Méthanisation : la région Normandie pointe des « dérives » et suspend tout nouveau financement

  • AFP
  • parue le

Le président de la Région Normandie, Hervé Morin, a fustigé mardi des "dérives" dans la méthanisation issue des activités agricoles, particulièrement dans le maïs, et a annoncé la suspension de tout nouveau financement jusqu'à ce que l'Etat ait procédé à des contrôles.

La Région Normandie s'est dotée d'un programme de développement de la méthanisation (transformation des matières organiques en biogaz par fermentation) avec de nombreux financements à la clé, à la fois régionaux et européens via le FEDER pour des montants de plusieurs dizaines de millions d'euros, rappelle-t-elle dans un communiqué.

Elle compte aujourd'hui 188 unités de méthanisation qui permettent de diversifier les sources d'énergie en développant le gaz renouvelable et d'offrir un complément de revenus aux agriculteurs.

Toutefois, l'existence de pratiques non conformes aux directives sont apparues, selon elle. "De plus en plus de témoignages me parviennent d'acteurs locaux et d'agriculteurs sur des dérives dans l'usage fait des méthaniseurs", déclare Hervé Morin dans ce communiqué.

"Il apparaît que des surfaces agricoles, particulièrement de maïs, se trouvent détournées d'une destination de production alimentaire animale vers une destination énergétique, étant entendu que les méthaniseurs doivent valoriser avant tout les déjections animales", relève le président de Normandie.

"De nombreux producteurs de maïs nous signalent des propositions d'achat de la part d'exploitants de méthaniseur à des prix deux fois supérieurs au prix du marché agricole", s'insurge M. Morin.

Le maïs est considéré par les experts comme l'une des cultures les plus productives en biogaz mais une directive de 2016 interdit théoriquement aux méthaniseurs d'injecter plus de 15% par an de produits issus de ressources alimentaires cultivées à titre principal (maïs, orge, choux, etc.)

"La production agricole doit d'abord être affectée" à "nourrir les hommes et les animaux. La méthanisation est au service de l'agriculture et non le contraire", insiste toutefois Hervé Morin, indiquant avoir saisi le préfet de région au sujet de "ces dérives" contrevenant aux réglementations.

"Je suis intéressé de savoir si tout ou partie des installations aidées par la Région et entrées en service avant le 31 décembre 2022 ont fait l'objet d'un contrôle" des services de l'Etat. "En attendant de connaître l'état exact des contrôles et le bilan qui en sera fait, j'ai décidé de suspendre toute instruction de dossier de financement de méthanisation", a annoncé M. Morin.

Commentaires

Chateigner

Très bien Mr Morin. Nous nous réjouissons au CSNM de vous voir ouvrir les yeux sur ces dérives, que nous vous avons pointées depuis 4 ans !
Malheureusement, ce type de vérification est quasiment impossible à mener.
Vous ne parlez que du maïs, mais bien d'autres dérives sont présentes. Et nous les avons déjà évoquées.
Sincèrement

Romet Jean Baptiste

Aprés avoir payé , vérifier et sanctionner en affichant le nom des contrevenants dans les journaux.
Déplorable de voir l ' agriculture produire del ' énérgie au lieu de nourrir les hommes.
Bravo pour votre décision mais aller sanctionner les malhonnêtes
bon courage

EULA

Bravo

Souhaitons que d'autres présidents de région soient aussi vigilent et soucieux de l'utilisation visée des deniers publics. Cependant, comme écrit ci-dessus, je doute que l'Etat et les collectivités aient ou se donnent les moyens techniques et humains pour procéder de manière exhaustive à des contrôles réguliers, systématiques et inopinés qui alors démontreraient que les dérives constatées en Normandie sont légion sur tout le territoire. Au vu des ambitions de déploiement bio-CH4 voulues par le gvt, celles-ci ne peuvent qu'aller plus encore

guydegif(91)

OUI, Très Bien Mr Morin ! STOP !
Encore un détournement des vocations 1ères de la Méthanisation !
La pratique relatée ds l'article rejoint celle pratiquée il y a de nombreuses années: maïs cultivé avec force engrais et rotations de tracteurs au diesel polluants puis directement injectés ds Méthanisaur pour produire du BioMéthane vert !
Un NON-SENS pour l'Environnement et la Planète !!
Ce NON-SENS c'est ce qui est mis en oeuvre en Normandie et ailleurs !

"...surfaces agricoles, particulièrement de maïs, détournées d'une destination de production alimentaire animale vers une destination énergétique !", "...les méthaniseurs doivent valoriser avant tout les déjections animales, fumiers et lisiers ainsi que BioDéchets", ...
"De nombreux producteurs de maïs nous signalent des propositions d'achat de la part d'exploitants de méthaniseur à des prix deux fois supérieurs au prix du marché agricole", s'insurge M. Morin.
Le maïs est considéré par les experts comme l'une des cultures les plus productives en biogaz mais une directive de 2016 interdit théoriquement aux méthaniseurs d'injecter plus de 15% par an de cultures énergétiques,... (maïs, orge, choux, etc.)
OK pour les CIVES entre 2 cultures principales....
Il faut raison garder !
Slts
Guy

Chateigner

a priori les CIVES sont meilleures, mais il n'en est rien: influences sur les rotations culturales et la fertilité, gourmandes en eau et en engrais ...

Christian Méda…

Il me semble normal que la "carotte" des certificats d'origine biogaz actuellement à 16€/MWh suscite des vocations à tout craint. Comme toujours en France, on monte des "systèmes régulés" qui volent rapidement en éclat dés qu'ils sont confrontés à des professionnels avertis.

guydegif(91)

...."professionnels avertis."..?, .ou plutôt un peu truands ds l'âme, prêts à détourner / contourner le bon fonctionnement, dès les 1ères opportunités de se servir sur le dos de la mule !
Des brebis galeuses il y en aura tj, malheureusement !
"Droits ET Devoirs", certains sautent sur les 1ers et ignorent les 2èmes !
Slts
Guy

Christian Méda…

Je suis bien d'accord avec vous, mais comme j'écris toujours sous mon vrai nom, je fais attention au choix des mots. C'est une liberté que vous avez sous un pseudo "Guy Comment de Gif sur Yvette" ?
Sans doute faudrait-il des professionnels plus avertis pour contrôler l'usage qui est fait de ces dispositifs élaborés. Mais alors, avec votre vocable, il faudrait dire "des brebis plus galeuses" pour contrôler l'usage...
Mais ça ne va pas !
Sauf à en coincer quelques unes et les condamner à des travaux d'utilité public, comme... contrôler l'usage de ces dispositifs élaborés.

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