- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les automobilistes vont-ils payer moins cher leur carburant à la pompe ? La promesse de plusieurs distributeurs d'alléger la facture des Français a déjà du plomb dans l'aile jeudi matin avec la nouvelle remontée des cours du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Pas de « baguette magique »
"Je ne connais pas (...) cette baguette magique qui permettrait de baisser les prix", a souligné jeudi matin l'un des représentants des distributeurs de carburants, reçus à Bercy.
La réunion, qui a duré moins d'une heure, n'a débouché sur "aucune décision" sur un éventuel encadrement des prix, a déclaré Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces).
Les ministres de l'Économie et du Commerce, Roland Lescure et Serge Papin, et la ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ne se sont pas exprimés. "Ce que je souhaite, c'est qu'on puisse ensemble faire en sorte que l'impact de ce conflit intense soit aussi limité que possible (...) pour nos concitoyennes et nos concitoyens", avait déclaré en préambule Roland Lescure.
L'entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu avait évoqué mercredi la possibilité de procéder à un "plafonnement des marges" ou d'avoir recours à des mécanismes permettant de "lisser les hausses et les baisses" des prix des carburants.
Un lissage des prix difficile
Le lissage des prix, "il faut savoir le faire et savoir le faire très rapidement, (...) ce n'est pas facile (...) parce que les marchés réagissent d'un jour à l'autre", a souligné sur TF1 Frédéric Plan, conseiller national de la Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffage (FF3C).
Quant au plafonnement des marges, il serait "parfaitement inéquitable", selon lui, d'appliquer un même niveau de blocage pour tous les distributeurs car la marge "ne peut pas être la même" entre les stations de la grande distribution et "les stations du réseau secondaire (qui) font dix fois moins de volume".
La réunion se tient sur fond de nouvelle remontée des cours du pétrole: après avoir chuté mardi, en réaction aux déclarations de Donald Trump affirmant que la guerre en Iran était "quasiment" finie, le prix du baril a de nouveau franchi jeudi le seuil symbolique de 100 dollars, toujours affecté par la fermeture du détroit d'Ormuz, axe névralgique pour le transport d'hydrocarbures.
Et ce, malgré l'annonce du déblocage d'ampleur "historique" de stocks stratégiques d'or noir par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Vers 11:30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, s'affichait en hausse de 5,7% à 97,19 dollars.
Côté prix à la pompe, le litre de SP95-E10 coûtait jeudi 1,871 euro/l en moyenne selon un calcul réalisé par l'AFP à partir des données communiquées au gouvernement par 7 524 stations-service. Le SP98 coûtait 1,964 euro/l en moyenne sur 8 053 stations, et le diesel 2,032 euros/l en moyenne sur 9 535 stations.
Le monde agricole, également reçu jeudi matin par Maud Bregeon et la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, est aussi confronté à l'envolée du prix du gazole non routier, utilisé dans les tracteurs.
« Yoyo » des prix et engagements
En amont de la réunion, TotalEnergies a annoncé le maintien de son plafonnement du prix de l'essence à 1,99 euro le litre dans ses stations-service, mais relevé ce plafond à 2,09 euros pour le gazole.
Mercredi, le PDG de Coopérative U Dominique Schelcher s'est dit "tributaire" des variations des cours des produits raffinés, quand la "marge de distribution (...) n'a jamais été aussi faible que dans la période". Il a néanmoins assuré que "les prix des carburants (allaient) baisser nettement à la pompe dans les prochains jours".
Michel-Edouard Leclerc avait lui anticipé "à peu près 30 centimes de baisse par litre" de carburant à la pompe d'ici à vendredi, tout en prévenant que les prix allaient encore "faire du yoyo". "Je ne connais pas la recette magique de Michel-Edouard Leclerc pour faire 30 centimes (...) Nous, on est soumis à l'économie de marché", a déclaré Francis Pousse, craignant pour les stations, notamment rurales, qu'il représente.
