Au nord de New York, une ferme tente de s'adapter à la flambée des prix du carburant

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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A une heure de voiture au nord de Manhattan, les serres de la ferme Cropsey à New City voient sortir les premières feuilles de roquette, chou kale et épinards. Mais l'obsession du moment de l'agricultrice qui la dirige est ailleurs: l'explosion des prix des carburants.

Chaque année, Sue Ferreri prévoit dans son budget une hausse de 10% de ses coûts de production, une "marge de sécurité", dit-elle à l'AFP. "Mais là on est bien au?dessus, plutôt entre 20 et 25 %. Et c'est surtout à cause du coût du carburant", souffle-t-elle.

L'offensive israélo-américaine lancée le 28 février sur l'Iran et ses conséquences sur la navigation dans le détroit d'Ormuz ont fait flamber les cours des hydrocarbures. Mercredi, le gallon (3,78 litres) de diesel, carburant le plus utilisé à la ferme, a atteint jusqu'à 5,7 dollars, contre 3,7 dollars en février.

Dans cette exploitation agricole, le pétrole est essentiel à toute la chaîne de production: chauffer la serre avec un système au propane, irriguer les jeunes plans qui y poussent avec des pompes au diesel, pulvériser les engrais, labourer la terre...

"Même les coûts de livraison en général ont grimpé. Avant, c'était souvent quelques dollars. Maintenant, pour commander un petit outil, c'est parfois des prix hallucinants", poursuit Sue Ferreri, âgée de 42 ans.

- "Coupe-laitue manuel" -

Sur dix hectares de cette zone résidentielle plutôt aisée du comté de Rockland, dans l'Etat de New York, huit personnes font pousser en agriculture raisonnée des fleurs, légumes et fruits. Quelques restaurateurs comptent parmi les clients mais l'essentiel des ventes se fait sur place, dans une jolie grange restaurée du 18e siècle.

Propriété de la ville et du comté, qui s'en servent à des fins de préservation du patrimoine agricole et de promotion de la production locale, la ferme Cropsey, déjà touchée par la hausse des prix des carburants consécutive à la guerre en Ukraine, avait commencé à adapter ses méthodes avant le conflit au Moyen-Orient.

Désormais, elle accélère le mouvement.

"On est passés à des équipements plus petits, parce qu'ils sont plus économes en carburant tout en restant capables de faire ce dont on a besoin", raconte Jonah Monahan, chef mécanicien de 22 ans, en T-shirt malgré le froid qui continue de dominer le printemps.

Un quad agricole et un motoculteur à deux roues ont ainsi fait leur apparition sur la propriété, bien moins énergivores que le tracteur.

"Pour les grosses tâches, on a quand même besoin du tracteur principal, qui devient coûteux, donc on essaie simplement de le faire tourner de manière optimale", poursuit le jeune employé.

Dans une autre serre, deux femmes sortent de terre des plans de tulipes, avec leurs bulbes. Ils vont ensuite rejoindre un hangar réfrigéré en attendant leur vente. Pour les transporter, elles utilisent un charriot roulant tiré à la main, préféré au quad.

Tout est fait pour traquer les coûts liés au carburant, comme ce "coupe-laitue manuel" qui a remplacé celui fonctionnant à l'essence.

- Adaptabilité -

"Au-delà des outils, nous adoptons aussi des pratiques agricoles plus régénératives", raconte Sue Ferreri, qui explique "labourer plus profondément le sol" et "optimiser l'espace au maximum" en enchaînant les cultures ou en associant certaines plantes.

Les rapides ajustements faits à Cropsey, propres à une petite exploitation, n'ont pas encore été observés à l'échelle des grosses fermes, juge Ben Brown, chercheur spécialisé dans l'agriculture à l'Université du Missouri.

"Pour le moment, la plupart des fermes se contentent de subir la hausse des prix et de trouver comment la gérer financièrement", dit-il à l'AFP. "Cependant, si les prix élevés des carburants venaient à se maintenir, on s'attendrait à ce que les producteurs réaffectent une partie de leurs terres à des cultures moins dépendantes de l'énergie."

L'agricultrice voit-elle dans l'annonce d'une trêve entre Washington et Téhéran la possibilité d'un retour à des tarifs plus abordables?

"Ça donne de l'espoir", répond Sue Ferreri, sans toutefois faire preuve d'un franc optimisme. "En tant qu'agriculteur, on ne peut pas compter sur la météo: il faut juste anticiper le pire et espérer le meilleur", ajoute-t-elle dans une analogie.

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