- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les séparatistes de l'Alberta remettent lundi aux autorités les signatures d'une pétition qui ouvrirait la voie à un vote historique à l'automne sur la possible sécession de cette province pétrolière de l'ouest canadien.
Longtemps marginal, le camp indépendantiste dans cette région de cinq millions d'habitants a pris de l'ampleur ces derniers mois et pourrait être en mesure de provoquer le premier vote jamais organisé sur cette question.
Le groupe qui coordonne l'initiative séparatiste, Stay Free Alberta, avait jusqu'à début mai pour recueillir 178.000 signatures.
Un objectif largement atteint, selon eux. "Nous aurons le nombre de signatures requis pour déclencher le référendum, avec une marge confortable", a affirmé à l'AFP le dirigeant du groupe, Mitch Sylvestre, la semaine passée.
Pour marquer les esprits, ils ont prévu lundi de venir en convoi et de faire du bruit dans les rues d'Edmonton, la capitale provinciale, avant que M. Sylvestre ne remette officiellement la pétition aux autorités provinciales.
S'ils restent minoritaires en Alberta, d'après les sondages, les séparatistes atteignent tout de même un niveau d'environ 30%, un record.
Même dans l'hypothèse où ce mouvement venait à perdre le possible référendum, les leaders des deux camps affirment qu'il a déjà fait bouger les lignes.
Ancien vice-Premier ministre de l'Alberta et militant opposé à l'indépendance, Thomas Lukaszuk s'inquiète de cette poussée des séparatistes. Il affirme qu'il ne peut plus regarder le drapeau albertain, accaparé par l'autre camp, comme avant.
"Il représente quelque chose que la plupart d'entre nous, Albertains et Canadiens, ne soutenons pas. C'est une forme de trahison", a expliqué à l'AFP M. Lukaszuk devant le parlement provincial.
Il reconnaît toutefois que certains séparatistes ont des griefs légitimes auxquels Ottawa devrait tenter de répondre, notamment la stigmatisation d'une industrie pétrolière qui demeure une source essentielle de revenus dans la province.
- Influence de l'administration Trump -
À la tête de la campagne "Alberta Forever Canadian", M. Lukaszuk affirme que le mouvement séparatiste actuel a été encouragé par la Première ministre conservatrice Danielle Smith, qui a cherché à resserrer les liens avec le président américain Donald Trump.
Selon lui, un appui tacite de Washington, notamment à travers plusieurs rencontres au département d'État, a également joué un rôle.
"Les séparatistes ne sont pas des élus. Ce sont de simples citoyens canadiens vivant en Alberta, et ils ont pourtant été reçus aux plus hauts niveaux de l'administration américaine. Cela doit être extrêmement valorisant pour eux", a-t-il ajouté.
En janvier, le ministre américain des Finances Scott Bessent avait semblé apporter son soutien à l'idée d'une Alberta indépendante parlant d'un "partenaire naturel pour les Etats-Unis", comme s'il s'agissait d'un pays à part entière.
L'Alberta a rejoint la confédération canadienne en 1905 et les ressentiments envers les dirigeants politiques de l'Est, en Ontario et au Québec, ont alimenté des mouvements séparatistes marginaux à divers moments du siècle dernier.
Mais le séparatisme a réellement pris de l'ampleur en réaction au Programme énergétique national de 1980 de l'ancien Premier ministre Pierre-Elliott Trudeau, qui renforçait le contrôle d'Ottawa sur l'industrie pétrolière.
Pour contrer les chocs pétroliers des années 1970, le gouvernement avait alors mis en place un contrôle des prix pour les ventes de pétrole sur le marché intérieur et de nouveaux impôts permettant à Ottawa de tirer davantage de revenus du pétrole albertain.
Depuis, le mouvement s'est enraciné plus profondément, estime Michael Wagner, historien indépendant et partisan de longue date de l'indépendance de l'Alberta.
"Même si nous perdons le référendum, le mouvement ne va pas disparaître comme par magie", a-t-il déclaré à l'AFP, parlant lui aussi d'un changement profond en cours dans la province et au Canada.
M. Lukaszuk, qui s'est installé enfant au Canada avec sa famille fuyant la Pologne communiste, dit avoir du mal à reconnaître sa province: "Les voisins ne se parlent plus, les membres d'une même famille ne se parlent plus".
Il affirme n'avoir "jamais vu cette province aussi divisée qu'aujourd'hui".