Sur le pétrole russe, le bras-de-fer Orban-Zelensky s'envenime

  • Connaissance des Énergies avec AFP
  • parue le

La discorde entre la Hongrie et l'Ukraine a pris une nouvelle dimension vendredi, Volodymyr Zelensky menaçant Viktor Orban, qui en réponse assure qu'il utilisera "tous les moyens" pour obtenir de l'Ukraine le rétablissement des livraisons de pétrole russe.

"Nous arrêterons de laisser transiter par la Hongrie des choses importantes pour l'Ukraine, jusqu'à ce que nous recevions l'approbation de l'Ukraine pour les livraisons de pétrole", a déclaré vendredi à la radio le Premier ministre nationaliste hongrois.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le gouvernement ukrainien avait accusé la Hongrie de prendre "en otage" sept employés de banque ukrainiens transportant depuis l'Autriche "35 millions d'euros et 9 kg d'or" à travers la Hongrie.

Contactée par l'AFP, la banque autrichienne Raiffaisen, depuis laquelle les fonds ukrainiens étaient transportés, n'a pas souhaité faire de commentaire.

Les relations entre la Hongrie et l'Ukraine, déjà exécrables depuis plusieurs années, se détériorent alors que Viktor Orban est en campagne pour sa réélection.

La Hongrie est membre de l'Union européenne et de l'Otan, mais elle a renforcé ses liens avec Moscou depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.

Elle dit notamment vouloir défendre la minorité hongroise en Ukraine.

Viktor Orban accuse le président ukrainien Volodymyr Zelensky d'user d'arguments fallacieux pour retarder la reprise des livraisons de pétrole russe par l'oléoduc Droujba, dont la portion qui traverse l'Ukraine a été endommagée par une frappe russe en janvier.

- "Pauvre Orban" -

Et jeudi, M. Zelensky a assumé sans ambiguïté de bloquer ce transit pour des raisons politiques.

"Pour être honnête, je ne le rétablirai pas. C'est ma position", a-t-il déclaré lors d'une réunion avec des responsables gouvernementaux.

"Je l'ai dit à la direction de l'Union européenne. Parce que c'est du pétrole russe. Il y a certains principes qui n'ont pas de prix. Ils sont en train de nous tuer, et nous, nous serions censés fournir du pétrole à Orban parce que le pauvre Orban ne peut pas gagner les élections sans ce pétrole", a-t-il demandé.

Budapest bloque en représailles le prêt de l'UE de 90 milliards d'euros à l'Ukraine et l'adoption d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.

Et Volodymyr Zelensky s'est montré menaçant jeudi.

"Nous espérons qu'une seule personne au sein de l'UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos Forces armées, à nos gars. Qu'ils l'appellent et qu'ils lui parlent dans leur propre langage", a-t-il lancé.

Une déclaration inédite, qui a été condamnée par le gouvernement hongrois, mais aussi par l'opposition, d'ordinaire mieux disposée envers Kiev.

Viktor Orban a martelé qu'il ne céderait pas aux exigences de Kiev.

"Pas même s'ils me font chanter, pas même s'ils menacent ma vie, car au fond, il ne s'agit pas vraiment de moi. Je suis convaincu que nous ne devons pas nous y plier, parce que ce serait mauvais pour le pays", a-t-il dit.

Cette crise sans précédent entre les deux voisins est aggravée par les hausses récentes des cours du pétrole et du gaz, constatées depuis le début des frappes israélo-américaines en Iran.

Les prix élevés de l'énergie sont un point noir pour l'économie hongroise, déjà atone, alors que les sondages sont mauvais pour M. Orban après seize ans de pouvoir.

Ajouter un commentaire