- Connaissance des Énergies avec AFP
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Un sous-traitant de la défense et une filiale haute technologie de EDF: la vente ou projet de vente à des groupes américains de LMB Aerospace et Exaion, deux entreprises de l'industrie française, suscitent des remous, poussant le gouvernement à réagir.
Pourquoi la polémique ?
LMB Aerospace fabrique des systèmes de refroidissement pour, par exemple, les avions de combat Rafale et les sous-marins nucléaires. L'Etat a donné son feu vert à sa vente au groupe américain Loar Group, a-t-on appris mercredi.
Bercy avait en revanche démenti mardi avoir pris sa décision sur la vente d'Exaion, une start-up filiale de EDF spécialisée dans des centres de calcul de haute performance, à l'américain Mara Holdings. "La procédure est toujours en cours et sera examinée dans ses moindres détails", a indiqué à l'AFP le ministère de l'Economie.
Défense et tech: ces deux sociétés appartiennent à des secteurs jugés stratégiques et leur sort suscite des protestations de personnalités politiques.
A propos de LMB Aerospace, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a dénoncé "une grande braderie" des entreprises françaises. "Une cession plus que discutable à l'adversaire américain", estime de son côté Jean-Luc Mélenchon.
Basé en Corrèze, LMB Aerospace réalise 30% de son chiffre d'affaires avec les Etats-Unis, où son PDG est installé.
Que répond le gouvernement?
Le gouvernement a imposé des conditions à la cession de LMB Aerospace: une action préférentielle (dite "golden share") qui permettra de bloquer les décisions stratégiques contraires aux intérêts de la France, le maintien de la production en France et des garanties entourant les "contrats stratégiques".
"On ne brade pas la souveraineté française, surtout en défense, technologies, santé ou agroalimentaire", a dit le ministre de l'Economie Roland Lescure.
L'économie doit rester "ouverte", avec des "capitaux privés (qui) ont un rôle à jouer", mais qui doit aussi rester "extrêmement exigeante", a-t-il insisté jeudi.
Selon le média spécialisé La Lettre mercredi, Bercy n'avait pas exigé l'implication de la banque publique d'investissement Bpifrance, condition qui avait été mise en avant par la Direction générale de l'armement (DGA).
Interrogée par l'AFP sur cette opération, la DGA indique qu'elle "ne s'(y) est pas opposée". "Le travail avec la Direction générale du Trésor, puis avec Loar, a permis de trouver un accord permettant de préserver les intérêts nationaux c'est-à-dire la garantie absolue de disposer de certains équipements durant la durée nécessaire".
Le ministre a annoncé vendredi sur TF1 que le gouvernement français avait empêché cette semaine Eutelsat, l'opérateur européen de satellites de communication, de vendre ses antennes au sol au fonds suédois EQT, en raison du caractère "stratégique" de ces actifs.
Eutelsat, présenté comme le grand concurrent du système Starlink (du groupe SpaceX, dirigé par Elon Musk), a pour principal actionnaire l'Etat français (près de 30% du capital).
De quels outils dispose l'Etat?
Comme dans le cas de LMB Aerospace, il peut exiger de détenir une "golden share", ou action de préférence, via l'Agence des participations de l'Etat (APE), un organisme sous tutelle du ministère de l'Economie.
L'Etat détient une action de préférence dans 13 entreprises actuellement: des très grosses (Airbus Defense and Space Holding France, ArianeGroup) ou des plus modestes (Exxelia, la Société nationale maritime Corse Méditerranée).
Par ailleurs, les investissements étrangers en France sont soumis à un contrôle du ministère de l'Economie dès lors qu'un acteur non européen souhaite acquérir 10% ou plus des droits de vote d'une société française cotée (ou 25% des droits de vote d'une société non cotée) opérant dans un secteur stratégique (défense, cybersécurité, semi-conducteurs ou intelligence artificielle par exemple).
L'Etat avait ainsi bloqué en 2020 la vente de Photonis, spécialisé dans les instruments de vision nocturne, au groupe américain d'ingénierie Teledyne pour des motifs de protection de ses activités stratégiques.
C'est ce qu'on appelle la procédure d'autorisation préalable d'investissement étranger (IEF). Elle s'applique aussi lorsque l'acheteur veut prendre 50% ou plus de participation dans des activités stratégiques, même si l'acheteur est européen, comme dans le cas des antennes au sol d'Eutelsat, a précisé Bercy.
L'Etat avait aussi empêché le rachat proposé par le canadien Couche-Tard du français Carrefour début 2021, invoquant la "sécurité alimentaire", et s'était opposé à ce que Pepsi avale Danone en 2005.
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