L’exploitation des gaz de schiste conduit-elle à un risque environnemental significatif ?

Bruno Weymuller, Ancien membre du comité exécutif du Groupe Total

Ancien membre du comité exécutif du Groupe Total et Directeur de la Stratégie et de l’évaluation des Risques
Membre du conseil d’Administration de Deinove.

Comme toute activité industrielle, l’extraction du « gaz de schiste » présente des risques mais ils sont d’une ampleur relativement limitée. Surtout, il est parfaitement possible de les maîtriser, en permettant ainsi la production dans des conditions satisfaisantes pour l’environnement.

L’extraction des gaz non conventionnels nécessite des forages en direction des couches productives (en général à quelques milliers de mètres sous terre), en nombre plus important que pour des gisements traditionnels et avec des besoins en eau nettement plus élevés, pour l’essentiel liés à l’usage de la fracturation hydraulique. D’où la nature des risques potentiels et les précautions qu’il convient de prendre.

Comme pour tout forage gazier, le passage à travers les nappes phréatiques (à quelques dizaines de mètres sous la surface) nécessite des mesures très strictes pour assurer la totale étanchéité du puits et empêcher des fuites de gaz ou de fluides utilisés lors du forage. Cela est parfaitement connu de longue date et a conduit à l’établissement de standards techniques sur l’architecture des puits, le choix des casings d’acier et les règles de cimentations (entre les casings et la roche). Le non respect de ces bonnes pratiques industrielles a pu conduire à des incidents (quelques dizaines de cas établis aux États-Unis pour le shale gas).

Pour assurer l‘efficacité du processus de fracturation hydraulique, des additifs chimiques en volume très limité sont nécessaires (bactéricides, réducteur de corrosion, gélifiant…). Initialement, les industriels américains ont testé plusieurs produits et certains étaient susceptibles d’avoir un impact en cas de fuite accidentelle. Mais progressivement des produits sans danger environnemental ont été sélectionnés. Aujourd’hui il convient de fixer des standards et d’imposer une information sur les cocktails utilisés par les opérateurs pour permettre un contrôle externe.

Des fracturations hydrauliques à grande profondeur ne peuvent pas conduire à des remontées de fluides via les couches intermédiaires. Quelques cas de sismicité en surface ont pu être notés dans des zones propices aux tremblements de terre. Les fracturations artificielles pourraient être la cause d’un déclenchement anticipé. Mieux vaut éviter d’opérer dans ces zones.

L’importance des besoins en eau liés à l’usage de la fracturation est souvent un vrai problème : ils doivent être compatibles avec les équilibres hydrographiques de la zone. Après la fracturation, une partie de l’eau revient en surface par le puits, saumâtre avec des traces d’additifs. Son recyclage pour de nouvelles fracturations est encore limité pour des raisons techniques. Ces eaux de retour peuvent aussi être réinjectées sans danger dans des aquifères salins profonds sinon il faut les traiter en surface par des techniques coûteuses mais bien connues.

Les gênes de voisinage viennent d’abord de l’emprise en surface de puits plus nombreux. Les progrès ont toutefois permis de regrouper jusqu’à 20 puits sur un même emplacement au sol. Les nuisances de chantier durant la phase de préparation du puits (quelques semaines dont quelques jours de fracturation, opération bruyante), la construction de routes d’accès et le trafic de camions peuvent aussi être sources de gênes. Une fois le puits préparé pour la production, l’emprise au sol peut être diminuée, l’appareil de forage est démonté et le trafic de camions est très nettement réduit.

Tels sont les principaux impacts de l’exploitation des gaz de schiste. Les gênes de voisinage, même si elles peuvent être atténuées, existent de façon temporaire. Les risques industriels sont aujourd’hui tout à fait maîtrisables. Bien sûr il faut opérer selon les règles : « if done responsibly, it can be done safely. »