Automobile, nucléaire, charbon : pourquoi Berlin peine à accoucher d'un plan climat

  • Connaissance des Énergies avec AFP
  • parue le

Malgré l'image "verte" qu'elle cultive à l'étranger, l'Allemagne débat depuis des mois du plan climat attendu vendredi, alors qu'elle est déjà assurée de manquer ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre pour 2020.

Pourquoi ce pays, aux caisses publiques pleines et à l'électorat attaché aux questions environnementales, peine-t-il à décarboner son économie ?

Chères automobiles

Centrale dans la prospérité allemande, l'automobile est à la fois un fleuron industriel à l'export, la source de plus de 800 000 emplois et un moyen de déplacement privilégié.

Le gouvernement allemand, après avoir longtemps ferraillé à Bruxelles pour limiter les normes d'émission imposées à Volkswagen, Daimler ou BMW, demeure réticent à programmer toute sortie des moteurs à combustion préjudiciable à ses constructeurs, malgré le scandale mondial du "dieselgate".

Plus largement, Berlin ménage ouvertement les intérêts des automobilistes. Le gouvernement a saboté l'an dernier les interdictions de circulation pour les vieux diesel prononcées par la justice dans certains centre-villes, en refusant d'adopter un système de vignette pour contrôler les véhicules.

Au printemps, le ministre conservateur des Transports a torpillé le projet d'une limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, pourtant porté par sa collègue de l'Environnement pour réduire sans dépenser un sou la pollution et la mortalité routières.

Adieu au nucléaire

La chancelière Angela Merkel a pris en 2011 l'une de ses décisions les plus spectaculaires en programmant l'abandon de l'énergie nucléaire d'ici 2022, dans la foulée de la catastrophe de Fukushima. Si ce choix a reçu une large approbation, dans un pays doté depuis les années 1970 d'un puissant mouvement antinucléaire, il a bouleversé l'approvisionnement de son économie très gourmande en énergie.

L'Allemagne a certes développé les énergies renouvelables - éolien, solaire, biomasse et hydroélectrique -, passées à 38% de sa consommation d'électricité, et prévoit de porter leur part à 65% d'ici 2030. Mais leur production est intermittente, leur stockage coûteux et peu efficace, et il faut transporter la production électrique du Nord balayé par les vents et semé d'éoliennes jusqu'au Sud-Ouest, centre de gravité de l'économie allemande.

Le pays doit donc importer du gaz russe et n'a pu réduire pendant des années sa dépendance au charbon, énergie bon marché et très polluante, rasant des villages entiers pour agrandir ses vastes mines de lignite à ciel ouvert.

Charbon politiquement miné

Après des mois de consultation, Berlin a décidé en début d'année de sortir du charbon avant 2038, et doit désormais programmer la fermeture des mines et des centrales, ainsi que la reconversion des zones minières. Or, même si le gouvernement a décidé mi-mai de débloquer 40 milliards d'euros pour soutenir les quatre États-régions concernés, la tâche s'annonce socialement et politiquement explosive.

Certes, l'industrie du charbon - mines et centrales, houille et lignite confondus - a vu ses effectifs fondre de près de 100 000 postes depuis 2000 et ne représentait plus que 30.000 emplois en 2016, cinq fois moins que le secteur éolien, selon le site spécialisé Strom Report.

Mais ces postes sont concentrés dans des régions déjà frappées par le déclin de la sidérurgie rhénane, à l'Ouest, ou par l'effondrement de l'industrie est-allemande, non loin de la frontière polonaise. En ex-RDA, le bassin minier est de surcroît devenu un bastion de l'extrême droite: début septembre, le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) a d'ailleurs enregistré une forte poussée lors d'élections régionales dans le Brandebourg et la Saxe, un avertissement pour la fragile coalition d'Angela Merkel.

