- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les Etats-Unis ont autorisé mercredi la principale compagnie pétrolière serbe NIS, contrôlée par la Russie et visée par les sanctions américaines, à reprendre ses activités, notamment le raffinage du brut, pendant trois semaines, en attendant un éventuel aboutissement des négociations par Moscou de la vente de ses parts exigée par Washington.
Les autorités serbes ont annoncé dans la soirée avec soulagement cette nouvelle car l'Etat a été obligé à puiser dans ses réserves pétrolières pour approvisionner le marché, à défaut de la production locale de dérivés pétroliers.
Après neuf mois de reports successifs, Washington a imposé le 9 octobre des sanctions à NIS, contrôlée à 56% par des sociétés russes - Gazprom Neft et Intelligence, dans le cadre des sanctions plus vastes contre le secteur énergétique russe, face au refus de la Russie de mettre fin à la guerre en Ukraine.
Sa raffinerie, à Pancevo, près de Belgrade, qui approvisionne environ 80% du marché serbe, a été obligée d'interrompre sa production début décembre, à défaut du brut.
Une situation très compliquée pour la Serbie, candidate à l'adhésion à l'Union européenne et en même temps l'un des rares pays du continent à ne pas avoir imposé de sanctions à la Russie.
"La société NIS a obtenu une licence de l'OFAC américain (le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain, NDLR) lui permettant de poursuivre ses activités jusqu'au 23 janvier. Cela signifie que la raffinerie de Pancevo pourra, après 36 jours, recommencer à fonctionner", a annoncé la ministre serbe de l'Energie, Dubravka Djedovic Handanovic, sur Instagram.
"Nous avons réussi ce qui semblait presque impossible. Nous protégerons notre sécurité énergétique, comme nous l'avons fait jusqu'à présent", a ajouté la ministre.
La compagnie est cruciale pour l'économie locale, mais aussi pour les finances de l'Etat. Avec ses quelque 13.500 employés, NIS a contribué en 2024 à hauteur de plus de 2 milliards d'euros aux revenus de l'Etat serbe, soit près de 12% du budget national, selon le rapport annuel de l'entreprise.
Peu avant l'annonce faite par la ministre, le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé sur les réseaux sociaux qu'il serait en mesure d'annoncer prochainement "de nouvelles (...) extraordinaires". "Nous avons travaillé dur, nous l'avons mérité", a poursuivi le chef de l'Etat, sans davantage de détails.
- Négociations avec MOL -
Les Etats-Unis exigent que les entreprises russes sortent totalement du capital du NIS. La Serbie a vendu en 2008 un paquet majoritaire des parts de NIS à Gazprom pour 400 millions d'euros. Gazprom y a depuis investi plusieurs milliards d'euros, notamment dans la modernisation de la raffinerie.
Le gouvernement serbe contrôle près de 30% des actions du NIS et les actionnaires minoritaires environ 14%.
Selon Belgrade, la Russie - un allié important de la Serbie et qui lui fournit aussi le gaz naturel - est en train de négocier la vente de ses parts. En même temps, les autorités serbes, qui exprimaient ces derniers temps une certaine déception à cause de la politique russe dans ce dossier, ont donné à Moscou jusqu'au 15 janvier pour y parvenir.
En cas d'échec, le président serbe avait évoqué la mise en place d'une nouvelle direction dans la compagnie et une offre d'achat qu'il entend soumettre à Moscou. Il a écarté une pure et simple nationalisation du NIS, proposée par certains ministres.
Selon la télévision nationale serbe (RTS), cette décision de Washington intervient à la suite des discussions menées plus tôt dans la journée par M. Vucic avec des représentants de l'OFAC, du Département d'Etat américain, ainsi qu'avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, un autre proche allié de la Serbie.
Toujours selon la RTS, des négociations seraient en cours avec la compagnie hongroise MOL, qui pourrait reprendre les parts russes dans la société pétrolière serbe.
Parallèlement, l'opérateur croate d'oléoducs Janaf, qui avait cessé de fournir le brut à la raffinerie de Pancevo à cause des sanctions, a également annoncé avoir été informé par l'OFAC à propos de la licence.
Cette décision "permet de poursuivre la mise en euvre de notre accord (avec NIS, NDLR) sur le transport du pétrole" jusqu'au 23 janvier, a indiqué la compagnie croate dans un communiqué.
Les deux compagnies ont un contrat sur le transport du brut valable jusqu'à la fin 2026, pour une capacité totale de 10 millions de tonnes.
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