Brésil: dernière étape avant la privatisation d'Eletrobras

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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La Chambre des députés brésilienne doit voter à partir de ce lundi un projet de privatisation d'Eletrobras, première compagnie d'électricité d'Amérique latine, un volet important du programme de désengagement de l'Etat du président Jair Bolsonaro.

Cette privatisation doit se faire par le biais de l'émission de nouvelles actions afin de faire baisser la participation de l'Etat au capital de l'entreprise de 51,8% à 45%.

Même si l'Etat perdra le contrôle du groupe créé en 1962, l'une des quatre plus grandes entreprises étatiques du Brésil, il conservera une "golden share" pour les questions stratégiques.

Les députés avaient déjà approuvé le mois dernier le projet mais sont obligés de se prononcer de nouveau après que le Sénat y a apporté des modifications, comme une hausse de la part de la production énergétique devant provenir de centrales thermiques.

Le gouvernement espère réaliser cette privatisation au début de 2022 et engranger 60 milliards de réais (9,98 milliards d'euros).

Mais avant cela, le barrage d'Itaipu et les centrales nucléaires d'Eletronuclear, qui doivent être gérés par l'Etat aux termes de la Constitution, auront été détachés du groupe Eletrobras.

Le processus de privatisation a été enclenché par une ordonnance du 23 février qui a une validité de seulement quatre mois. Ainsi, si les députés n'approuvaient pas avant mardi 22 juin à minuit le projet, le gouvernement ne pourrait plus relancer cette privatisation qu'en 2022, une perspective compliquée pour une année électorale.

Les députés doivent se réunir ce lundi en séance extraordinaire à partir de 15H00 locales (18H00 GMT) pour procéder au vote.

Pour Jair Bolsonaro, "sans (cette) privatisation, le système énergétique au Brésil se retrouvera en plein chaos".

Les investisseurs s'attendent à voir approuvée la privatisation du groupe qui fournit quasiment un tiers de l'électricité de la première puissance économique d'Amérique latine.

Les actions Eletrobras ont progressé vendredi dernier en cours de séance de 10% après l'approbation du Sénat, et de plus de 35% depuis le début de l'année dans la perspective de la privatisation.

L'opposition s'inquiète toutefois de voir la perte du contrôle de l'Etat se traduire par une hausse des prix de l'électricité et représenter "une menace à la souveraineté nationale".

Mais le ministre ultra-libéral de l'Economie, Paulo Guedes, a assuré que l'opération permettrait de réduire de jusqu'à 7,4% la facture d'électricité des foyers et entreprises.

- Pénuries d'électricité -

Ces débats interviennent à un moment où le Brésil est aux prises avec une grave sécheresse et des pénuries d'électricité.

L'énergie électrique est produite dans le pays à 85% par des centrales hydroélectriques. Eletrobras en possède une cinquantaine. Le groupe a produit en 2019 quelque 185 millions de MWh.

Même si l'entreprise a été bénéficiaire ces dernières années, elle manque de réserves financières pour rester compétitive.

"La capitalisation est fondamentale pour que l'entreprise récupère une capacité à investir", a déclaré la semaine dernière son président, Rodrigo Limp.

Pour Adriano Pires, directeur du Centre brésilien d'Infrastructure (CBIE), la privatisation va permettre à Eletrobras d'obtenir des ressources pour "revitaliser les bassins hydrographiques" et faire face au changement climatique.

"Il devient de plus en plus clair que l'eau va devenir l'une des ressources les plus onéreuses de la planète Terre", a dit M. Pires à l'AFP.

En dépit du retard pris en raison de la crise du coronavirus, le gouvernement de Jair Bolsonaro espère mener à bien une centaine de privatisations, pour un montant de 445,6 milliards de réais (environ 74 milliards d'euros) qui renflouera des coffres bien vides.

Brasilia a récemment réalisé de fructueuses enchères de concessions d'une vingtaine d'aéroports, de terminaux portuaires et de la compagnie des eaux de Rio de Janeiro.

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