Newsletters des énergies

Les États-Unis jouent un rôle croissant sur les marchés pétroliers

parue le
Production américaine de pétrole

Aux États-Unis, la production pétrolière dans le Bassin permien pourrait doubler d’ici 2023 selon l'AIE. (©Anadarko)

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a présenté le 5 mars son rapport annuel sur l’évolution des marchés pétroliers dans les 5 ans à venir(1). Elle y confirme le rôle central joué par les États-Unis.

Les États-Unis produisent plus de 10 Mb/j de pétrole brut

Début 2018, l’offre mondiale de pétrole avoisinait 97,7 millions de barils par jour (Mb/j) selon les dernières données de l’AIE(2), soit 1,5 Mb/j de plus qu’un an plus tôt. Cette croissance de la production a été essentiellement tirée par les États-Unis, dont la production de pétrole brut a atteint 10,3 Mb/j en février 2018, contre une moyenne de 9,3 Mb/j en 2017.

Ce niveau de production est à rapprocher de ceux de l’Arabie saoudite (9,9 Mb/j) et de la Russie, actuellement premier producteur mondial de brut (10,9 Mb/j). Les producteurs américains de light tight oil (incluant les huiles de schiste) ont fortement baissé leurs coûts de production et connaissent une « deuxième vague de croissance extraordinaire » selon l’AIE. Fait symbolique, l’agence souligne entre autres une livraison américaine début 2018 de condensats aux Émirats arabes unis(3).

« Si l’on tient compte des liquides associés à la production de gaz naturel (LGN), le total de la production américaine se situerait à 14,8 Mb/j », soit bien plus que l’Arabie saoudite (11,9 Mb/j) ou la Russie (11,3 Mb/j), précise Guy Maisonnier, ingénieur économiste à IFP Énergies nouvelles. Il convient toutefois de rappeler selon lui que « cette compétition n’en est pas une », sachant que l’Arabie saoudite et la Russie limitent leurs productions respectives.

Pour rappel, les pays membres de l’OPEP et dix autres producteurs de pétrole (dont la Russie) se sont en effet accordés fin novembre 2017 à Vienne sur une prolongation de 9 mois de leur accord relatif au plafonnement de leur production pétrolière, soit jusqu’à fin 2018(4).

Production américaine de pétrole
Entre 2010 et 2020, la production américaine de pétrole pourrait approximativement doubler selon l’AIE. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)

Les États-Unis, remparts au manque d’investissements ?

En 2018, une hausse de l’offre américaine de pétrole de 1,7 Mb/j est attendue, en grande partie grâce aux huiles de schiste (pour 1,2 Mb/j environ) et de façon secondaire grâce aux LGN (0,5 Mb/j), indique Guy Maisonnier. Selon lui, « la production des bassins de schiste pourrait ainsi passer de 5,8 Mb/j en 2017 à au moins 7,1 Mb/j en 2018 d’après nos modèles », cette contribution pouvant être plus forte encore « si l’activité de forage est plus intense ».

Selon l’AIE, l’ogre américain pourrait couvrir à lui seul 80% de la hausse de la consommation mondiale de pétrole d’ici 2023(5). « Les États-Unis devraient imprimer leur marque sur les marchés mondiaux du pétrole pour les cinq prochaines années », prédit ainsi Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Grâce à la « révolution du schiste », les États-Unis pourrait produire 17 Mb/j de pétrole (en incluant les hydrocarbures liquides) en 2023, contre 13,2 Mb/j en 2017 selon l’AIE. Les capacités américaines d’exportation de pétrole brut pourraient atteindre 5 Mb/j en 2020. Dans ces conditions, « il est évident que les États-Unis vont continuer à modifier la donne du marché pétrolier comme ils le font depuis 2014 », confirme Guy Maisonnier, « la stratégie et la cohésion de l’OPEP restant dans ce contexte des facteurs décisifs pour orienter le prix du pétrole ».

Après 2020, l’AIE s’inquiète toutefois du manque d’investissements dans l’exploration-production au cours des dernières années. Pour compenser le déclin de la production des champs pétroliers matures dans le monde, il serait, selon l’AIE, nécessaire de « remplacer 3 Mb/j de baisse de production chaque année, soit l’équivalent de la production en mer du Nord », tout en faisant face à une hausse de la demande. « Le manque d’investissement doit être relativisé du fait de la baisse des coûts et en raison des gains de productivité », nuance toutefois Guy Maisonnier. Pour rappel, les investissements mondiaux dans l’exploration-production de pétrole et de gaz naturel ont légèrement augmenté en 2017 après deux années de forte baisse.

Evolution de la production de pétrole par pays
La hausse de la production pétrolière aux États-Unis, au Brésil, au Canada et en Norvège pourrait plus que satisfaire la hausse de la demande mondiale d’ici à 2023. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)