- Connaissance des Énergies avec AFP
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Un projet d'accord des Etats-Unis avec la Zambie en matière de santé, révélé mardi, lève le voile sur les coupes dans les aides américaines ainsi que les contreparties en matière de ressources naturelles et données demandées par Washington qui multiplie ces transactions avec le continent africain.
Plus d'une douzaine de pays ont paraphé des contrats de ce type, dont le Rwanda, l'Ouganda, le Lesotho et l'Eswatini ces derniers mois.
Au Kenya, l'accord a été en partie suspendu après deux recours, notamment d'un sénateur, contestant le partage de données. Quant au Zimbabwe, il a annoncé le mois dernier rompre les négociations.
Partagé par l'ONG Health Gap, le protocole d'accord prévoit pour 2026 un investissement de 320 millions de dollars dans le système de santé zambien, fragilisé par les coupes drastiques dans les aides américaines.
Toutefois ce montant doit diminuer chaque année pour atteindre 112 millions de dollars en 2030, selon le document. A titre de comparaison, Lusaka avait reçu plus de 400 millions dollars d'aides de Washington dans le secteur de la santé en 2024, d'après le site ForeignAssistance.gov.
Par ailleurs, le texte prévoit que l'accord soit "immédiatement suspendu, si les participants ne parviennent pas à s'entendre avant le 1er avril 2026" ou sur la "mise en oeuvre d'un accord bilatéral".
Washington multiplie ces derniers depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Son administration "envisage de +réduire considérablement l'aide+ dès le mois de mai, afin d'accroître la pression sur la Zambie, selon un mémo du département d'Etat rapporté lundi par le New York Times.
La Zambie se trouve être le deuxième producteur de cuivre d'Afrique, derrière la République démocratique du Congo, et le huitième au monde, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS). Un métal indispensable aux réseaux électriques, centres de données et véhicules électriques.
Contactés par l'AFP, le département d'Etat américain et le ministère zambien de la Santé n'ont ni confirmé ni infirmé l'authenticité du document.
Ce dernier impose des réformes et investissements dans le système de santé zambien sous peine de moindre soutien financier américain.
"L'aide étrangère américaine n'est pas de la charité, mais un capital stratégique qui doit être investi judicieusement pour servir les intérêts des États-Unis", a déclaré à l'AFP un porte-parole du département d'Etat.
L'ambassade américaine avait d'ailleurs parfaitement assumé la nature transactionnelle de l'accord en le liant à une "contrepartie en matière de collaboration dans le secteur minier" début décembre dans un communiqué.
La signature, annoncée pour décembre, se fait encore attendre et pourrait devenir un enjeu de campagne à cinq mois des élections générales zambiennes.
- Compétition avec la Chine -
Comme au Kenya, le projet d'accord prévoit qu'"un partage de données s'applique pendant dix ans", l'annexe supposée préciser lesquelles est "en cours d'élaboration" dans le document ayant fuité.
"Les craintes sont que le partage de ces données ne menace la vie privée et la souveraineté nationale. La mauvaise gestion des données de santé expose les citoyens à des risques de chantage, de discrimination", estime auprès de l'AFP la chercheuse en santé publique Bupe Kabamba. "La Zambie a encore besoin de soutien. Mais cette aide doit être collaborative et réciproque".
Le cas de ce pays d'Afrique australe est symbolique de la course que se livrent la Chine et les Etats-Unis pour les ressources du continent.
Les acteurs chinois y dominent le paysage depuis longtemps avec des participations majeures dans des mines et des fonderies clés.
"Les réformes sont essentielles pour garantir que la valeur des richesses minérales de la Zambie profite au peuple zambien, et non à des acteurs extérieurs prédateurs", a d'ailleurs précisé le porte-parole du département d'Etat.
Située entre d'un côté le couloir de Lobito modernisé par Washington qui donne sur l'Atlantique et la ligne Tazara rénovée par Pékin qui atteint l'océan Indien, la position géographique de la Zambie alimente la compétition entre les deux superpuissances.
En plus de ses vastes réserves de cuivre, Lusaka dispose d'un certain potentiel en cobalt, nickel et manganèse, autant de matières premières stratégiques aiguisant les appétits.
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