- Connaissance des Énergies avec AFP
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La Libye a annoncé mercredi l'attribution de blocs pétroliers à des compagnies étrangères comme Chevron ou BP, pour la première fois depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, dans un pays toujours divisé et instable.
Ce "premier appel d'offres international depuis 17 ans" reflète "le retour de la confiance dans l'un des secteurs les plus importants du pays après une longue période d'arrêt et de défis", a affirmé Masoud Suleiman, patron de la compagnie publique libyenne NOC.
Cependant, seules cinq concessions --à explorer et exploiter en partenariat avec la NOC-- ont été octroyées, sur les 20 proposées initialement (dont une majorité de blocs off-shore) et certains blocs sont restés sans candidat.
Ce résultat est "décevant" pour la NOC, "d'autant que des dizaines d'entreprises (plus de 37, NDLR)" s'étaient montrées intéressées dans une première phase, a analysé pour l'AFP Hamish Kinnear, expert du cabinet d'intelligence économique Verisk Maplecroft.
"Il est probable que l'incertitude persistante" quant à la situation politique "et l'insécurité autour des blocs proposés aient contribué à cette réponse mitigée", a-t-il ajouté.
La Libye est en proie à l'instabilité depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: l'un basé à l'ouest, reconnu par l'ONU et dirigé par Abdelhamid Dbeibah et un gouvernement parallèle à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar.
Pour Geoff Porter du cabinet américain Narco, la "faible participation" des compagnies étrangères "montre qu'elles continuent de se méfier" notamment "de la fiabilité des institutions libyennes".
Parmi les compagnies retenues, figure le groupe américain Chevron qui fait son retour dans le pays pour un gisement dans le bassin de Syrte (est), zone sous contrôle du clan Haftar. Le français TotalEnergies était également en lice pour ce bloc.
Le montant des investissements en jeu n'a pas été précisé.
Trois concessions ont été octroyées à autant de consortiums: l'un regroupant l'espagnol Repsol et le britannique BP (ex British Petroleum), un autre l'italien Eni et le groupe Qatar Energy et un troisième associant Repsol au turc Turkish Petroleum et au hongrois MOL. La cinquième concession est allée au groupe nigérian Aiteo.
- "Tractations bilatérales" -
"Ce n'est pas un grand succès", confirme à l'AFP Jalel Harchaoui, expert de la Libye.
Certains grands groupes étrangers mènent des "tractations bilatérales" avec les autorités et cela a possiblement "court-circuité" l'appel d'offres de la NOC, selon lui.
Fin janvier, Tripoli a ainsi signé un accord sur 25 ans avec TotalEnergies et l'américain ConocoPhillips qui prévoient d'investir plus de 20 milliards de dollars dans des champs pétroliers et gaziers afin d'y augmenter la production.
"La faible participation" pose la question de savoir "si le format de l'appel d'offres est vraiment la meilleure option pour obtenir les meilleurs blocs et les meilleures conditions", a ajouté à l'AFP l'expert Geoff Porter.
Concernant les 15 concessions non attribuées, M. Suleiman a annoncé la création d'un comité technique pour négocier avec de potentiels candidats et "améliorer les clauses" des partenariats.
La Libye abrite les plus importantes réserves d'Afrique (48,4 milliards de barils). Elle est revenue à son maximum de production depuis 2011 avec 1,5 million de barils par jour et "vise une production à moyen terme de deux millions", a déclaré M. Suleiman à l'AFP.
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