Où en est l'Indonésie, après avoir obtenu 20 milliards de dollars pour réduire sa dépendance au charbon ?

  • AFP
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Moins d'un an après avoir obtenu 20 milliards de dollars pour réduire sa dépendance au charbon, l'Indonésie ploie devant les difficultés pour atteindre cet objectif.

Lors du G20 à Bali en novembre 2022, l'archipel a obtenu 20 milliards de dollars (18,8 milliards d'euros) de financements publics et privés pour limiter ses émissions d'ici 2030 et tomber à zéro émission d'ici à 2050. Selon ce modèle, annoncé pour l'Afrique du Sud en 2021, pour l'Indonésie et le Vietnam en 2022 puis pour le Sénégal cette année, des pays riches s'engagent à financer la transition énergétique des pays en développement.

Cet accord permettrait à l'Indonésie, un des plus gros pollueurs en raison notamment de son vaste parc de centrales électriques au charbon, d'abandonner cette énergie fossile particulièrement polluante. Mais l'effet d'annonce passé, la tâche s'annonce ardue.

En août, Jakarta a reporté la publication de la feuille de route de ce Partenariat pour une Transition Energétique Juste (JETP), notamment en raison de problèmes de calcul des émissions prévues. Le JETP pour l'Indonésie part du principe que le secteur électrique, en passe d'émettre 357 millions de tonnes de carbone d'ici à 2030, limitera désormais ces émissions à 290 millions de tonnes maximum.

Or ces chiffres ne tiennent pas compte de certaines nouvelles centrales à charbon qui alimentent des usines et non le réseau. "L'objectif de 290 millions de tonnes peut-il encore être atteint ?", s'interroge Fabby Tumiwa, directeur général de l'Institut pour la réforme des services essentiels (IESR), un groupe de réflexion indonésien sur l'énergie. "Et l'engagement de 20 milliards de dollars est-il suffisant pour atteindre cet objectif ?".

Contacté par l'AFP, le secrétariat du JETP n'a pas fait de commentaires.

Jakarta serait également insatisfait du cofinancement de cet accord, craignant de se voir proposer essentiellement des prêts au taux du marché qui conduiraient le pays à s'endetter. "L'Indonésie espère une plus grande part de subventions", affirme Anissa Suharsono, de l'Institut international du développement durable.

« Rien n'est parfait »

Elle fait référence à une information de Bloomberg selon laquelle l'Indonésie ne peut espérer que 289 millions de dollars de subventions, dont la moitié pour assistance technique. "C'est, à mon avis, scandaleux. S'il s'agit d'un fonds climatique destiné à encourager un pays en développement à accélérer sa transition, ce n'est pas la bonne manière de procéder", estime l'experte.

Les estimations du coût de réalisation des objectifs s'élèvent à plus de 100 milliards de dollars, selon M. Tumiwa. En outre, l'Indonésie, qui produit plus de 60% de son électricité à partir du charbon, possède beaucoup plus de centrales à charbon que l'Afrique du Sud, et elles sont bien plus récentes. Les mettre à l'arrêt sera plus coûteux.

Le solaire et l'éolien représentent chacun moins d'1% de l'énergie actuellement produite en Indonésie et le réseau a besoin d'être modernisé en raison de la nature intermittente de l'énergie renouvelable. Le financement de ces améliorations pourrait ne pas susciter l'engouement. Car PLN, le fournisseur d'électricité public d'Indonésie, a le monopole, a ajouté Mme Suharsono, qui se demande qui "investira dans un réseau qui appartiendra à quelqu'un d'autre?"

Les experts estiment également que l'archipel doit se préparer aux conséquences économiques de l'abandon du charbon, un secteur qui emploie directement quelque 250 000 personnes, selon l'IESR.

"Les régions charbonnières, comme Kalimantan et le sud de Sumatra, sont très dépendantes des revenus tirés de l'extraction du charbon et des activités économiques qu'elle génère", affirme Rezky Khairun Zain, analyste spécialiste du climat et de l'énergie à l'Institut des ressources mondiales en Indonésie. "Le gouvernement doit mettre en place les moyens de trouver d'autres sources de revenus pour les travailleurs, mais aussi pour les gouvernements (locaux)", dit-il à l'AFP.

Malgré tous les défis à relever, M. Tumiwa veut croire que le JETP est la meilleure des options. "Rien n'est parfait. Le financement est encore insuffisant et les négociations sont encore difficiles", estime-t-il. "Mais nous devons aller de l'avant, au moins pour démontrer que ce concept peut fonctionner et servir de modèle".

Commentaires

Albatros

Vaste foutaise que ces tombereaux de fric déversés en pure perte. Aucune chance que l'Indonésie atteigne la "neutralité carbone" en 2050, ce fantasme tellement répété que c'en est devenu un mantra.
Les couillons de l'histoire, l'UE, sera sans doute à zéro émissions mais aussi à zéro prospérité.
Merci.

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