000 véhicules supplémentaires" vont être proposés en juin pour les "gros rouleurs" touchés par la hausse des prix à la pompe, notamment les aides à domicile, infirmiers et aide-soignants.
Les ménages "qui touchent jusqu'à environ 2 000 euros net par mois pourront en bénéficier. Cela permettra d'avoir accès à un véhicule électrique, à partir de 100 euros par mois", a précisé Maud Brégeon. Pour les gros rouleurs l'aide à l'achat ira "jusqu'à 9.500 euros".
La précédente campagne avait été entièrement financée par les CEE.
Selon le gouvernement, rouler 100 km en véhicule électrique coûte en moyenne entre 2 et 3 euros, contre 11 euros en moyenne avec du diesel, carburant le plus consommé en France.
Pour les entreprises et plus particulièrement les PME, le gouvernement prévoit des aides pour les véhicules utilitaires et les poids lourds "jusqu'à 100.000 euros par véhicule".
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