Les énergies renouvelables, parade indispensable à la dépendance aux hydrocarbures

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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La guerre au Moyen-Orient rappelle l'urgence de réduire la dépendance de l'économie mondiale aux énergies fossiles, particulièrement des pays asiatiques, au profit des renouvelables, à même de protéger la souveraineté et la compétitivité des États, estiment des experts.

Une « seule solution réaliste pour sortir de ce cercle vicieux »

"Le pétrole est le talon d'Achille de l'économie mondiale", constate Daan Walter, directeur du groupe de réflexion consacré à l'énergie Ember.

"La fragilité de l'approvisionnement mondial en combustibles fossiles souligne pourquoi le développement des énergies renouvelables et de l'électrification est essentiel pour une sécurité énergétique durable", poursuit-il dans une étude avec Sam Butler-Sloss et Dave Jones, deux chercheurs du think-tank.

"Ce que nous observons [dans le détroit d'Ormuz n'est pas un événement exceptionnel et isolé", complète Richard Smith, conseiller chez E3G, spécialisé dans les questions liées au changement climatique. "C'est un aspect inhérent et inévitable du système pétrolier et gazier mondial". "Les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique sont la seule solution réaliste pour sortir de ce cercle vicieux", ajoute-t-il.

Baisse constante du coût des renouvelables

C'est par Ormuz que transite 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial. Aujourd'hui, trois quarts de la population mondiale vit dans des pays dépendants aux fossiles, rappelle Ember. L'Italie et l'Allemagne importent deux tiers de leur énergie, le Japon et la Corée du Sud, 80%.

Pour atténuer les effets de la crise, plusieurs pays en Asie et en Europe se sont tournés vers le charbon pour produire une partie de leur électricité. Or les renouvelables, couplés à des batteries de stockage, leur permettraient d'assurer une électricité abondante, compétitive et souveraine.

Développer le nucléaire est aussi une solution pour les pays qui en sont dotés, mais son déploiement n'est pas envisageable à court terme pour ceux qui n'en ont pas. "La solution la plus durable (...) consiste à réduire l'exposition à la volatilité des marchés mondiaux en déployant rapidement les énergies renouvelables", assurent Sam Reynolds et Ramnath N. Iyer, de l'Institute for Energy Economic and Financial Analysis (IEEFA).

Pour eux, la vulnérabilité des hydrocarbures aux fluctuations des marchés est "une épée de Damoclès" sur la stabilité économique des États.

Trois leviers permettent de réduire cette dépendance : le solaire et l'éolien pour la production d'électricité, les véhicules électriques pour le transport routier et les pompes à chaleur pour remplacer le chauffage au gaz ou au fioul. D'autant que, contrairement aux hydrocarbures, le coût des renouvelables "a constamment diminué" depuis vingt ans, selon l'IEEFA.

Nouvelle dépendance au GNL américain

Si ces moyens étaient déployés à grande échelle, les pays importateurs "pourraient réduire leur facture d'environ 70 %", assure Ember. L'Asie, qui dépend à 80 % des hydrocarbures provenant du détroit d'Ormuz, est en première ligne. Elle serait affectée "de manière disproportionnée" par une perturbation prolongée de son approvisionnement énergétique, selon Ember.

D'autant qu'en plus de la hausse des prix, la dépréciation des monnaies locales alourdit encore le poids de ces importations sur leurs finances publiques, souligne l'IEEFA. "Dépendre du gaz apparaît donc comme une proposition perdante : une insécurité énergétique accrue à un coût plus élevé", tranche-t-il.

L'Europe, qui a subi de plein fouet la crise énergétique de 2022, est moins exposée ; elle a diversifié ses approvisionnements en gaz et accru ses capacités renouvelables. Selon Zero Carbon Analytics (ZCA), l'éolien et le solaire ont représenté près d'un tiers de l'électricité de l'UE en 2025, contre 19,1% en 2021.

Sans cela, elle aurait dépensé 58 milliards d'euros supplémentaires en importations de charbon et de gaz pour produire de l'électricité, écrivent Nick Hedley, Bridget Woodman et Amy Kong, du ZCA. Mais face à cette deuxième crise énergétique en quatre ans, il faut que les États "redoublent d'efforts".

D'autant qu'Europe et Asie pourraient se disputer une offre mondiale de GNL réduite, ce qui entraînerait une hausse des prix. En 2022, l'Europe a accru ses importations de GNL pour remplacer le gaz russe, avec effet direct sur le Bangladesh, le Pakistan et l'Inde, qui ont vu leurs importations chuter. "Ils n'ont pas réduit leurs achats par choix, mais parce qu'ils ont été surpassés dans les enchères", souligne Ember.

Reste que, fait remarquer Ana Maria Jaller-Makarewicz de l'IEEFA, "ces progrès masquent une nouvelle vulnérabilité pour l'UE : en encourageant les importations de GNL américain, elle a créé une nouvelle dépendance géopolitique potentiellement très risquée."

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