- Connaissance des Énergies avec AFP
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Le géant minier anglo-australien Rio Tinto est en négociations pour racheter son concurrent suisse Glencore et donner naissance au plus gros groupe du secteur, sur fond d'envolée des prix du cuivre. Voici les enjeux du projet, avant une date-butoir fixée ce jeudi.
Reprise de pourparlers
Glencore, basé en Suisse mais coté à Londres, est actif dans le cuivre, le nickel, le cobalt ou encore le charbon. C'est aussi un poids-lourd du négoce de matières premières. Rio Tinto, coté à Londres et Sydney, extrait minerai de fer, cuivre, aluminium ou encore lithium.
De précédentes discussions pour un rapprochement avaient échoué il y a un an en raison de divergences entre les deux géants.
La reprise de pourparlers a été rendue publique début janvier: un éventuel mariage se ferait via un rachat par Rio Tinto, qui a jusqu'au 5 février pour proposer une offre d'acquisition.
L'agence Bloomberg, citant des sources proches, rapporte que cette date-butoir sera probablement repoussée en raison d'âpres discussions sur les termes financiers.
Naissance d'un mastodonte
Un rapprochement Glencore/Rio Tinto, sous forme éventuelle d'une fusion entièrement en actions, ferait émerger une compagnie valorisée à 260 milliards de dollars.
Ce serait "un leader mondial du minerai de fer et des métaux de transition (cuivre, cobalt, lithium) (...) La diversité des actifs et synergies potentielles offrent une protection contre les fluctuations des prix", souligne Derren Nathan, analyste chez Hargreaves Lansdown.
Ce projet intervient sur fond de consolidation du secteur minier: en novembre, le géant australien BHP a renoncé à son projet de rachat du britannique Anglo American, qui aurait créé le numéro un du cuivre.
Mais Anglo American est, lui, en passe d'obtenir le feu vert de l'UE pour fusionner avec le canadien Teck Resources.
Espoir de synergies
Une fusion permettrait "peut-être une production à moindre coûts s'il y a des doublons", observe Bernard Dahdah, analyste chez Natixis.
Alors que l'extraction minière devient plus difficile (teneurs de minerai plus faibles, exploitation plus profonde), "les coûts sont de plus en plus élevés", affirme-t-il à l'AFP. Le délai moyen pour construire une mine est passé selon Natixis de 13 ans en 2005-2009 à 18 ans désormais.
Selon lui, "une entreprise géante serait peut-être mieux placée" face aux colossaux besoins d'investissement.
Et pour répondre à l'explosion de la demande de métaux, notamment du cuivre, dopée par la transition énergétique, l'industrie de défense et l'intelligence artificielle.
Cuivre dans le viseur
Alors que le cours du cuivre bat des records, Rio Tinto lorgne les riches ressources en métal rouge exploitées par Glencore.
"A l'heure où les sociétés minières s'efforcent d'accroître leur offre de cuivre, la position dominante de Rio Tinto dans le minerai de fer rend cette transition plus difficile", explique Alon Olsha, analyste chez Bloomberg Intelligence.
Certes, la production de cuivre de Rio Tinto a progressé de 5% au dernier trimestre grâce à l'expansion des opérations d'Oyu Tolgoi en Mongolie, mais il ne représente qu'un quart des bénéfices.
"Glencore apporterait des options à moyen et long terme", relève Alon Olsha.
Glencore a présenté en décembre des plans visant à quasi-doubler sa production de cuivre à 1,6 million de tonnes par an d'ici 2035 - avec le redémarrage de la mine d'Alumbrera en Argentine.
Charbon en question
Alors que Rio Tinto ou Anglo American se désengagent du charbon, Glencore défend âprement sa décision de conserver ses mines pour des raisons de trésorerie, encourant les critiques d'ONG environnementales et d'investisseurs.
Cela pourrait être un point de discorde.
"La manière dont les activités de Glencore dans le charbon et le négoce s'intègrent au modèle économique de Rio Tinto et à sa volonté d'améliorer ses performances en développement durable demeure une question essentielle", insiste Derren Nathan.
Selon le cabinet CreditSights, un scénario probable est que Rio acquière Glencore "dans son intégralité", avant de céder ultérieurement la branche charbonnière.
"Clivage culturel"?
"Rio Tinto est considéré comme une entreprise conservatrice et axée sur la stabilité. Glencore est connu pour son approche agressive, sa volonté constante de repousser les limites" notamment dans ses batailles pour racheter des actifs, ajoute CreditSights.
"Ce clivage culturel pourrait poser des défis en matière d'intégration et de prise de décision".
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