
Ancienne vue extérieure de la centrale nucléaire de Fessenheim et du départ des lignes à haute tension. (©EDF-Mario Fourmy)
En résumé : 43 années de fonctionnement
La centrale nucléaire de Fessenheim, constituée de deux réacteurs, est implantée sur la commune de Fessenheim dans le Haut-Rhin (en Alsace), au bord du Grand Canal d’Alsace, à proximité de Colmar (au nord) et de Mulhouse (au sud). Elle fait face à la frontière allemande et est proche de la ville de Freiburg im Breisgau.
Ses deux tranches ont été définitivement arrêtées le 22 février et le 29 juin 2020. Elles disposaient chacune d’une puissance électrique de 900 MW et ont fourni près de 2,2% de la production électrique en France métropolitaine en 2018(1).
La centrale de Fessenheim a fait l’objet d’une attention médiatique particulière après l’engagement de campagne de François Hollande de fermer ce site(2). Connectée au réseau en 1977, la centrale alsacienne était alors la plus ancienne encore en activité au sein du parc nucléaire français. Son successeur Emmanuel Macron a confirmé cet engagement.
Le débat autour de la fermeture du Fessenheim a porté sur la durée d’exploitation de cette centrale, mais également sur son emplacement proche d’une zone sismique et sur sa capacité à supporter une catastrophe naturelle.
Il était un temps prévu que la centrale soit arrêtée à la mise en service de l'EPR de Flamanville. La fermeture du site devait contribuer à réduire la proportion du nucléaire dans le mix électrique français, conformément à l'objectif de la loi énergie-climat de ramener cette part à 50 % à l'horizon 2035 (contre 70,6 % en 2019). Suite à la crise des prix de l'énergie de 2022, le gouvernement est toutefois revenu sur cet engagement et a au contrairement intégré la relance du nucléaire dans son programme énergétique.
En mai 2026, le gouvernement a autorisé via un décret publié au Journal officiel le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Fessenheim par EDF, en précisant les modalités et le calendrier. Les opérations de démantèlement doivent être achevées « au plus tard le 30 juin 2048 », est-il précisé.
Fonctionnement technique
La centrale de Fessenheim était composée de 2 réacteurs à eau pressurisée (REP), filière commune à l’ensemble des réacteurs du parc nucléaire français. Il s’agit des premiers REP mis en service en France : ils sont dits de palier technologique « CP0 » (contrat programme zéro), comme ceux de la centrale du Bugey dans l’Ain.
Concrètement, des assemblages de combustible (uranium enrichi en U235) étaient insérés dans le cœur de chaque réacteur, chacun étant immergé dans une cuve d’eau. La réaction de fission en chaîne au sein du combustible dégageait de la chaleur qui était transmise à l’eau environnante. Cette eau, dite « primaire », ne bouillait pas, car elle était maintenue sous forte pression (155 bar).
La centrale de Fessenheim ne nécessitait pas de grande tour aéroréfrigérante.
L’eau « primaire » circulait en circuit fermé entre la cuve du réacteur et 3 générateurs de vapeur. Dans ces derniers, elle transmettait sa chaleur à un second circuit d’eau dit « secondaire ». L’eau du circuit secondaire entrait alors en ébullition, car elle était soumise à une pression beaucoup plus faible (70 bar) que celle du circuit primaire.
La vapeur ainsi produite transitait par un turboalternateur qui produisait de l’électricité. En sortie de turboalternateur, la vapeur d’eau était condensée(3) : elle était refroidie par de l'eau du Grand Canal d’Alsace (pompée puis restituée en partie au cours d’eau sans qu’elle soit entrée en contact avec l’eau du circuit secondaire). L’eau du circuit secondaire était ensuite réacheminée vers les générateurs de vapeur pour un nouveau cycle.
La centrale de Fessenheim ne nécessitait donc pas de grande tour aéroréfrigérante.
Principe de fonctionnement d’une tranche nucléaire de la centrale de Fessenheim (© Connaissance des Énergies)
La dernière centrale française à avoir été arrêtée en France
Après sa mise en service, il était prévu d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim durant 40 ans, soit jusqu’à fin 2017. En effectuant des investissements de sûreté sur le site, EDF souhaitait poursuivre cette exploitation au-delà de 40 ans, pour une durée minimale de 50 ans. Les partisans de la prolongation de l’exploitation de Fessenheim s’appuyaient sur le fait que l’Autorité de sûreté nationale (alors l'ASN) avait validé cette prolongation à chacune de ses visites décennales, la dernière d’entre elles ayant été effectuée en 2009/2010 pour le réacteur 1 et en 2011/2012 pour le réacteur 2 de la centrale.
La fermeture de Fessenheim fait partie de l’accord de mandature conclu entre socialistes et écologistes en 2012.
Des investissements de sûreté supplémentaires étaient réclamés par l’ASN (notamment un renforcement du radier(4) et la mise en place d’un système de refroidissement de secours supplémentaire) mais EDF considérait que ceux-ci étaient supportables au regard du coût peu élevé de production de l’électricité par cette centrale.
Au contraire, les partisans de la fermeture de Fessenheim voyaient dans l’arrêt du site une première étape de la sortie du nucléaire. La fermeture de Fessenheim faisait partie de l’accord de mandature conclu entre socialistes et écologistes en 2012. En décembre 2012, François Rol-Tanguy a été nommé délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim.
