- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les pénuries de carburant provoquées par la guerre au Moyen-Orient pourraient coûter jusqu'à 3 points de pourcentage de croissance aux économies africaines si elles persistent, s'est inquiété vendredi un haut responsable de la régulation énergétique régionale.
"Il y a un certain climat de panique", a déclaré à l'AFP Geoffrey Aori, directeur général de l'Association régionale des régulateurs de l'énergie pour l'Afrique orientale et australe.
Les cours mondiaux du pétrole ont dépassé les 100 dollars le baril cette semaine en raison de la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, qui mène depuis des représailles contre des cibles dans plusieurs pays de la région.
Téhéran cible notamment le détroit d'Ormuz, de facto bloqué, par lequel transite en temps de paix un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Selon M. Aori, la plupart des pays africains peuvent déjà s'attendre à une croissance inférieure de 1 à 2 points de pourcentage par rapport aux estimations initiales, à cause de l'impact du conflit.
Cette baisse de la croissance pourrait atteindre 2 à 3 points de pourcentage si la guerre dure deux mois ou plus, a-t-il ajouté.
En novembre dernier, donc avant la guerre, la Banque africaine de développement (BAD) prévoyait une croissance de l'économie africaine de 4,3% en 2026.
La hausse des prix du carburant "aura des répercussions sur tous les secteurs: le fret, les droits portuaires, le tourisme, l'alimentation, les transports et l'industrie", a prévenu M. Aori.
En outre, le temps presse: la plupart des pays africains ne disposent de réserves de carburant que pour 15 à 25 jours, loin des 90 jours recommandés par l'Agence internationale de l'énergie.
M. Aori a cité l'exemple de son pays d'origine, le Kenya, qui dispose de réserves de carburant pour 20 jours.
Le gouvernement kényan a promis qu'il y aurait suffisamment de carburant pour tenir jusqu'à fin avril, mais M. Aori a précisé que cela n'était possible qu'avec un rationnement et une interdiction des exportations vers les pays voisins.
Les gouvernements africains doivent atténuer l'impact de la crise en instaurant un rationnement immédiat du carburant et en accordant des subventions pour amortir le choc de l'inflation et de la dépréciation des monnaies, même si cette mesure n'est pas soutenable au-delà de quelques semaines, a-t-il ajouté.
"Nous sommes trop dépendants du pétrole et ces conflits ne sont pas près de se terminer", a-t-il déploré, estimant que cette guerre devrait servir d'"électrochoc" pour le continent, qu'il a appelé à investir dans les énergies alternatives comme l'hydrogène et le méthanol et développer l'utilisation des véhicules électriques.
Des tentatives ont été faites pour construire davantage de raffineries en Afrique et accroître les réserves, mais les coûts d'infrastructure se chiffrent en milliards de dollars, à un moment où les pays doivent faire face à d'autres dépenses et à un lourd endettement.