Éolien en France : des mesures pour soutenir « un développement maîtrisé et responsable »

  • AFP
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Comment favoriser le déploiement de l'éolien en France, à la peine par rapport aux objectifs énergétiques et climatiques du pays ? Gouvernement et filière ont proposé mardi des mesures pour rassurer territoires et riverains, sur fond de campagne de dénigrement entre "désinformation et préoccupations sincères".

"Les énergies renouvelables, dont l'éolien, sont vitales pour garantir la sécurité énergétique de la France et lutter contre le dérèglement climatique. Mais mon devoir est de trouver les moyens d'un développement maîtrisé et responsable", a dit lors d'une conférence de presse la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili.

Etat et industriels, qui expliquent vouloir "dépassionner le débat", veulent renforcer encore la "co-construction des projets": consultation préalable obligatoire du maire, soutien à l'essor de parcs citoyens, création de "comités régionaux de l'énergie" co-présidés par l'Etat et la région pour fixer des objectifs locaux...

Les préfets, chargés de cartographier les zones propices, devraient remettre d'ici novembre leurs travaux, qui seront publics. Un "médiateur de l'éolien" sera installé au ministère pour travailler sur les projets "potentiellement problématiques".

Loin du rythme de croisière

Contre les nuisances, il y aura un "bridage sonore en cas de dépassement des seuils autorisés", avec "contrôles systématiques du bruit" à partir du 1er janvier.

Contre l'impact lumineux, l'orientation des lumières vers le ciel sera généralisée à compter de fin 2021. A partir de mi-2022, les signaux seront, comme en Allemagne ou aux Etats-Unis, allumés uniquement lors du passage d'avions, le temps que parcs et aéronefs s'équipent de transpondeurs leur permettant de communiquer.

La filière financera, sur ses ventes d'électricité, un "fonds de sauvegarde du patrimoine naturel et culturel" des territoires, doté de 30 à 40 millions d'euros par an.

La France a accru en 2020 ses capacités de production éoliennes de 8%, avec 1,3 gigawatt (GW) et 477 éoliennes supplémentaires, portant la totalité du parc à 18 GW, selon un bilan de France énergie éolienne (FEE) publié mardi. L'éolien a assuré 7,9% de la production électrique nationale (6,3% en 2019), 3e source derrière le nucléaire (environ 70%) et l'hydroélectricité.

Mais cette croissance "marque le pas", note le secteur, loin du "rythme de croisière" espéré de 2 GW additionnels par an. En cause, pointe-t-il, les retards des procédures d'autorisations, qu'il s'agisse de recours quasi systématiques ou de blocages administratifs.

La programmation de l'énergie de la France vise entre 33,2 et 34,7 GW d'éolien terrestre en 2028. La France compte faire passer à cette date la part de l'éolien dans la production électrique à 20%, l'éolien en mer représentant un quart de cet objectif.

Le premier parc offshore, celui de Saint-Nazaire, devrait être mis en service en 2022, après 10 ans de retard. "En France, les 2/3 de la consommation finale d'énergie reposent encore sur le pétrole et le gaz", a rappelé Mme Pompili mardi: pour décarboner, il faudra électrifier les usages (transports, chauffage...) et donc "augmenter dès maintenant notre production d'électricité renouvelable".

Relevant, à l'occasion du bilan de FEE, la "virulence du débat" en cours sur l'éolien, entre "désinformation" et "préoccupations sincères de riverains", elle s'en est pris aux "contre-vérités" circulant sur cette énergie, qu'elles concernent ses matériaux (recyclables à 90%, a-t-elle pointé) ou son intermittence (maîtrisable).

Elle a aussi souligné que le nucléaire ne pourrait seul, quelles que soient les décisions prises à son sujet, répondre au boom de la demande électrique attendu sur ces 10-15 ans. "Opposer renouvelables et nucléaire n'a aucun sens: pour les décennies qui viennent nous aurons besoin de toutes les sources de production d'électricité décarbonée et donc à la fois de nucléaire et de toutes les énergies renouvelables," a-t-elle dit.

Alors que la campagne présidentielle s'élance, les acteurs de la filière ont mis en avant leurs propositions, jugées "responsables", et appelé à un débat "rationnel". "Nous devons réintroduire de la cohérence, de la vérité et des faits pour éviter que l'immobilisme nostalgique paralyse notre transition énergétique", a dit le président de FEE, Nicolas Wolff, rappelant aussi le vivier d'emplois de l'éolien: plus de 22.600 emplois directs, "six nouveaux par jour" en 2020.

Commentaires

Denis Margot

Madame Pompili deviendrait-elle pro-nucléaire ?

Larderet

J’ai plutôt l’impression que ces nouvelles mesures, si tant est qu’elles soient vraiment nouvelles, préparées en dehors de tout conflit d’intérêt avec ou par les deux organismes indépendants FEE et SEN, visent à renforcer le passage en force des projets éoliens.

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