Une frappe de drone qui a visé l’alimentation électrique

Le 17 mai, une attaque de drone a endommagé une installation électrique liée à la centrale de Barakah, a indiqué le directeur général de l’AIEA à Abou Dhabi après une visite du site. Selon Rafael Grossi, la frappe aurait pu conduire à une perte de l’alimentation externe et provoquer l’arrêt automatique d’un réacteur nucléaire, un scénario qualifié d’« extrêmement grave ».

« Cela signifie que les personnes à l'origine de cette attaque savaient exactement ce qu'elles faisaient. C'est extrêmement grave ». Les Émirats arabes unis attribuent cette opération à des milices irakiennes pro-iraniennes. Selon l’AIEA, les mesures radiologiques sont restées normales et aucun blessé n’a été signalé, l’incident ayant déclenché un incendie sur un équipement électrogène situé en périphérie interne du site.

Assistance de l’AIEA et inquiétudes régionales

Rafael Grossi a précisé avoir convoqué une session spéciale du Conseil des gouverneurs et a indiqué que l’AIEA fournissait une assistance technique aux autorités d’Abou Dhabi. Le chef de l’Agence a également rapporté « de sérieuses inquiétudes » exprimées par plusieurs pays de la région à l’issue de déplacements au Koweït et au Qatar, avant une étape annoncée en Arabie saoudite.

L’incident s’inscrit dans une séquence d’attaques de drones et de missiles iraniens liée à la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l’Iran. Depuis le début du conflit, les Émirats affirment avoir été visés par plus de 2 800 missiles et drones, concentrant l’essentiel des représailles iraniennes parmi les monarchies du Golfe.

Enjeux de sûreté et caractéristiques des centrales concernées

Construite par un consortium sud-coréen mené par Kepco, la centrale de Barakah est entrée en service en 2020 et couvre jusqu’à 25 % de la demande d’électricité des Émirats arabes unis. Le site comprend quatre réacteurs APR‑1400 totalisant près de 5,6 GW de capacité, le quatrième ayant débuté l’exploitation commerciale en septembre 2024, selon les données de référence du secteur.

Le « pire scénario » redouté par l’AIEA serait l’atteinte directe d’un îlot nucléaire à Barakah ou à la centrale de Bouchehr en Iran, avec un risque de dispersion de substances radioactives. Bouchehr‑1 est un réacteur VVER‑1000 d’environ 1 000 MW, en service depuis 2011 sous garanties de l’AIEA.

Perte d’alimentation externe, protections et marges de sûreté

Les normes de conception de l’AIEA exigent que les centrales disposent d’alimentations électriques de secours capables de prendre le relais en cas de perte du réseau, afin d’assurer le refroidissement et les fonctions de sûreté essentielles. Ces exigences, détaillées dans la norme SSR‑2/1 révisée, encadrent la capacité, la disponibilité et la durée d’autonomie des sources de secours.

Dans le cas de Barakah, le directeur général a souligné que l’attaque a visé une fonction électrique non nucléaire mais critique pour l’exploitation, rappelant que l’indisponibilité de l’alimentation externe peut conduire à un arrêt réacteur. L’AIEA indique que les conditions radiologiques sont restées normales à la suite de l’événement du 17 mai.