Golf: le désengagement saoudien du LIV, un retour à la raison plutôt qu'un échec stratégique

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le retrait des milliards saoudiens du circuit dissident de golf LIV signe moins l'échec d'une stratégie dans le sport qu'un redéploiement des priorités du royaume vers des dépenses moins extravagantes, estiment des experts interrogés par l'AFP.

Le LIV, financé par l'or noir saoudien depuis son lancement en 2022 pour concurrencer le circuit historique américain PGA, avec à la clé des débauchages de stars comme Bryson DeChambeau et Jon Rahm, voit désormais son avenir compromis.

Pour autant, le retrait annoncé jeudi du PIF, le fonds public d'investissement saoudien qui pèse 900 milliards de dollars (765 mds d'euros), ne signifie pas une fuite de l'argent de Ryad hors du sport, même dans le contexte actuel très incertain de guerre au Moyen-Orient.

"L'Arabie saoudite ne se détourne pas du sport", juge Simon Chadwick, professeur de sport afro-eurasien à l'Emlyon Business School de Shanghai. "Elle évalue le travail accompli jusqu'à présent, ce qui a marché ou pas" mais "la trajectoire reste la même".

Le PIF a massivement investi dans le sport pour rehausser l'image du royaume, une stratégie de "blanchiment par le sport" ("sportwashing") dénoncée notamment par les défenseurs des droits humains.

Il y a plusieurs années de cela, la pétromonarchie, premier exportateur mondial de brut, a ainsi mobilisé sa richesse pour attirer des superstars du foot comme Cristiano Ronaldo, ou plus récemment pour décrocher l'organisation du Mondial-2034.

"Peut-être que les plans saoudiens étaient un peu trop grandioses au départ mais certains promoteurs - ou profiteurs - du sport mondial se sont frotté les mains", estime M. Chadwick.

Le LIV promettait de remodeler le golf avec des parcours de 54 trous, des départs simultanés (shotgun), de la musique dance et des stars sur les greens. Mais il n'a pas réussi à détrôner le PGA -des discussions en vue d'une fusion n'ont pas abouti- ni à décrocher un contrat de diffusion majeur et à séduire le public.

- Chèque en blanc -

Les investissements sportifs saoudiens se sont intensifiés dès après l'annonce de la création du LIV en octobre 2021.

Tandis que le Qatar voisin organisait la Coupe du monde 2022, le PIF a racheté le club anglais de football de Newcastle, le royaume a commencé à accueillir un Grand Prix de F1 et Ronaldo s'est engagé avec le club d'Al-Nassr au sein de la Saudi Pro League.

"Cette phase de visibilité avait pour but principal d'ancrer l'Arabie saoudite comme acteur mondial majeur", selon Amro Elserty, analyste des affaires sportives du Moyen-Orient basé en France.

Aujourd'hui, "ce qui a changé, ce n'est pas que cet objectif ait disparu mais que le montant des dépenses sur un seul projet a diminué". Avec comme conséquence des coupes budgétaires qui dépassent largement le cadre du LIV.

La Saudi Pro League, dont les efforts pour attirer les footballeurs en fin de carrière ont longtemps été comparés à un chèque en blanc, est moins dispendieuse. Le PIF a vendu le mois dernier une participation majoritaire dans Al-Hilal, où évolue le Ballon d'or français Karim Benzema.

Le fonds souverain "avait indiqué dès le départ que le soutien financier à la ligue saoudienne ne serait pas éternel", rappelle l'analyste égyptien du football Amir Abdelhalim.

Entre-temps, les WTA Finals, réunissant les huit meilleures joueuses de tennis du monde, tiendra sa troisième et dernière édition en Arabie saoudite en fin d'année. Et le Saudi Arabia Snooker Masters, l'un des événements les mieux dotés de la discipline, a été annulé le mois dernier, après deux éditions, alors que le contrat initial en prévoyait dix.

Le coup de frein sur les investissements dans le sport est à relier avec les coupes claires dans d'autres projets -les complexes touristiques, la ville futuriste de Neom...-, à mesure que l'Arabie saoudite revient sur ses initiatives les plus extravagantes.

Amro Elserty estime que quitter le LIV a un "impact sur la réputation... mais il est peu probable que ce soit perçu en interne comme un revers significatif. Dans la logique stratégique du PIF, il faut le comprendre comme une sortie contrôlée d'une phase expérimentale plutôt que comme un échec au sens classique du terme".

Pour Simon Chadwick, "ce sont les observateurs et les critiques qui ont transformé ce supposé désengagement sportif en mélodrame".

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