Électricité : vers un déploiement à grande échelle de la géothermie en Europe ?

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Centrale géothermique de Hellisheiði

La centrale géothermique de Hellisheiði, située au sud-ouest de l'Islande, fournit de l'électricité et de la chaleur pour le réseau de chauffage urbain de la capitale Reykjavík. (©Photo/Orkuveitan)

La production d'électricité provenant de la géothermie pourrait fortement augmenter en Europe compte tenu des progrès réalisés dans le domaine du forage et de l'ingénierie des réservoirs, souligne le think-tank Ember dans une analyse publiée début février.

Moins de 0,5 % de l'électricité dans le monde

La production d'électricité grâce à la géothermie, qui nécessite de tirer parti d'une forte chaleur dans le sous-sol, a « longtemps été considérée comme viable uniquement dans les régions volcaniques, comme l'Islande ou l'Indonésie », rappelle Ember. Elle reste de fait « une source marginale de production d'électricité » dans le monde (99 TWh, soit moins de 0,5 % du mix électrique en 2024).

Grâce aux progrès technologiques, le déploiement de la géothermie haute température pourrait toutefois s'accélérer rapidement selon Ember : « d'ici 2030, près de 1,5 GW de nouvelles capacités devraient être mises en service chaque année dans le monde, soit trois fois plus qu'en 2024 ». In fine, la géothermie pourrait, selon le think tank, couvrir « jusqu'à 15 % de la croissance de la demande d'électricité d'ici 2050 ».

Consulter l'analyse d'Ember Hot stuff: geothermal energy in Europe (février 2026)

Un potentiel de production de plus de 300 TWh par an dans l'UE

En 2024, l'Europe comptait 147 centrales géothermiques en service. Celles-ci, d'une capacité cumulée de près de 3,5 GW (environ un cinquième des capacités géothermiques mondiales), ont produit seulement près de 20 TWh cette année-là. Selon Ember, « environ 43 GW de capacités géothermiques améliorées pourraient être développés dans l'UE à un coût inférieur à 100 €/MWh, comparable à celui de l'électricité produite à partir du charbon et du gaz ».

Le think tank souligne un potentiel particulier en Hongrie (28 GW de capacités potentielles déployables), et dans une moindre mesure en Pologne, en Allemagne et en France (4 GW dans chaque pays).

In fine, la géothermie pourrait, sous réserve de déployer ces nouvelles capacités, produire de l'ordre de 301,3 TWh d'électricité dans l'UE chaque année, soit l'équivalent de 42% de l'ensemble de la production électrique des États membres provenant du charbon et du gaz en 2025.

Une source de flexibilité pour le système électrique

La géothermie profonde présente en outre l'intérêt d'être faiblement émettrice de CO2 et d'être pilotable, offrant une source de flexibilité au système électrique, rappelle Ember. 

Les réservoirs géothermiques pourraient « absorber indirectement le surplus d'électricité éolienne ou solaire, principalement par une augmentation du pompage et de l'injection [...] en modulant les débits d'injection et de production, les opérateurs peuvent charger le réservoir et le décharger ultérieurement afin d'accroître la production lors des périodes de forte demande ». Selon Ember, « des simulations montrent que la chaleur peut être stockée pendant plusieurs jours avec des rendements comparables à ceux des batteries lithium-ion ».

L'exploitation géothermique peut enfin « générer de la valeur ajoutée au-delà de la simple production d'électricité », en étant notamment couplée à l'extraction de lithium (les concentrations de lithium dans les saumures géothermiques atteignent généralement des niveaux commercialement viables grâce aux nouvelles techniques d'extraction directe du lithium, indique le think tank).

Quid de l'acceptabilité et de la sismicité ?

« La géologie varie d'un endroit à l'autre, et le développement responsable de la géothermie implique de comprendre où et comment elle fonctionne le mieux. Les projets de géothermie profonde se situent à la croisée de l'ingénierie et des conditions géologiques locales. Dans certains cas, cela peut engendrer une sismicité induite, un aspect reconnu et bien étudié de cette technologie », note Tatiana Mindekova, autrice du rapport pour Ember. Fin 2020, différents projets de géothermie développés dans l'agglomération strasbourgeoise ont été suspendus et la centrale de Vendenheim a été définitivement arrêtée suite à un séisme de magnitude 3,5.

« L'important est que ce risque ne soit ni ignoré ni incontrôlé. L'activité sismique est évaluée en amont grâce à des levés détaillés et des forages exploratoires, et les projets sont menés dans un cadre réglementaire strict, avec une surveillance continue. Si l'activité dépasse les seuils définis, les opérations peuvent être ajustées, suspendues ou repensées », précise Tatiana Mindekova. Pour elle, il ne s'agit ainsi « pas d'une faiblesse de la technologie, mais de la preuve que les mesures de précaution et de surveillance fonctionnent comme prévu ».

« Comme pour les parcs éoliens, l'extension du réseau électrique ou d'autres infrastructures majeures, l'acceptation du public peut influencer les délais. Cependant, la tendance générale en Europe suggère une poursuite de l'apprentissage, un perfectionnement de la réglementation et un développement responsable, plutôt qu'un obstacle structurel au déploiement de l'électricité géothermique ». Malgré des « différences locales, les perspectives à long terme pour l'électricité géothermique en Europe restent positives », conclut Tatiana Mindekova.