Commentaires

Bruno Lalouette
C'est le CO2 qui peut sauver l'automobile allemande! Ou plus exactement, la transformation du CO2 associé à de l'hydrogène pour en faire du méthane carburant et de l'éthanol! L'Islande le fait avec les vapeurs géothermiques, l'Allemagne peut le faire avec son charbon! C'est le meilleur moyen de stocker les surplus d'électricité à un moment "T" et d'équilibrer l'offre et la demande! Si l'Allemagne fait le choix du véhicule nucléaire au lithium, elle va détruire son économie! Cela devrait être le programme énergétique de l'AFD, permettant ainsi de réduire la dépendance aux énergies importées, tout en verdissant les carburants et supprimant les rejets de CO2 des usines alimentées par du charbon! https://anr.fr/Projet-ANR-11-EMMA-0048 https://www.hisour.com/fr/methanol-economy-41192/
Charentas
Le solaire est intermittent, pas l'éolien du moins au niveau d'un pays. Il suffit de consulter le site Eco2mix de RTE. 24h sur 24 en France, il y a production d'électricité éolienne. La production est fluctuante, non intermittente. https://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique
Lecteur 92
L'exemple allemand est "emblématique" (comme disent les journalistes aujourd'hui) de la question de la bonne politique énergétique ET climatique du moment. La plupart de nos pays possèdent aujourd'hui l'outil technologique et industriel qui pourrait sur le papier régler pour l'essentiel le problème et concilier développement de l'énergie (électrique seulement, soit env. 1/4 des besoins en énergie, mais en progression) et gestion du problème climatique: le nucléaire civil. C'est le social (ici, la protection de régions charbonnières et de ses populations) et la politique (se concilier les écolo auto-proclamés qui sont en Allemagne comme chez nous anti-nucléaires) qui interdisent ou limitent le recours au nucléaire. Nos sociétés restent bien fragiles en ce qu'elles ne peuvent recourir aux moyens qu'elles ont développé pour résoudre leurs problèmes. Tabous, totems, préventions et évitements justifiés d'inégalités sociales et régionales se mêlent pour rendre plus difficile la recherche de solutions simples. Pauvre Allemagne, elle aura du mal à sortir de l'ornière qui n'a de "verte" que dans les documents de propagande. Le "progrès" n'est pas et ne sera jamais linéaire.
Point
L'Allemagne n'est vraiment pas l'exemple à suivre pour la France et c'est pourtant ce qu'ont décidé nos politiques en réduisant l'énergie electronucleaire à 50% d'ici 2035 alors que nos centrales pourraient fonctionner encore 10 à 20 ans de plus, comme l'ont décidé les USA. Pourquoi avoir décidé de fermer Fessenheim alors que la centrale de Beznau, en Suisse, est bien plus vieille ? L'abandon progressif du nucléaire nous obligera à recourir au gaz russe avec les rejets de CO2 associés, abandonnant ainsi notre indépendance énergétique... La France doit retrouver son bon sens en ne suivant pas le mauvais exemple allemand.
Point
L'Allemagne n'est vraiment pas l'exemple à suivre pour la France et c'est pourtant ce qu'ont décidé nos politiques en réduisant l'énergie electronucleaire à 50% d'ici 2035 alors que nos centrales pourraient fonctionner encore 10 à 20 ans de plus, comme l'ont décidé les USA. Pourquoi avoir décidé de fermer Fessenheim alors que la centrale de Beznau, en Suisse, est bien plus vieille ? L'abandon progressif du nucléaire nous obligera à recourir au gaz russe avec les rejets de CO2 associés, abandonnant ainsi notre indépendance énergétique... La France doit retrouver son bon sens en ne suivant pas le mauvais exemple allemand.
MAES Bernard
L'Allemagne est la championne de l'exportation des mauvaises idées. Arrêter le nucléaire prématurément c'est stupide et d'autres pays ont suivi. Proposer des voitures sophistiquées qui vont vite c'est stupide et criminel Faire des grosses voitures électriques Porche ou Mercedes c'est contre productif, vive la Zoé et la Twizy ! Les éoliennes ça ne marche pas. Elles sont trop souvent arrêtées Et le bouquet c'est le charbon !

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