- Connaissance des Énergies avec AFP
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Le dénouement d'un feuilleton, avec un milliardaire au casting: l'Etat a finalement autorisé EDF à laisser le contrôle de sa filiale Exaion à un acteur américain, Mara, après avoir imposé la présence dans l'équation d'un investisseur français, l'entrepreneur Xavier Niel.
L'Etat, actionnaire à 100% d'EDF, a "subordonné son autorisation" de la cession d'Exaion, spécialisée dans le calcul de haute performance, au respect par Mara, acteur américain du minage de cryptomonnaies, de "conditions juridiquement contraignantes", a indiqué Bercy dans un communiqué vendredi.
"L'État a refusé une cession exclusive pour imposer un partenariat équilibré", a commenté le ministre de l'Economie Roland Lescure.
"Nous confirmons l'attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique", a-t-il ajouté.
Les conditions prévoient également "la suppression de la clause de non-concurrence" entre Mara et EDF, initialement demandée par l'acquéreur. Ce qui permet à EDF de bénéficier d'"une pleine autonomie stratégique" pour ses développements futurs dans le numérique, estime le ministère. Le groupe restera actionnaire et client d'Exaion.
Inconnue du grand public, la société de 70 ingénieurs, hébergée par EDF Pulse Ventures, filiale d'investissement du géant nucléaire dédiée aux startups, est spécialisée dans le calcul haute performance, le "cloud" souverain et l'intelligence artificielle.
Le projet de cession par EDF de 64% de sa filiale Exaion à Mara pour 168 millions d'euros, officialisé en août, avait soulevé des critiques dans le monde politique sur fond de craintes pour la souveraineté technologique de la France que constituerait la perte d'une "pépite".
Il a également suscité un certain émoi dans le milieu des cryptomonnaies français, convaincu que Mara voulait faire en France du minage de bitcoins, très énergivore, avec l'électricité d'EDF, décrypte une source proche des négociations.
"Allons-nous brader les pépites tech souveraines qui grandissent en France?", avait notamment apostrophé sur le réseau X l'ancien ministre de l'Economie, Antoine Armand.
Mais Bercy estime que l'intervention de l'Etat, rendue possible par le contrôle des investissements étrangers en France (IEF), "transforme le projet de cession initiale en un véritable partenariat compatible avec la souveraineté technologique nationale".
L'Etat a notamment imposé au vendeur EDF de "réexaminer l'offre pour y intégrer un acteur français".
Ainsi, l'accord prévoit l'entrée au capital dans Mara France du groupe NJJ, holding contrôlée par le milliardaire Xavier Niel.
- Liberté de vote -
"NJJ Capital ("NJJ") et Mara Inc ont noué un partenariat capitalistique au terme duquel NJJ prendra une participation minoritaire de 10% au capital de Mara France", indiquent NJJ, Mara et EDF dans leur communiqué.
Un montage qui permet ainsi à la société de Xavier Niel de rentrer dans la gouvernance d'Exaion.
"Ensemble, les intérêts français représentent désormais près de la moitié du capital d'Exaion", précise le gouvernement.
Le conseil d'administration d'Exaion "est désormais majoritairement nommé par des investisseurs français", un "rééquilibrage" qui "assure une majorité d'intérêts français avec 5 sièges sur 8", souligne Bercy.
Dans le détail, ce conseil d'administration comptera "trois représentants désignés par Mara Inc, trois représentants désignés par EDF Pulse Ventures, un représentant désigné par NJJ et le directeur général et co-fondateur d'Exaion", selon le communiqué d'EDF, Mara et Exaion.
"Xavier Niel ainsi que Fred Thiel, PDG de Mara, siégeront au sein du conseil d'administration d'Exaion", précisent les 3 sociétés.
Selon une source proche du dossier, l'accord prévoit que Mara disposera au total de 4 représentants, mais en s'engageant pour un siège à laisser le droit à NJJ de désigner le membre de son choix, donc Xavier Niel.
Ce dernier, "même s'il est actionnaire de Mara France (...), aura une totale liberté de vote", conformément au pacte d'actionnaires conclu entre Mara France et NJJ, fait-on valoir chez Mara.
"L'objectif du partenariat entre Mara, EDF et NJJ est d'accélérer le déploiement d'Exaion, de renforcer ses capacités en matière de cloud sécurisé et de calcul haute performance, et de faire émerger depuis la France, avec Exaion, un acteur européen dans (...) les infrastructures numériques", ont déclaré les trois sociétés.
Mara, qui fait aujourd'hui l'essentiel de son activité dans le minage de bitcoins aux Etats-Unis et aux Émirats Arabes Unis, notamment, veut se positionner sur le marché porteur du calcul haute performance pour les besoins de l'intelligence artificielle générative et du cloud souverain privé pour les entreprises.
Dans cette perspective, Mara explique avoir choisi de se tourner vers l'Europe et la France en particulier, en raison de son électricité, stable, abondante et bas carbone, un atout pour ces activités qui requierent de gros volumes d'électricité sans interruption.
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