Crise énergétique: des entreprises privées cubaines tentent d'importer du carburant

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Face à la très grave crise énergétique provoquée par les sanctions de Washington, des entreprises privées à Cuba tentent d'importer directement du carburant après que le gouvernement a accepté de mettre fin à son monopole en la matière.

La vente d'essence drastiquement rationnée

La crise du carburant, déjà chronique en raison du manque de devises du gouvernement communiste, s'est fortement aggravée depuis l'arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien et des menaces de Washington de frapper de droits de douane tout pays lui vendant du pétrole.

Sur l'île de 9,6 millions d'habitants, la vente de diesel est désormais suspendue et celle d'essence est drastiquement rationnée. "Nous avons acheté un isotank", un conteneur utilisé pour transporter du diesel "par l'intermédiaire d'une entreprise publique d'importation" et "ils doivent me le livrer cette semaine", a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, le propriétaire d'une entreprise privée qui prévoit d'importer près de 25 000 litres de diesel depuis les États-Unis.

Cette opération est réalisée sous une "licence bis" émise par le Bureau américain du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), dépendant du Trésor, qui permet aux entrepreneurs privés de l'île d'importer certains produits, y compris du carburant.

Un impact sur les groupes électrogènes

Une source proche du dossier a confirmé à l'AFP que des entrepreneurs privés cubains cherchaient également à importer du diesel depuis des pays voisins de Cuba ou d'autres pays européens.

Ce type de licence de l'OFAC a été accordé il y a plusieurs années, mais le gouvernement cubain n'a autorisé l'importation privée de carburant que tout récemment face à la gravité de la crise.

Car si le brut produit à Cuba permet d'alimenter les centrales électriques du pays, l'île est totalement dépendante de ses importations pour le diesel et le GPL.

"Le diesel a un impact sur la production (d'électricité) décentralisée à travers les groupes électrogènes", mais aussi sur "le transport, l'agriculture et le secteur hydraulique", rappelle à l'AFP Jorge Piñón, chercheur à l'Institut de l'énergie à l'université du Texas.

Contrôle de sécurité

Début février, lors de l'annonce d'une batterie de mesures d'urgence pour économiser l'électricité et le carburant, le vice-Premier ministre Oscar Pérez-Oliva a aussi évoqué, sans plus de détails, une nouvelle disposition pour que "toute entreprise ayant la possibilité d'acquérir du carburant puisse en acheter".

L'entrepreneur interrogé par l'AFP a précisé que les autorités ne lui ont "pas fixé de limites" pour l'achat de carburant", mais qu'il ne peut pas le vendre à des tiers. Même si le risque de fuite vers le marché noir est réel.

La vente de carburant était jusque-là un monopole d'État à Cuba où le gouvernement, pris en étau entre l'embargo américain, les faiblesses structurelles de son économie centralisée et un mécontentement social, a déjà ouvert en 2021 certains secteurs aux petites et moyennes entreprises (mipymes).

En 2025, les quelque 9 700 entreprises privées du pays ont représenté 15% du PIB et emploient plus de 30% de la population active. Cette même année, les ventes au détail effectuées par le secteur privé ont dépassé pour la première fois l'offre de l'État, représentant 55% de ce commerce.

Pour l'heure, aucune institution officielle n'a cependant donné de détails sur les conditions auxquelles doivent être soumises les entreprises privées désirant importer du carburant.

Des contrôles de sécurité, validés par le corps des pompiers, doivent notamment être mis en place pour le stockage de ce carburant, a précisé l'entrepreneur interrogé par l'AFP. Mais "les institutions elles-mêmes ne sont pas capables de nous donner toutes les étapes avec clarté", déplore-t-il. Pour Oniel Diaz, consultant auprès d'entreprises privées, certains entrepreneurs "sont déjà à un stade très avancé dans le processus d'importation".

Mais il met en garde contre certains obstacles : "toutes les mipymes n'ont pas accès à des modes de paiements à l'étranger, toutes n'ont pas les connaissances ni la capacité de mettre en place la logistique nécessaire pour transporter ce type de produits", anticipant une concentration de cette activité entre les mains de "quelques centaines" d'entreprises.

Et surtout, la question des fournisseurs reste un point crucial. Ces derniers "devront défier ou assumer le risque de se heurter au gouvernement Trump et à sa politique d'entraver l'approvisionnement en pétrole du pays", souligne l'expert.

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