- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les voitures se succèdent sans arrêt à la pompe mais sans faire la queue. Dans une station service du grand Strasbourg, l'affluence grandit depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, mais sans ruée dans l'immédiat.
"Avec la situation politique, il y a du monde depuis lundi", observe, entre deux clients, Linda Appagni, caissière dans une station service TotalEnergies à Schiltigheim, une commune au nord de Strasbourg. "Je dirais au moins 50% de plus que d'habitude".
À l'extérieur, les automobilistes se servent de manière ininterrompue aux six pompes de la station, mais en ce début d'après-midi, l'activité reste fluide et les clients n'ont pas à faire la queue.
"Il y a un peu plus de monde chaque jour", remarque Mme Appagni, qui travaille ici depuis deux ans. "D'habitude, les gens se servent pour 10 à 15 euros, maintenant les montants sont plus importants", ajoute la caissière de 29 ans. "On a tout le temps des clients, c'est une bonne affaire pour nous".
Philippe Burtin, 50 ans, vient de faire le plein de sa petite Opel blanche, pour 1,909 euro le litre.
"La dernière fois, c'était aux alentours de 1,70 euro. Ça a déjà pris 20 centimes en quatre/cinq jours", observe-t-il, expliquant avoir profité d'un moment un peu plus calme pour faire le plein. "Hier soir, les gens faisaient la queue", témoigne-t-il.
- "Pas vraiment peur" -
Depuis samedi, l'offensive israélo-américaine sur l'Iran s'est traduite par la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de la production mondiale de pétrole. En conséquence, les cours du baril de référence ont subi une forte augmentation, cotant 82,62 dollars jeudi matin à Paris, contre 72,48 le 27 février, à la veille de la guerre.
"On n'a pas vraiment peur de la pénurie, il y a quand même du gazole", se rassure M. Burtin. "Mais j'ai vu des gens qui se précipitent, qui remplissent des bidons. C'est eux qui nous font peur", ajoute ce chauffeur de taxi de 50 ans. Avec de tels comportements, "c'est possible qu'il n'y en ait plus".
"Les hausses sont répercutées mais pas les baisses", râle Jonathan Bernard, cadre logistique de 53 ans, en refermant son réservoir. "L'État y trouve son compte et les pétroliers aussi. On nous prend pour des jambons."
Dans le centre de Strasbourg, l'affluence est moins flagrante à la station Eni, où le gazole est plus cher, à 1,9999 euro. "Il y a un peu plus de monde, témoigne à la caisse un employé prénommé Joris. "Peut-être 20% de clients en plus environ".
"Rien à voir" selon lui avec le blocage des raffineries et des dépôts de carburant de l'automne 2022, lorsque d'interminables files de voitures s'allongeaient devant les stations d'essence.
Le ministère de l'Économie a réfuté jeudi que l'État soit le "grand gagnant" de la hausse du prix des carburants, comme l'a affirmé le patron du distributeur Coopérative U. Le ministère a reçu dans la journée les distributeurs de carburant pour "s'assurer" qu'ils ne pratiqueront pas de hausses exagérées des prix.
"Il n'y a aucun risque d'approvisionnement à court terme en France ni sur le gaz, ni sur l'essence", avait déclaré mardi le ministre Roland Lescure. "Donc ne créons pas un problème qui n'existe pas. On n'a aucune raison de se ruer aujourd'hui dans les stations-service".
