- Connaissance des Énergies avec AFP
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Le Venezuela a approuvé jeudi, sous la pression des Etats-Unis, une réforme de sa loi sur les hydrocarbures qui doit ouvrir le secteur au privé et réduire les impôts, permettant la signature de contrats plus avantageux pour les entreprises.
Adoptée par l'Assemblée nationale, cette réforme, qui va ouvrir la porte à l'investissement étranger, survient moins d'un mois après la spectaculaire intervention militaire américaine qui a conduit à la capture du président Nicolas Maduro, le 3 janvier.
"Aujourd'hui est un jour historique pour notre République, pour notre peuple, pour l'industrie pétrolière vénézuélienne", a lancé le président de l'Assemblée, Jorge Rodriguez, frère de Delcy Rodriguez, la présidente par intérim qui a succédé à M. Maduro.
"L'objectif principal de cette loi est que nous cessions de dire que nous avons les réserves les plus importantes (du monde) pour commencer à dire que nous comptons parmi les principaux producteurs de pétrole de toute cette planète", a-t-il ajouté.
La réforme bouleverse complètement le modèle pétrolier hérité de feu le président Hugo Chavez (1999-2013), d'inspiration socialiste.
Donald Trump, qui ne cache pas son intérêt pour les réserves vénézuéliennes, a affirmé qu'il allait contrôler le secteur, qualifiant Mme Rodriguez de "formidable". Celle-ci a donné au président américain de nombreux gages de bonne volonté et de coopération.
L'exploitation pétrolière était jusqu'ici l'apanage de l'Etat ou d'entreprises mixtes dans lesquelles l'Etat détenait la majorité. La réforme de la loi par le gouvernement de M. Chavez en 2006 a limité l'activité des acteurs privés, imposant une participation majoritaire du public dans toutes les entreprises, fixant des impôts élevés.
La nouvelle version de la loi autorise la signature de contrats permettant aux entreprises privées d'exploiter, de distribuer et de commercialiser la production sans participation de l'Etat. Elle doit aussi dynamiser l'exploration qui était jusqu'à maintenant réservée à ce dernier.
- Flexibilité-
Les différents impôts vont être remplacés par une contribution unique maximale de 15% ainsi que des redevances maximales (royalties) de 30% des revenus bruts.
L'idée est d'avoir de la flexibilité: l'exécutif déterminera les taux d'imposition selon l'état d'avancement, la rentabilité et la taille des investissements de chaque projet.
L'Etat peut ainsi par exemple baisser les impôts si un projet n'est pas aussi rentable que prévu ou a pris du retard, puis les augmenter quand celui-ci fonctionne bien.
Jadis baptisé "Venezuela saoudite" du temps où il était un acteur important du marché mondial, le pays produit selon les autorités quelque 1,2 million de barils par jour (bj).
Des années de mauvaise gestion et de corruption ont fait passer la production d'un pic de plus de 3 millions de barils par jour au début des années 2000 à un plus bas historique de 350.000 barils par jour en 2020.
Le pétrole du Venezuela fait par ailleurs toujours l'objet d'un embargo, imposé par Washington en 2019, lors du premier mandat de Donald Trump. Les sanctions pourraient être rapidement levées pour permettre aux compagnies privées, notamment américaines, d'investir, selon des analystes.
La clé réside désormais dans les contrats: "Comment ils sont signés, qui décide du taux, pour combien de temps, tout se jouera désormais au niveau du contrat", explique à l'AFP l'expert pétrolier Francisco Monaldi.
La nouvelle loi va permettre des "contrats de service ou de production partagée. Cela démantèle totalement le modèle pétrolier d'Hugo Chavez", ajoute l'analyste, tout en avertissant que les conditions opérationnelles restent liées au bon vouloir de l'Etat.
- "Sans débat" -
Pour Rafael Ramirez, exilé en Italie et ex-ministre du pétrole de Chavez, accusé de corruption au sein de la compagnie nationale géante Petroleos de Venezuela (PDVSA), la nouvelle loi constitue un "énorme recul" pour le pays sud-américain, qui a nationalisé son industrie en 1976, sous la présidence du social-démocrate Carlos Andres Perez.
La réforme de la loi "se fait malheureusement sans débat, de manière accélérée", a-t-il regretté sur son compte X.
Pendant le débat à l'Assemblée, le pouvoir avait organisé une manifestation de travailleurs du secteur dans Caracas.
"Nous continuerons à travailler, c'est pour cela que nous lutterons. Cette réforme des hydrocarbures nous aide à améliorer (nos conditions de vie), nous, le moteur de la production de pétrole du Venezuela", a dit à l'AFP Karina del Carmen Rodriguez, une employée 53 ans.
Les salaires mensuels ne sont que de quelques dizaines de centimes de dollar, l'Etat versant ensuite des primes d'un peu plus de 100 dollars américains.
La réforme suscite de l'espoir chez de nombreux travailleurs, qui espèrent que les investissements étrangers vont revitaliser le secteur et conduire à une augmentation de leurs revenus.
Les analystes s'attendent à ce que le flux de devises généré par le secteur pétrolier permette de mettre un coup d'arrêt à la spirale inflationniste.