- Connaissance des Énergies avec AFP
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Donald Trump a annoncé un "accord commercial" avec l'Inde, après des mois de tensions et de bras de fer économique entre la première et la cinquième économie mondiale.
Baisse des droits de douane sur les marchandises indiennes
Le Premier ministre indien Narendra Modi a par ailleurs "accepté d'arrêter d'acheter du pétrole russe" et s'est engagé à acheter "plus de pétrole auprès des États-Unis et, potentiellement, du Venezuela", désormais de facto sous tutelle américaine, a assuré lundi le président sur son réseau Truth Social.
Le Kremlin a répondu mardi n'en être pas informé. "Jusqu'à présent, nous n'avons entendu aucune déclaration de New Delhi à ce sujet", a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.
Lundi, le président américain a indiqué que les droits de douane sur les marchandises indiennes, aujourd'hui de 25% à 50%, allaient baisser à 18%. Il a assuré que cette trêve commerciale entrait en vigueur "immédiatement", et ajouté que la "formidable relation (des États-Unis) avec l'Inde ne ferait que se renforcer avec le temps".
"Un grand merci au président Trump, au nom des 1,4 milliard d'Indiens, pour cette merveilleuse annonce", a déclaré Narendra Modi sur X, sur le même ton résolument enthousiaste. La bourse de Bombay a clôturé en hausse de 2,54%.
"Lorsque deux grandes économies et les plus grandes démocraties du monde travaillent ensemble, cela profite à nos peuples et ouvre d'immenses opportunités pour une coopération mutuellement bénéfique", a poursuivi le dirigeant ultranationaliste, qui a couvert le président américain de compliments. "Le leadership du président Trump est essentiel pour la paix, la stabilité et la prospérité mondiales", a écrit le Premier ministre. Il n'a toutefois pas mentionné le pétrole russe dans son message, pas plus que les autres engagements que Donald Trump dit avoir obtenu de sa part.
L'Ukraine en toile de fond
Le président américain a assuré que l'Inde allait réduire à "zéro" ses barrières commerciales, qu'elles soient douanières ou réglementaires, et allait par ailleurs acheter pour "plus de 500 milliards de dollars" de produits américains.
"Le diable va se cacher dans les détails" de l'accord, a cependant estimé auprès de l'AFP Tanvi Madan, consultante pour la Brookings Institution. "Mais beaucoup seront probablement soulagés (...) non seulement d'un point de vue économique, mais également stratégique".
Les deux pays s'étaient rapprochés ces dernières années, notamment au sein du Quad, qui regroupe également le Japon et l'Australie, pour répondre aux défis que la Chine représente, tant pour New Delhi que pour Washington.
Les Etats-Unis sont le premier partenaire commercial de la cinquième économie mondiale: plus de 87 milliards de dollars de produits "made in India" y sont écoulés chaque année.
Mais Donald Trump avait d'abord imposé l'an dernier 25% de droits de douane dits "réciproques" sur toutes les marchandises indiennes dans le cadre d'une offensive protectionniste contre les partenaires commerciaux des Etats-Unis, annoncée en avril.
Il avait ensuite décidé d'ajouter en août une surtaxe de 25% sur de nombreux produits indiens à cause des achats de pétrole russe par l'Inde. L'accord annoncé lundi met également fin à cette surtaxe, a précisé un haut responsable américain à l'AFP.
Donald Trump avait déjà assuré il y a plusieurs mois que l'Inde n'achèterait plus d'or noir auprès de la Russie, ce qui priverait Moscou d'une ressource cruciale, utilisée en particulier pour le financement de la guerre en Ukraine. Il a estimé lundi que l'engagement, pris selon lui par New Delhi, allait "aider à mettre fin" au conflit.
L'Inde cherche l'équilibre
Après la Chine, l'Inde est le principal client de la Russie pour son pétrole. En décembre, le président russe Vladimir Poutine avait affirmé que les livraisons continueraient, en dépit des pressions américaines.
Néanmoins, "l'Inde, même en s'éloignant de la Russie pour ses importations de pétrole, voudra conserver des relations solides" avec Moscou, anticipe Farwa Aamer, directrice pour l'Asie du Sud au sein de l'institut politique Asia Society.
Le tournant protectionniste pris par Donald Trump a conduit Narendra Modi à tenter de doper la consommation domestique, tout en cherchant d'autres débouchés et partenaires commerciaux.
New Delhi a notamment entrepris de se rapprocher de Pékin, alors que les relations s'étaient fortement détériorées depuis un affrontement meurtrier dans l'Himalaya entre des soldats des deux pays en 2020. L'Inde vient par ailleurs de conclure un ambitieux accord de libre-échange avec l'Union européenne.