Le secrétaire américain à l'Energie presse l'AIE de « laisser tomber » le climat

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le secrétaire américain à l'Énergie Chris Wright a exhorté mercredi à Paris l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à abandonner ses travaux sur le changement climatique pour mieux se concentrer sur sa mission originelle de sécurité énergétique.

Un grand contributeur de l'Agence

Depuis le retour de Donald Trump, l'AIE, agence de l'OCDE basée à Paris, s'est retrouvée dans le collimateur de la nouvelle administration américaine, notoirement climato-sceptique et pro-énergies fossiles.

L'an dernier, le ministre a menacé de retirer les États-Unis de l'AIE - fondée en 1974 pour coordonner les réponses aux problèmes d'approvisionnement en or noir après le choc pétrolier de 1973 - à moins qu'elle ne se réforme.

Premier producteur mondial d'or noir, les États-Unis représentent un gros contributeur de l'institution pilotée par ses 33 membres fondateurs. L'AIE a été créée "pour se concentrer sur la sécurité énergétique", a insisté M. Wright au siège de l'OCDE, à Paris, lors d'une réunion ministérielle de l'AIE.

"Cette mission est plus que cruciale et je suis ici pour implorer tous les membres (de l'AIE) de maintenir le cap de l'AIE sur cette mission absolument déterminante", a déclaré l'ancien magnat de la fracturation hydraulique.

« Nous sommes une organisation non politique »

M. Wright réitérait ses critiques vis-à-vis du tournant opéré ces dernières années par l'Agence à travers ses scénarios et ses rapports décrivant un déclin des énergies fossiles et un essor massif des énergies renouvelables.

L'un d'eux traçant le chemin à parcourir pour atteindre la neutralité carbone en 2050, condition pour freiner le changement climatique, avait hérissé le secteur des hydrocarbures.

Le ministre a aussi indiqué qu'il voulait obtenir le soutien de "toutes les nations de cette noble organisation pour travailler avec nous, pour pousser l'AIE à laisser tomber le climat. Ça, c'est de la politique".

Plus tôt, le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, a insisté sur le fait que son agence était une organisation axée "sur les données". "Nous sommes une organisation non politique", a-t-il ajouté.

« Une sorte de culte du climat »

L'AIE publie des rapports mensuels sur le marché du pétrole, des perspectives énergétiques mondiales annuelles, et des analyses thématiques, sur les énergies éoliennes et solaires, entre autres. Le ministre a d'ailleurs loué M. Birol pour avoir réintroduit, dans les perspectives annuelles de novembre dernier, un scénario examinant la croissance de la demande de pétrole et de gaz - supprimé en 2020.

Dans un entretien accordé mardi à l'AFP, il a déclaré que l'AIE avait fait des "premiers pas" mais qu'elle avait encore "un long chemin à parcourir". Mais le responsable américain a maintenu ses critiques, déclarant aux journalistes mercredi: "L'AIE a été infectée par une sorte de culte du climat".

Le président Donald Trump, qui a qualifié le réchauffement climatique d'arnaque, a retiré les États-Unis du traité climatique fondamental de l'ONU et, la semaine dernière, a démantelé la base juridique des règles climatiques américaines.

Son ministre a aussi profité de son séjour à Paris pour contester le consensus sur la science du climat. "Cette croyance selon laquelle le changement climatique est urgent, qu'il cause aujourd'hui des dégâts catastrophiques et que nous devons tout laisser tomber pour nous concentrer exclusivement là-dessus: je peux vous dire que rien, absolument rien dans les données climatiques ne corrobore cela", a-t-il déclaré.

« L'ère de l'électricité est irrésistible »

L'observatoire climatique de l'UE Copernicus affirme que les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées à l'échelle mondiale, sous l'effet de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement de la planète.

Les experts avertissent que la hausse des températures mondiales entraîne des étés plus chauds, des inondations plus fréquentes, des tempêtes plus violentes et des incendies de forêt et des sécheresses de plus en plus dévastateurs.

Signe que toutes les nations ne partagent pas l'avis de M. Wright, le secrétaire britannique à l'Énergie, Ed Miliband, a annoncé que le Royaume-Uni verserait 12 millions de livres supplémentaires (16 millions de dollars) au Programme pour les transitions vers une énergie propre de l'AIE. "L'ère de l'électricité est irrésistible", a déclaré M. Miliband. Pour de nombreux pays, "l'énergie propre est le moyen le plus sûr et le plus abordable de répondre, sur le long terme, à cette demande croissante" d'énergie.

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