- Connaissance des Énergies avec AFP
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Avec un coût du gasoil représentant désormais "pratiquement 60%" de son budget en raison de l'envolée des prix du pétrole, le capitaine Vincent Scotto, depuis son chalutier au départ du port de Sète dans l'Hérault, dresse le constat d'une profession "au bout du rouleau".
Sur le pont depuis 2h30 du matin et sans arrêt jusqu'à 18h, les quatre pêcheurs et leur capitaine, à bord du "Jean-Louis Vincent", enchaînent les "cales", descentes puis remontées des filets, sous la pluie, sous le soleil, durant la nuit ou le jour, invariablement, et ce, cinq fois par semaine.
"Je perds 200-300 euros par semaine depuis le conflit" au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz, témoigne à bord Yohan Donadille, 46 ans, pêcheur sur les chalutiers depuis près de trente ans.
Rémunérés en fonction des ventes de poissons apportés à la criée, les pêcheurs se répartissent, en salaire, 45% des recettes, après que les coûts du gazole, de l'huile et de la glace aient été défalqués.
Cinquante-cinq pour cent sont destinés à l'armement notamment pour payer les frais du bateau, son crédit, le matériel de pêche et les réparations.
- 2.000 litres par sortie -
Le 21 avril dernier, Sébastien Lecornu annonçait que l'aide pour les pêcheurs passerait de 20 centimes d'euro à "entre 30 et 35 centimes d'euro par litre".
Le 7 mai, selon le dernier relevé de l'observatoire du carburant pêche Amarrée, le litre de gasoil pêche atteignait 1,08 euro contre 0,60 centimes en février, avant le déclenchement de la guerre.
En moyenne, un chalutier consomme 2.000 litres par sortie en mer, variant selon la vitesse du bateau et la météo.
Le 21 avril dernier, Sébastien Lecornu annonçait que l'aide pour les pêcheurs passerait de 20 centimes d'euro à "entre 30 et 35 centimes d'euro par litre".
"Aujourd'hui, être obligé d'aller quémander à l'État ou à la Commission européenne pour pouvoir s'en sortir, ce n'est pas la solution. Mais, temporairement, on n'a pas d'autre choix", affirme Vincent Scotto.
Il rappelle que la hausse du gazole affecte fortement aussi le prix des filets de pêche, fabriqués à base de polypropylène, un produit issu du pétrole. "Une augmentation de 25% est encore attendue", déplore-t-il.
Le soleil inonde le pont du bateau. Chacun à son poste, les quatre pêcheurs relèvent hors de l'eau les épaisses chaînes pour remonter les filets. Chinchards, calamars, baudroies, congres, raies, poulpes, rougets y frétillent.
A un rythme soutenu, les pêcheurs trient les poissons, les lavent, les glacent, puis les rangent dans la cale du chalutier en attendant l'arrivée, en fin de journée, à la criée. Là-bas, chaque espèce sera vendue aux enchères, en fonction des cours du marché et de la rareté du produit, "à l'envers".
- "On n'intéresse plus personne" -
"Aujourd'hui, le nerf de la guerre, ce n'est pas pêcher plus, explique Vincent Scotto, c'est mieux vendre le produit de la pêche. Pêcher plus, ce n'est pas gagner plus d'argent". Car, démontre-t-il, "plus un produit est présent sur le marché, plus son prix dégringole. Ce dont nous avons besoin, c'est une pêche mieux valorisée localement".
Face à la hausse du gazole, Vincent Scotto, également président de l'organisation de producteurs SaThoAn qui représente plus d'une centaine de navires de pêche depuis l'Espagne jusqu'à la frontière italienne et la Corse, prône "la décarbonation des bateaux": "Toute la pêche de France et de Méditerranée est prête à arrêter ce système de surconsommation de gazole. Il faut électrifier les bateaux, seule porte de sortie pour pérenniser enfin une flotte. Mais, nous avons besoin d'aides".
A Sète, les chalutiers ne sont plus que onze à sortir en mer, contre une trentaine il y a encore dix ans, une cinquantaine il y a vingt ans.
"La pêche se meurt, lâche-t-il, amer. On est au bord du précipice, au bout du rouleau. Une réglementation qui se durcit, des frais qui nous plombent, un ras-le-bol général, des départs en retraite avec des enfants qui ne veulent pas reprendre, on n'intéresse plus personne, si ce n'est la Commission européenne pour nous mettre des barrières et nous empêcher de vivre notre métier".