La Chine en quête de ciel bleu : les bouleversements du marché gazier intérieur

  • Source : Ifri

En 2018, la Chine a consommé 280 milliards de m3 (Gm3) de gaz naturel, soit 18,1% de plus qu’en 2017(1) (année durant laquelle cette consommation avait déjà augmenté de 15,3% par rapport à 2016)(2). Entre 2016 et 2018, la demande chinoise de gaz a ainsi augmenté de 75 Gm3, ce qui correspond approximativement au niveau annuel de consommation du Royaume-Uni, le deuxième marché gazier en Europe.

Dans cette étude en anglais publiée le 10 septembre par le Centre Énergie de l’Ifri, Sylvie Cornot-Gandolphe(3) présente les récentes évolutions du marché gazier en Chine, en rappelant que la progression de cette énergie est liée à la « guerre » entreprise ces dernières années par Pékin contre la pollution atmosphérique, notamment dans le nord du pays. Les considérations relatives aux émissions de gaz à effet de serre progressent par ailleurs, le déploiement du marché carbone chinois lancé fin 2017 devant renforcer la compétitivité du gaz vis-à-vis du charbon.

Sylvie Cornot-Gandolphe souligne que – malgré la progression très rapide du gaz dans les bâtiments et l’industrie (et dans une moindre mesure à des fins de production électrique) – ce combustible n’a encore compté que pour 7,8% de la consommation d’énergie de la Chine en 2018, contre 59% pour le charbon. En matière d’électricité, la part du gaz était limitée à 3,6% de la production chinoise en 2018 (contre 63,7% pour le charbon).

La production gazière de la Chine, dominée par les compagnies publiques (PetroChina, Sinopec, CNOOC), a atteint 160,3 Gm3 (en hausse de 8,3% par rapport à 2017). Les importations chinoises ont pour leur part explosé en 2018 (+ 32%), provenant cette année-là pour plus de moitié du Turkménistan et de l’Australie.

La consommation chinoise de gaz, très saisonnière, atteint un pic aux mois de décembre et janvier pour satisfaire les besoins de chauffage(4). Pendant la saison hivernale 2017/2018, le nord de la Chine a connu un épisode de pénurie gazière, le gouvernement ayant dû imposer des restrictions d’usages aux acteurs non résidentiels. Cet épisode a mis en exergue les limites du secteur gazier : un réseau de transport sous-développé, des capacités de stockage très insuffisantes et un manque d’incitations aux investissements. Des mesures ont depuis été prises pour renforcer les infrastructures et engager des réformes(5).

La Chine a pour ambition de porter à 10% la part du gaz dans sa consommation énergétique en 2020 et à 15% en 2030 (à titre indicatif, la part actuelle du gaz dans le mix énergétique mondial est de 23%). Selon les estimations relayées par cette étude, le pays pourrait compter pour 25% à 30% de la croissance de la demande mondiale de gaz d’ici à 2040. À l'horizon 2025, la Chine devrait devenir le 2e consommateur mondial de gaz devant la Russie (derrière les États-Unis). Précisons que Sylvie Cornot-Gandolphe a rédigé une autre étude consacrée à l’impact de la Chine sur les marchés gaziers globaux (à consulter ici).

Consommation de gaz de la Chine
Selon les estimations actuelles, la consommation de gaz de la Chine pourrait augmenter de 10% à 14% en 2019, atteignant un niveau annuel compris entre 310 Gm3 et 320 Gm3. (©Connaissance des Énergies, d'après Ifri)

Lire l'étude  :
Marché gazier chinois
Sources / Notes
  1. La consommation a pourtant été freinée par des ruptures de l’approvisionnement durant la saison hivernale (du 15 novembre 2017 au 15 mars 2018).
  2. Au 1er semestre 2019, la consommation chinoise de gaz a atteint 146,5 Gm3, soit 8,9% de plus qu’au 1er semestre 2018.
  3. Consultante indépendante sur l’énergie et les matières premières, Sylvie Cornot-Gandolphe est entre autres chercheuse associée à l’Ifri depuis 2012 et membre du Comité des Experts de Connaissance des Énergies.
  4. À Pékin, la demande de gaz durant les mois d’hiver est 5 fois plus forte que durant les mois d’été.
  5. En mars 2019, le gouvernement a entre autres annoncé la création d’un gestionnaire indépendant des réseaux de transport gazier et pétrolier (prenant le contrôle des réseaux des 3 grandes compagnies nationales), ce qui doit permettre d’accélérer l’ouverture à la concurrence sur ces marchés.