Les Français et les énergies renouvelables : un amour « flou » ?

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Énergie solaire

Selon la dernière enquête de l'Ademe sur les Français et l'environnement, « c’est l’énergie solaire que les Français souhaitent voir développer en priorité, davantage que toutes les autres ». (©EDF-Laurent Vautrin)

Les Français sont de plus en plus favorables au développement des énergies renouvelables mais leur regard sur ces filières est dans le même temps « de plus en plus critique » selon la 6e enquête « Les Français et l’environnement »(1) publiée le 11 février par l’Ademe. Explications.

Le solaire, énergie renouvelable la plus connue et la mieux perçue

Le soutien aux énergies renouvelables « s’intensifie » en France, affirme l’Ademe qui promeut le déploiement de ces filières : près de 94% des Français seraient « tout à fait » ou « plutôt » favorables(2) à leur développement selon le dernier sondage OpinionWay réalisé pour l’Ademe(3).

Lorsqu’il est demandé aux Français de citer les énergies renouvelables qu’ils connaissent (question ouverte), les répondants mentionnent « comme toujours » spontanément l’énergie éolienne (dans 55% des cas) ou l’énergie solaire (51%). L’hydroélectricité, principale filière renouvelable productrice d’électricité, n’est en revanche citée spontanément que par 24% des répondants(4).

L’énergie solaire (sans distinction entre photovoltaïque et thermique) est « perçue comme l’énergie recensant le plus de qualités » (toutes énergies confondues) selon l’enquête de l’Ademe(5) : elle est notamment désignée par les Français comme l’énergie « qui assure le plus d’indépendance énergétique » (33% des réponses), « la moins dangereuse » (32%) ou encore « la moins polluante » (32%). C’est l’énergie nucléaire qui est en revanche considérée comme « la plus performante » (29% des réponses), indique l’Ademe (voir infographie ci-après).

Les personnes interrogées continuent ainsi à citer le solaire comme « l’énergie à développer en priorité » (loin devant la géothermie, l’éolien et l’énergie des mers). L’Ademe nuance toutefois légèrement ce constat radieux pour l’énergie solaire, en mentionnant « une tendance des Français à moins l’identifier comme la meilleure sur de nombreuses dimensions (par rapport aux précédentes enquêtes annuelles), notamment le fait d’être l’énergie de l’avenir ou d’être l’énergie la moins coûteuse ».

Les Français et les énergies

Au sujet des qualités des énergies mentionnées dans l'enquête annuelle de l'Ademe, l’énergie solaire « domine sans partage : les scores aux différents qualificatifs sont nettement supérieurs à ceux obtenus par les autres énergies, à l’exception de l’idée de performance encore fortement associée à l’énergie nucléaire ».(©Connaissance des Énergies, d'après Ademe)

Des avantages soulignés mais aussi une « défiance » croissante

Interrogés sur les avantages que procurent les énergies renouvelables, les Français répondent, pour 64% d’entre eux, qu’elles « permettent de lutter contre le réchauffement climatique » et pour 59% qu’elles « évitent la pollution de l’air, des sols et de l’eau ». Près de 56% des Français sont par ailleurs rassurés par leur caractère « inépuisable » dans le temps, contrairement aux ressources fossiles.

Les Français soulignent toutefois également davantage les inconvénients des énergies renouvelables : la moitié des répondants à l’enquête estiment que « l’investissement est trop élevé » et 47% déplorent que « certaines ne permettent pas une énergie disponible en permanence, car elles sont intermittentes ». Près d’un tiers des Français jugent par ailleurs qu’elles ne sont « pas vraiment écologiques » (en raison des matériaux utilisés pour leur fabrication) ou qu’elles « ont des impacts négatifs sur les paysages et sur la biodiversité ».

Selon l’Ademe, ce regard plus critique « donne à voir la progression du scepticisme des Français vis-à-vis de la « propreté » des installations de production d’ENR et leur prise en compte plus marquée de ce que l’on appelle l’énergie grise : l’énergie consommée lors du cycle de vie d’un produit ». L’Agence estime également que les débats autour de l’installation de nouvelles éoliennes et au sujet des terres rares utilisées pour fabriquer des panneaux solaires et des éoliennes ont « sans doute participé à la montée en puissance de cette défiance ».

Le syndrome Nimby (Not in My Backyard) reste en particulier sensible dans le cadre de projets éoliens et de méthanisation (contrairement aux installations solaires qui « font exception » et sont « toujours globalement soutenues »). Seules 45% des personnes interrogées répondent notamment qu’elles accepteraient « qu’un parc de 5 à 10 éoliennes soit installé à moins d’un kilomètre de chez elles (sachant que la règlementation interdit qu’il soit à moins de 500 m des habitations) »(6). Celles refusant évoquent le bruit comme principale raison (et les odeurs dans le cas d’installations de méthanisation).

Une appétence à l’investissement dans les énergies renouvelables

Pour « passer d’une énergie classique à une énergie renouvelable », près de 32% des Français ne seraient pas disposés à « payer plus cher » selon l’enquête de l’Ademe tandis que 22% des répondants indiquent être prêts à accepter une augmentation de leur facture supérieure à 10% (principalement les catégories socio-professionnelles les plus élevées et les jeunes)(7).

De plus en plus de Français se disent par ailleurs « prêts à participer personnellement au financement (d’installations renouvelables au niveau local) en y plaçant une partie de leur argent ». Les campagnes de financement participatif sont toutefois encore très mal connues : « seuls 8% des Français savent qu’il existe des projets de ce type dans leur région ». Là encore, c’est « principalement vers le solaire que les Français se tournent lorsqu’ils envisagent d’investir » dans les filières renouvelables, précise l’Ademe(8).

Précisons enfin que le désir de tendre vers l’autonomie énergétique « ne cesse de progresser » chez les Français selon l’Ademe : « 68% seraient intéressés par l’autoproduction d’électricité photovoltaïque même si cela devait coûter plus cher ».

Sources / Notes
  1. Baromètre Les Français et l'environnement, enquête annuelle 2019 publiée en février 2020, Ademe.
  2. Respectivement 53% « tout à fait » favorables et 41% « plutôt » favorables, contre 4% « plutôt pas » favorables et 1% « pas du tout » favorables.
  3. Sondage réalisé par OpinionWay sur un échantillon de « 1 059 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 1,5 à 3 points ». Enquête Environnement, vague 6, Ademe, décembre 2019.
  4. Seul un faible nombre de personnes interrogées parviennent à citer elles-mêmes d'autres énergies renouvelables.
  5. Les données suivantes concernent une première moitié de l’échantillon (563 répondants) en qualifiant l’énergie biomasse de bois. Une deuxième moitié a répondu (avec le biogaz et les biocarburants sous l’intitulé biomasse) avec des résultats similaires.
  6. 26% des répondants indiquent ne pas être concernés, étant uniquement entourés d’habitations à moins d’un kilomètre de chez eux.
  7. 10% des répondants se disent même prêts à accepter de payer « plus de 30% » plus cher.
  8. 36% se projettent sur du photovoltaïque, 21% sur de l’énergie solaire thermique.