Les carburants non fossiles marquent le pas, alertent les compagnies aériennes

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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La production de carburants d'aviation d'origine non fossile marque le pas et met en péril la décarbonation du secteur aérien, se sont alarmées mardi les compagnies aériennes, en faisant peser la responsabilité sur les autorités et les énergéticiens.

0,8% du carburant d'aviation sera du SAF en 2026

Émettant aujourd'hui 2,5 à 3% du CO2 mondial, le secteur aérien ne doit plus contribuer en 2050 au réchauffement climatique, ont décidé en 2022 les 193 États de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), une agence de l'ONU.

Pour ce faire, l'Association internationale du transport aérien (Iata) compte à 65% sur les carburants d'aviation renouvelables (SAF, leur sigle en anglais), des produits issus de la biomasse ou d'huiles usagées et qui sont encore rares et bien plus chers que le kérosène issu du pétrole.

"En 2025, la production de SAF devrait atteindre 1,9 million de tonnes", quasiment le double du million de tonnes de l'année précédente, a annoncé mardi l'Iata lors d'une conférence de presse à son siège de Genève (Suisse). "Toutefois, en 2026, la croissance de la production devrait ralentir pour atteindre 2,4 millions de tonnes".

Il s'agira encore d'une goutte d'eau dans un océan de kérosène issu du pétrole brut, selon l'Iata: 0,8% du carburant d'aviation sera du SAF l'année prochaine, contre 0,6% cette année.

« Jusqu'à cinq fois plus cher que le kérosène »

Or, l'Union européenne, notamment, a fixé des mandats d'incorporation graduels de SAF dans le kérosène, actuellement à 2% et censés passer à 6% en 2030, des réglementations que le directeur général de l'Iata, Willie Walsh a qualifiées mardi de "mal conçues" car ayant eu pour effet, selon lui, de faire grimper les prix sans stimuler la production.

Les énergéticiens "ont tellement gonflé leurs marges que les compagnies aériennes paient (le SAF) jusqu'à cinq fois plus cher que le kérosène et deux fois le prix du marché" des carburants non fossiles, a dénoncé l'Iata.

Si la production n'augmente pas, "de nombreuses compagnies aériennes vont réexaminer leurs objectifs" d'incorporation de SAF, a prévenu l'organisation. "Ces engagements ont été pris de bonne foi mais il n'est tout simplement pas possible de les tenir", selon M. Walsh.

L'Iata a aussi mis en garde contre l'entrée en vigueur de futurs mandats d'incorporation de SAF élaboré à partir d'hydrogène "vert" et de CO2. Ce SAF est actuellement 12 fois plus cher que le kérosène d'origine fossile. "Sans de solides incitations à produire (par opposition aux mandats), la production sera insuffisante", a assuré l'Iata.

Commentaires

thomas_M
Il ne sera probablement plus soutenable de prendre l'avion comme on prend un taxi. Pour se donner une trajectoire raisonnable, pas d'autre choix que d'activer tous les leviers possibles dont celui de la sobriété avec moins d'avions, moins de vol..
Rochain Serge
Vous n'empécherez malheureusement jamais qui que ce soit de prendre l'avion et on continuera à ensemenser le ciel avec du CO2
Vincent
"Les énergéticiens "ont tellement gonflé leurs marges que les compagnies aériennes paient (le SAF) jusqu'à cinq fois plus cher que le kérosène et deux fois le prix du marché" des carburants non fossiles, a dénoncé l'Iata." L'offre est inférieure à la demande, ce qui augmente le prix des SAF. ça devrait permettre à d'autres acteurs de se mettre sur le filon. De manière générale, l'augmentation du prix des billets est inévitable : les carburants durables seront et resteront beaucoup plus chers que les carburants fossiles, à moins de changer les lois de la thermodynamique. Par ailleurs, étant donné que les solutions de décarbonation ne pourront pas être mises à l'échelle d'ici 2050, augmenter le prix des billets permet une limitation de l'augmentation de trafic, ce qui est donc une mesure efficace pour limiter l'impact du secteur d'ici là. Enfin, multiplier par 2 le prix du carburants, c'est augmenter de 30% le prix d'un billet. Aujourd'hui, on arrive à remplir les TGV malgré des prix 3 à 4 fois plus chers que l'avion sur des trajets identiques, car il y a de la demande pour du transport décarboné. Donc l'aviation ne devrait pas s'inquiéter, elle arrivera sans problème à remplir ses avions avec des vols décarbonés, même si les prix associés sont 2 fois plus élevés que les vols fossiles.

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