Bombardé, l'Iran réplique et menace les Etats-Unis et Israël d'attaques "dévastatrices"

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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De nouvelles attaques ont secoué l'Iran jeudi dans la foulée des menaces de bombardements massifs du président américain Donald Trump, Téhéran promettant en retour des attaques "dévastatrices" contre les Etats-Unis et Israël.

Après plus d'un mois de conflit et des milliers de morts au Moyen-Orient, "nous sommes au bord d'une guerre plus large (...) avec des impacts dramatiques à travers la planète", s'est alarmé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

En pleine Pâque juive, Israël a dit avoir essuyé des tirs venus d'Iran et de son allié libanais le Hezbollah, ainsi que du Yémen, pays abritant des rebelles houthis pro-iraniens.

Les Emirats arabes unis ont fait face à des drones et missiles iraniens, selon les autorités. Et à Bagdad, une attaque de drone a visé un centre logistique américain, d'après deux sources sécuritaires irakiennes.

L'armée iranienne avait promis des opérations "dévastatrices" et l'"humiliation" de ses ennemis, en réaction à un discours de Donald Trump prévoyant encore "deux à trois" semaines de frappes pour renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre".

L'allocution du président des Etats-Unis a douché tout espoir de désescalade rapide, alors que la guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, déstabilise l'économie mondiale, du fait du blocage du détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole du Golfe.

- Chicha malgré les frappes -

A Téhéran, des frappes ont fait trembler plusieurs quartiers et l'Institut Pasteur a été endommagé.

Un pont à Karaj, près de la capitale, a été attaqué à deux reprises, selon la télévision d'Etat iranienne. Applaudissant la destruction de cette infrastructure, Donald Trump a appelé Téhéran à conclure un accord "avant qu'il ne soit trop tard", sans plus de détails.

Des frappes ont également visé l'aéroport de Machhad (nord-est) et les deux plus grandes aciéries iraniennes ont annoncé cesser leurs activités en raison d'attaques.

Malgré tout, des Téhéranais ont profité du dernier jour des festivités de Norouz, le Nouvel an persan, en se retrouvant au parc Mellat pour un barbecue ou fumer une chicha.

"J'espère que Dieu donnera chaque jour de la force à nos soldats (...) Ils ne laisseront pas Trump faire", dit à l'AFP Parastou Safiani, 28 ans.

- "Impuissants" -

Sur le front économique, les propos belliqueux de Donald Trump ont fait repartir à la hausse les prix du pétrole, faute d'espoir de réouverture prochaine du détroit d'Ormuz.

Une quarantaine de pays ont toutefois appelé jeudi à sa "réouverture immédiate et inconditionnelle", accusant l'Iran de vouloir "prendre en otage l'économie mondiale". Téhéran a de son côté annoncé travailler à un "protocole" avec Oman pour assurer "en temps de paix" la sécurité de navigation dans le détroit.

Ce passage maritime voit d'ordinaire transiter 20% du brut mondial et la hausse des cours du pétrole nourrit la crainte d'une spirale inflationniste mondiale.

Les répercussions économiques du conflit se font sentir dans de nombreux pays.

Au Bhoutan, dans l'Himalaya, malgré des subventions, les prix à la pompe ont ainsi augmenté de plus de 60%. "Nous sommes impuissants", constate Karma Kalden, 40 ans.

En Irak, les recettes pétrolières ont chuté de plus de 70% en mars par rapport à février, et le pays a commencé à exporter du pétrole jeudi par camion via l'instable Syrie.

Le commerce des engrais souffre aussi du blocage d'Ormuz, de quoi peser sur la sécurité alimentaire de populations entières. L'Italie a appelé à un "corridor humanitaire" pour ces marchandises.

Si de rares navires passent encore le détroit avec l'aval de Téhéran, le trafic y a chuté de 93% par rapport à la situation en temps de paix, selon la société d'analyse maritime Kpler.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman, pays de la région très dépendants de leurs exportations d'hydrocarbures, ont eux appelé jeudi le Conseil de sécurité de l'ONU à autoriser l'usage de la force dans le détroit.

Mais des sources diplomatiques notent que Moscou, Pékin et Paris, détenteurs d'un droit de veto, ont de fortes objections. Le président français Emmanuel Macron a déjà jugé "irréaliste" l'option militaire.

- "Perspectives très alarmantes" -

Pékin, qui qualifie les attaques américano-israéliennes de "cause première" du blocage, a appelé à des pourparlers "au plus vite". Le président russe Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ont aussi réclamé d'"intensifier les efforts" pour faire taire les armes.

Au Liban, la guerre entre le Hezbollah pro-iranien et Israël a fait plus de 1.300 morts et plus d'un million de déplacés, fuyant les ordres d'évacuation et les bombardements de l'armée israélienne, selon les autorités.

les perspectives pour le Liban en cas de déplacements massifs prolongés d'une partie de la population sont "très alarmantes", s'est inquiétée la directrice générale de l'Organisation internationale pour les migrations, Amy Pope, tandis que 18 pays européens ont exhorté Israël et le Hezbollah à cesser les combats.

burx-alf/am/cab

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