Le risque sismique est également fréquemment mis en avant par les militants antinucléaires. Dans la région, le dernier séisme de grande envergure a eu lieu en 1356 à Bâle (niveau estimé entre 6,2 et 6,9 sur l’échelle de Richter selon les analyses). La centrale a pour sa part été conçue pour résister à un tremblement de terre de magnitude 6,7 (l’ASN n’a pas jugé que le risque d’une catastrophe naturelle exige une non-prolongation de la centrale). EDF a considéré cette fermeture comme une décision basée sur des motifs politiques.
Les partisans d’une fermeture de Fessenheim ont par ailleurs souligné les risques d’inondation (pouvant être provoquée par une rupture des digues du Grand canal d’Alsace) et les risques d’ordre terroriste.
A date, quinze des réacteurs nucléaires construits en France ont été définitivement arrêtés, dont une partie ne servait qu'à titre de recherche.
Chiffres clés
Production de la centrale nucléaire de Fessenheim : 12,9 TWh en 2015, 8,4 TWh en 2016, 5,8 TWh en 2017, 11,9 TWh en 2018, 12,3 TWh en 2019 et près de 4,8 TWh en 2020, année durant laquelle les deux réacteurs ont été définitivement arrêtés.
Effectif : près de 1 100 personnes étaient employées en permanence sur le site (850 salariés d’EDF et près de 250 salariés permanents d’entreprises extérieures). Lors des arrêts pour maintenance, 600 à 2 000 personnes supplémentaires, issues de sociétés prestataires, travaillaient sur le site.
Retombées fiscales au niveau local : 47,1 millions d’euros en 2016, dont 15,9 millions d'euros au titre de la taxe sur les installations nucléaires, 14,3 millions de redevance voie navigable et 2,1 millions d’euros de taxe foncière.
Investissements moyens dans la centrale (maintenance et amélioration de la sûreté) : 128 millions d’euros en 2016(5).
L'histoire de Fessenheim, de l'ouverture à la fermeture
En 1967, la construction de la centrale nucléaire près de Fessenheim est décidée par le général de Gaulle. A cette époque, les réacteurs nucléaires français en service appartiennent à la filière « graphite-gaz » (avec de l’uranium naturel ou faiblement enrichi comme combustible, du graphite comme modérateur et un gaz - CO2 ou hélium - comme caloporteur).
En 1969, la filière des REP de l’entreprise américaine Westinghouse Electric est choisie pour constituer le nouveau parc électronucléaire français. La construction de la centrale de Fessenheim commence en septembre 1971 (pour le réacteur 1, la construction du réacteur 2 débutant en février 1972). Les deux réacteurs sont connectés au réseau en 1977, respectivement aux mois d’avril et d’octobre.
EDF exploitait la centrale de Fessenheim comme l’ensemble des autres centrales du parc nucléaire français. Elle a été construite par EDF, avec le soutien financier du groupe allemand EnBW (participation de 17,5 %) et d’un consortium de sociétés suisses regroupant Alpiq, Axpo et BKW (participation de 15 %). Ceux-ci continuaient à contribuer aux dépenses d’exploitation et aux investissements sur la centrale. En contrepartie, ils prélevaient un volume d’électricité proportionnel à leurs investissements.
De 1977 à fin 2016, la centrale de Fessenheim a produit près de 412 TWh d’électricité.
La loi sur la transition énergétique, adopté à l'été 2015, prévoit un plafonnement de la puissance du parc nucléaire français (à 63,2 GW) et il est alors fixé comme objectif de fermer Fessenheim lors de la mise en service de l'EPR de Flamanville. Une négociation a porté sur l'indemnisation versée à l'exploitant EDF pour compenser la fermeture de la centrale de Fessenheim. L'État a proposé en mai 2016 une indemnisation de 80 à 100 millions d'euros, très inférieure aux calculs d'EDF et d'experts (qui la chiffrent en milliards d'euros). Une indemnisation d’au moins 490 millions d’euros au bénéfice d’EDF est actuellement prévue pour compenser cette fermeture(6).
En avril 2017, le conseil d'administration d'EDF a adopté une délibération prévoyant le dépôt d'une « demande d'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim » dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville. La délibération entérinait le caractère « irréversible et inéluctable » de la fermeture de la centrale. Cette abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale de Fessenheim a été confirmée par un décret publié dans les jours suivants (décret n° 2017-508 du 8 avril 2017(7)) mais cette mesure restait alors conditionnée à la mise en service de l’EPR de Flamanville (condition abandonnée par la suite, face aux nombreux retards du chantier).
En janvier 2018, Sébastien Lecornu, alors secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, met en place un « comité de pilotage » chargé de préparer la reconversion de la centrale de Fessenheim. De nombreuses options et activités sont évoquées à l'heure actuelle (stockage d'énergie, démantèlement de sites nucléaires, production d'énergies renouvelables, etc.) mais elles restent à concrétiser.
En septembre 2019, la secrétaire d'État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon annonce que l'arrêt des 2 réacteurs de Fessenheim interviendra « en février » et « en juin » 2020. Les deux tranches ont effectivement été définitivement arrêtées le 22 février et le 29 juin 2020.
En octobre 2024, EDF présente un projet d'usine de recyclage de métaux peu radioactifs, dont l'ouverture est projetée pour 2031 et emploierait 200 personnes. L'usine refondrait ces gravats et ferrailles issus du démantèlement ou de l'exploitation d'installations nucléaires ou d'industries classiques utilisant des matériaux naturellement radioactifs pour les transformer en lingots de fonte ou d'acier utilisables normalement. Quant à la partie radioactive, elle partirait dans des installations de traitement des déchets nucléaires.
En mai 2026, le démantèlement complet de la centrale de Fessenheim est validé par le gouvernement par la publication d'un décret au Journal officiel.










