Feuille de route pour le stockage d’électricité en France

  • Source : CRE

Le stockage de l’électricité constitue « une brique essentielle de la transition énergétique »(1), compte tenu des besoins croissants de flexibilité sur les réseaux « à mesure que les sources de production intermittentes (éolien, solaire photovoltaïque) se développent », rappelle la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Parmi les nombreuses technologies de stockage existantes (mécaniques, thermiques ou chimiques), les batteries apparaissent comme une solution « prometteuse » - avec la forte baisse de ses coûts(2) - qui doit pouvoir être développée en France « sans rencontrer de frein réglementaire ou tarifaire injustifié ».

Dans le rapport ci-après publié le 11 septembre, la CRE expose ainsi une feuille de route « pour mettre en place un cadre juridique, technique et économique permettant un développement du stockage pérenne et cohérent avec le système énergétique français et les ambitions de la PPE ». Elle y formule différentes recommandations visant entre autres à « faire évoluer les signaux économiques afin qu’ils reflètent la valeur des services rendus » par le stockage. Les principales réflexions en cours relatives à l’intégration de dispositifs de stockage au sein des réseaux en France y sont également évoquées : possibilité de créer un statut juridique spécifique pour les opérateurs de stockage, simplification et clarification des procédures de raccordement, possible exonération de la tarification de l’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE), etc.

La CRE formule dans ce rapport de nombreuses demandes à l’attention des gestionnaires de réseaux. Elle les appelle notamment à faire part (d’ici janvier 2020 pour RTE et mars 2020 pour Enedis) des « congestions » identifiées sur leurs réseaux et des besoins identifiés en matière de flexibilité et à faire « évoluer leurs méthodes de dimensionnement des réseaux et des choix d’investissements en prenant en compte les solutions de flexibilité, dont le stockage »(3).

Précisons que la CRE ne voit « pas d’obstacle majeur au développement du stockage en France », les besoins de flexibilité des réseaux y étant plus faibles que dans de nombreux autres pays (notamment grâce à « une hydroélectricité fortement développée, un pilotage de l’eau chaude sanitaire et une part encore limitée des EnR variables »). À l’heure actuelle, seuls deux projets de stockage par batteries de 7 MW sont toutefois raccordés au réseau électrique en France métropolitaine (« environ 100 MW en file d’attente »). Dans les zones non interconnectées (Corse(4) et outre-mer) où les besoins de flexibilité des réseaux locaux sont plus importants, le stockage par batteries est bien plus développé « avec 50 MW de capacité attribuée ».

Pour suivre la mise en œuvre de ses demandes et recommandations, la CRE préconise de créer un groupe de travail dédié au stockage de l’électricité, copiloté avec la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). La Commission appelle par ailleurs à « accélérer les expérimentations relatives à l’insertion du stockage d’électricité dans les réseaux électriques […] et souhaite faciliter ces projets ». Les acteurs souhaitant réagir aux recommandations de cette feuille de route ou rencontrant des difficultés dans leurs projets sont ainsi invités à prendre contact avec la CRE (stockage@cre.fr). La Commission avait déjà lancé au 1er trimestre 2019, un appel à contributions sur le stockage de l’électricité (60 contributions sont publiées sur le site de la CRE(5)).

 
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Sources / Notes
  1. Tout comme l’autoconsommation et le véhicule électrique, estime la CRE.
  2. Le prix moyen d’un pack de batterie a chuté de 85% entre 2010 et 2018 selon une récente étude publiée par Bloomberg.
  3. « Le développement du stockage de l’électricité s’inscrit dans ce cadre plus général du développement des flexibilités. L’ajustement de la production (centrales dispatchables), le pilotage de la consommation (effacement, offres tarifaires à différenciation temporelle, etc.), ou encore le développement du réseau, notamment les interconnexions constituent aussi des sources de flexibilité », précise la CRE.
  4. La Corse a une interconnexion électrique avec l’Italie mais est considérée comme une ZNI.
  5.  Les réponses non confidentielles de cet appel à contributions peuvent être téléchargées ici.