Méthane: comment TotalEnergies traque le gaz à effet de serre fantôme

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Capteurs, drones et caméras pour voir l'invisible: à l'aide de leurs outils de haute technologie, les équipes du géant pétrogazier TotalEnergies traquent les émissions de méthane, gaz à effet de serre accélérateur du réchauffement climatique encore largement sous-estimé par l'industrie des hydrocarbures.

"On a mis des yeux sur quelque chose qu'on ne voyait pas", explique Anthony Credoz, responsable du centre de surveillance des émissions de méthane de TotalEnergies, où l'on observe sur écran géant l'activité méthane des 15 pays dans lesquels le groupe exploite champs et plateformes.

Du Danemark au Brésil, en passant par l'Irak, les données sont ensuite analysées dans ce "Methane tracking center", opérationnel depuis janvier à Pau, dans le sud-ouest de la France.

En cas de détection importante, une notification est transmise au site concerné afin d'engager des mesures correctives, le plus souvent des réparations.

Le méthane, au coeur d'une réunion internationale à Paris lundi, est la molécule du gaz naturel émise naturellement des zones humides, mais aussi d'activités humaines: élevage, décharges et exploitation pétrogazière.

Doté d'un pouvoir de réchauffement 80 fois supérieur à celui du CO2 sur 20 ans, il est le 2e contributeur au réchauffement climatique.

Mais sa durée de vie étant plus courte, le réduire offre des bénéfices climatiques rapides

Dans l'industrie pétrogazière, il s'échappe lors de fuites sur des vannes ou des gazoducs, ou lors d'opérations de dégazage ou de torchage inefficace (combustion incomplète du gaz). Invisible et inodore, il est difficile à repérer.

"Si on ne cherche pas, on ne le trouve pas, donc la première étape, c'est de le détecter avec des moyens de surveillance ", résume un haut responsable du groupe en charge des gaz à effet de serre.

Cela passe par les satellites. S'y ajoutent drones, capteurs et caméras infrarouge, qui d'abord ont été testés en conditions réelles sur le site d'essais dédié de TotalEnergies, Tadi, unique en Europe, qui partage un protocole de tests commun avec une plateforme similaire aux Etats-Unis, dans le Colorado.

On le découvre dans la zone de Lacq, près de Pau, qui fut jusqu'en 2013 le plus grand gisement de gaz de France: dans un décor de plateforme pétrogazière factice, des lâchers de méthane contrôlés permettent d'"évaluer les performances des technologies de détection et de quantification", et pas uniquement celles de TotalEnergies, explique Vincent Blandin, responsable de la plateforme.

- Niveaux toujours élevés -

Depuis 2022, TotalEnergies utilise son capteur embarqué sur drone, Ausea, développé avec le CNRS, qui permet d'aller "renifler" le méthane dans des endroits difficiles d'accès, comme au-dessus des réservoirs. Ces campagnes de survol, plusieurs fois par an par site, combinées aux inspections par caméras infrarouges et à la réduction du torchage, ont contribué selon le groupe à réduire sensiblement ses émissions . Il déclare avoir dépassé en 2025 son objectif de réduction de 60 % par rapport à 2020, atteignant 65 %, et vise 70 % en 2026, ce qui le placerait "en bonne voie " pour atteindre le quasi?zéro émission d'ici 2030.

En complément de ces outils, le groupe s'appuie désormais sur 13.000 capteurs fixes.

Le déploiement s'est achevé en décembre 2025, permettant désormais une surveillance en continu. En janvier, sur un mois, le centre de surveillance avait alors repéré "une dizaine d'événements significatifs à traiter, dont la majorité étaient liées à des purges de maintenance ", et d'autres, des fuites encore non réparées, explique raconte Anthony Credoz.

Le groupe, qui a investi 50 millions de dollars dans ce dispositif, considère remplir sa part et souhaite inciter d'autres entreprises à adopter ces "bonnes pratiques".

Pour TotalEnergies, il s'agit notamment de convaincre ses partenaires qui gèrent certains de ses actifs de se doter de tels outils.

"On n'aura un poids (...) sur le changement climatique que si on embarque les autres compagnies", insiste un autre haut responsable en charge des questions climatiques.

Le géant des hydrocarbures a réaffirmé fin mars son objectif de neutralité carbone d'ici 2050 pour les émissions liées à ses activités (Scope 1+2), mais sans s'engager concernant ses émissions indirectes (scope 3, liées à l'utilisation de ses produits) qui concentrent l'essentiel de son empreinte carbone. Il a en outre été critiqué par les ONG environnementales pour avoir annoncé qu'il pourrait "réévaluer" ses objectifs de neutralité carbone.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, les émissions liées aux énergies fossiles se maintiennent toujours à des "niveaux très élevés ".

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